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Nous poursuivons l’entretien avec Xavier Canonne, directeur du Musée de la photographie de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Charleroi) à l’occasion des nouvelles expositions au Musée de la photographie de Charleroi autour des œuvres de Peter Knapp, Thomas Chable, Elliot Ross, Natalie Malisse & Camille Seilles et Ingel Vaikla. À la tête du musée depuis 2000, Xavier Canonne a profondément modifié la structure et élargi sa sphère d’influence et son rayonnement. Avec une aile supplémentaire ouverte en 2008, la surface totale passe à 6000m² avec outre les espaces d’exposition, un centre de recherche, boutique, café et parc accessible au public.

Pour Courrèges, Thoiry, 1979 © Peter Knapp

Peter Knapp : genèse de l’exposition

Cela nous avait été suggéré par Baudoin Lebon et comme la Fondation Suisse pour la photographie (Winterthur) avait ce projet, je l’ai rejoint. Nous avons reconditionné l’exposition ici pour correspondre aux espaces. Cela m’intéressait de montrer un homme qui n’était pas que photographe mais aussi directeur artistique, graphiste. On peut parler d’un « style Knapp » avec le cadrage, les innovations… Il y a une véritable adéquation entre le modèle, le mouvement et l’époque. C’est bien pour cela que le commissaire a choisi comme titre « Mon Temps ». Nous exposons notamment cette étonnante commande de la ville de Genève pour laquelle il a demandé à des femmes enceintes d’horizons différents de venir poser, ce qui donne une série très innovante si l’on songe par exemple à la campagne : United Colors of Benetton.

Vue de l’exposition Peter Knapp, Mon Temps, Musée de la photographie de la Fédération Wallonie-Bruxelles

Typologie du public

Il est majoritairement belge et au niveau du public scolaire de la région de Charleroi. Les Flamands se déplacement volontiers et apprécient le musée. Dans les autres nationalités : la France et les Pays-Bas arrivent en tête.

Nombre de personnes travaillant au Musée ?

Le musée emploie 37 personnes pour 28 équivalents temps plein. Il me manque 5 personnes environ si je voulais être complet en nos missions.

Comment vous positionnez-vous face à l’évolution actuelle de la photo ?

Elliot Ross Animal (196), 2011 © Elliot Ross

En tant que directeur je dois surtout témoigner de ses différents états. Comment éduquer le regard ? Comment trier face à la somme d’images qui nous arrivent ? Ce n’est pas parce que l’on a un appareil photo que l’on est photographe, au même titre que l’on ne devient pas écrivain parce que l’on a un stylo ou un ordinateur. Si je prends ma propre expérience, j’ai plus appris dans les livres et les musées que dans des cours.

Ce qui va être à mon sens l’un des enjeux des musées comme des photographies ce sont ces images créées par l’intelligence artificielle et ce dépassement de la vérité qui peut être intéressant dès lors qu’il s’accompagne d’un discours. Si nous assistons à cette folie autour de la photographie, c’est en partie dû au manque de formation artistique je le crains. La photo s’est imposée comme une sorte d’urgence à montrer et à créer. Je pense que ce seront les meilleurs qui surmonteront car si l’on se penche sur les photos de conflits actuels, laquelle ou lesquelles surnageront dans l’histoire, comme le soldat espagnol de Capa ou le Débarquement de Normandie ? Celles qui cristalliseront durablement un moment de ce temps.

Ce qui me semble préoccupant est ce qui restera comme témoignage d’un temps. Les gens ne regardent plus leurs photos, ne les impriment pas et ces photos resteront dans des clouds à leur disparition. Le vernaculaire disparaît peu à peu comme les planches contact qui permettaient de prendre du recul et de choisir.

Sunday Times, Nicole de Lamargé en Pierre Cardin, 1966 © Peter Knapp

Place de la vidéo ?

Nous en avons assez peu. Ce n’est pas un support facile et je souffre d’un manque de place. La vidéo est coûteuse non seulement dans les achats mais dans la maintenance des appareils.

