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Pour sa première carte blanche, notre invitée de la semaine, la photographe Laurence Leblanc a choisi de nous faire une visite guidée en images de son exposition rétrospective présentée au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône. Les photographies sont ici accompagnées d’un texte rédigé par Sylvain Besson, Directeur des collections du Musée et commissaire de l’exposition. Si vous êtes dans la région, ce sont les derniers jours pour visiter « Où subsiste encore », vous avez jusqu’au 25 septembre prochain.

« Peu de photographes fonctionnent ainsi. Plus encore que l’émotion, il s’agit de toucher notre humanité commune. En regard des millions de clichés que le musée conserve, issus des mondes amateurs ou professionnels, des commandes ou de la seule volonté de se souvenir, à caractère illustratif ou à démarche plasticienne, Laurence propose une photographie radicalement différente, vaporeuse et artificielle à première vue mais au contraire, ô combien profonde et investie.

Lorsque l’on s’intéresse au travail de Laurence Leblanc, les séries semblent disparates, incohérentes entre elles. Pour l’exposition, nous avons « mélangé » les séries et laissé peu de place aux textes. L’accrochage s’emploie à montrer qu’au contraire l’œuvre est cohérente : il s’agit de laisser parler les photographies et faire ressentir le fil rouge de son œuvre. Malgré les guerres, les génocides et les drames, la vie, l’humanité, la volonté de (re)construire et de créer des liens subsistent encore ».

On attribue généralement à la photographie la capacité de reproduire fidèlement le réel. De ses qualités d’enregistrement découlent les usages les plus répandus du médium : l’illustration, le journalisme, les sciences, etc. La photographie, instrument de mémoire, de comparaison et de partage de connaissances, consigne aussi nos souvenirs et signale, par là-même, le passage du temps ; elle fait partie de notre quotidien depuis son invention et les technologies numériques ont augmenté son importance au point de la rendre omniprésente.

Face aux photographies de Laurence Leblanc, aucune de ces affirmations ne semble si évidente. L’auteure nous emmène en Afrique, au Cambodge, au Brésil, à Cuba. Elle nous fait rencontrer des enfants, des nonnes, des danseuses. Mais nous ne saurons rien d’eux ni des pays traversés. Car au fil des séries et des années, la motivation de la photographe n’est pas d’enregistrer pour documenter mais de saisir l’invisible, ce qui ne saurait être photographié : le fil imperceptible qui lie les humains, entre eux et entre les époques.

Partout où elle se rend, la photographe est. Laurence Leblanc s’imprègne des lieux, va à la rencontre des habitants et vit auprès d’eux. Elle questionne, intègre, apprend. Ses séjours sont inscrits dans la durée et souvent renouvelés. Les prises de vue se font à l’instinct, subjectives et bienveillantes, elle « happe » avec délicatesse et sans que rien ne soit prémédité. L’émotion déclenche l’acte photographique, la photographe recueille.

De retour à l’atelier, le temps se dilate à nouveau. Face aux clichés, aux planches-contacts, aux tirages de lecture, l’artiste prend son temps. Une nouvelle imprégnation, silencieuse et solitaire, débute. Les images photographiques qui vont figurer l’expérience vécue devront savoir s’imposer à la photographe avant d’être partagées, provoquer l’interrogation, le questionnement et le doute.

Laurence Leblanc parle de capter une énergie et un sentiment intérieur qui nous seraient communs à tous. C’est une gageure car comment montrer l’intangible ? Et pourtant. C’est sous ce seul prisme et sans complaisance que la photographe applique son regard d’auteure. Les photographies que Laurence Leblanc choisit d’exposer sont des échos sensibles, des liens entre le monde, les gens et les choses.

Pour cette exposition, l’accrochage mélange volontairement différentes séries, de Rithy, Chéa, Kim Sour et les autres [2003] à l’inédit Du soin [2021] car pour Laurence Leblanc, identifier des ensembles, établir une chronologie ou déterminer des thématiques n’a aucun sens. Sa photographie est une tentative constamment renouvelée de garder vivant et perceptible ce qui nous est invisible mais qui subsiste encore, malgré tout : les liens ténus, fragiles mais tellement essentiels… qui nous lient.

Co-commissariat : Sylvain Besson, musée Nicéphore Niépce
L’exposition ayant été curatée par Sylvain Besson et Laurence Leblanc.

Crédits photo : © Sébastien Jouanny

INFORMATIONS PRATIQUES

sam02jul(jul 2)11 h 30 mindim25sep(sep 25)17 h 45 minOù subsiste encoreLaurence Leblanc Musée Nicéphore Niépce, 28 quai des messageries 71100 Chalon-sur-Saône


Voir programmation du Musée Nicéphore Niépce

La Rédaction
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