Extrait de Papagalo, What’s The Time? © Ingel Vaikla

La Boîte Noire

Nous avons décidé de montrer des films non pas de narration classique mais offrant une réflexion photographique. Actuellement nous proposons la démarche d’Ingel Vaikla, artiste estonienne résidant en Belgique qui a réalisé un film sur le pavillon Yougoslave de l’Exposition Universelle de 1958 devenu un collège. Une réflexion entre le passé et le présent sur l’architecture.

La Galerie du Soir

L’idée était de montrer des photographes émergents avec comme principe un commissaire invité, Jean Marie Wynants, critique artistique du quotidien Le Soir dans le cadre de notre partenariat. C’est toujours une découverte.

Comment êtes-vous venu à cette passion du surréalisme ?

Comme un gamin qui peut avoir la même passion pour le football !
J’ai lu des textes à 16, 17 ans et avec le culot d’un adolescent j’ai écrit aux uns et aux autres qui m’ont aimablement reçu. J’étais sans doute prédestiné dans le sens où mon père avait connu un surréaliste à La Louvière et je me souviens combien des tableaux de Magritte m’avaient impressionnés à travers des cartes postales ou des affiches comme cette lune devant un feuillage. J’ai rencontré Armand Simon et les Scutenaire, grands amis de René Magritte. Ils avaient une maison à l’époque rue de la Luzerne à Bruxelles avec de très nombreux tableaux et dessins que je voyais pour la première fois en dehors d’un musée. C’est à partir cela que s’est constitué le musée Magritte d’aujourd’hui. Il y a aussi Marcel Mariën qui a beaucoup compté pour moi. Nous avons travaillé ensemble. J’ai sans doute eu de la chance car à 16 ans on n’a pas nécessairement le bagage intellectuel suffisant pour échanger avec de tels personnages.

Les deux expositions en préparation : à Bozar et au Musée de la photographie

Celle de Bozar dont je suis commissaire, intitulée « Histoire de ne pas rire » est concentrée sur le surréalisme en Belgique mais avec des œuvres d’artistes internationaux : Dali, Masson, Miro… afin de montrer les collaborations qu’il y a eues dans les années 1930 entre la Belgique et la France. L’exposition va réunir 300 pièces et une centaine de documents. Je ne voulais pas m’arrêter à la mort de Magritte. Je voulais montrer l’existence de trois générations de surréalistes jusqu’aux années 1980. J’ai voulu construire l’exposition à partir de celui qui est pour moi l’homme clé du surréalisme en Belgique : Paul Nougé, l’André Breton belge si je voulais donner une idée de son rôle. La tête pensante de ce groupe sans lequel, Magritte n’aurait pas été tout à fait Magritte. Il va être le fil conducteur du parcours.

Ici, au mois de septembre, l’exposition Surréalisme pour ainsi dire reprendra les photos de la collection du musée augmentées de quelques emprunts. Nous possédons un fonds surréaliste important. L’exposition réunira 140 photos avec beaucoup de livres et de revues également, un angle qui me paraît très important. Il sera difficile de faire plus complet que la « Subversion des images » du Centre Pompidou où nous avions prêté des pièces.

> Retour sur la première partie de l’entretien publié hier, le 4 mars 2024.

INFORMATIONS PRATIQUES

sam03fev(fev 3)10 h 00 mindim26mai(mai 26)18 h 00 minPeter KnappMon tempsLe Musée de la Photographie Centre d´art contemporain de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 11 Avenue Paul Pastur, 6032 Mont-sur-Marchienne, Belgique

sam03fev(fev 3)10 h 00 mindim26mai(mai 26)18 h 00 minElliot RossSeeing AnimalsLe Musée de la Photographie Centre d´art contemporain de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 11 Avenue Paul Pastur, 6032 Mont-sur-Marchienne, Belgique

sam03fev(fev 3)10 h 00 mindim26mai(mai 26)18 h 00 minThomas ChableAu-dessus des nuagesLe Musée de la Photographie Centre d´art contemporain de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 11 Avenue Paul Pastur, 6032 Mont-sur-Marchienne, Belgique

sam03fev(fev 3)10 h 00 mindim26mai(mai 26)18 h 00 minNatalie Malisse et Camille SeillesLe cœur à même la peauLe Musée de la Photographie Centre d´art contemporain de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 11 Avenue Paul Pastur, 6032 Mont-sur-Marchienne, Belgique


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Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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