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En octobre 2019 l’artiste Caroline Corbasson et l’architecte Nicolas Dorval-Bory ont fait le voyage à Al Ula dans le cadre du concours international art + architecture et ont pu découvrir ce site désertique extraordinaire. Ils en sont revenus avec des projets personnels aux multiples résonances avec les enjeux que nous traversons actuellement.

« Le rapport d’isolement, l’expérience physique du désert est très particulière en même temps que d’aller à la rencontre des chercheurs » me confiait Caroline Corbasson en 2017 à son retour de la Terre du Feu. Qu’en est-il à l’heure du confinement pour cette voyageuse qui recherche autant les défis technologiques que les trous noirs et mystères absolus de l’univers.

«Ce printemps dans ma cabane –
Absolument rien
Absolument tout ! »

– Takano Suju

Comment vivez-vous ce confinement ?

Mon quotidien ressemble essentiellement à celui que je connaissais avant cette crise : je vis et travaille dans mon atelier à Paris avec mon compagnon. La solitude causée par le confinement est certainement plus familière aux artistes qui y sont habitués.

Je m’interroge beaucoup sur ce que porte cette période et ce qu’elle va modifier durablement. La naissance d’initiatives solidaires me donne beaucoup d’espoir. On me propose régulièrement de participer à des évènements ou ventes d’œuvres en ligne («Yes Future» Études, «For your eyes only» Bubenberg…) J’essaye d’y répondre présente le plus possible.

Cette période est-elle inspirante, anxiogène, stimulante ou tout à la fois ?

Contrastée ! Le ralentissement, le report des évènements et parfois leur annulation redéfinissent le processus créatif. Continuer de créer malgré tout n’est pas évident mais les contraintes peuvent être fertiles.
Sans la pression extérieure stimulante des échéances, je me suis retrouvée face à moi-même.
Il m’a fallu 15 jours pour commencer à produire quelque chose. Aujourd’hui, après un mois de confinement, je suis très inspirée à nouveau. Des pistes et des sujets complètement inédits dans mon travail ont émergé.
À mon échelle, j’observe des bienfaits intéressants liés à ce ralentissement. Au fond, ralentir est une précieuse opportunité. L’enchaînement des expositions nous pousse parfois à aller trop vite, à rester en surface. C’est le moment de creuser !

J’ai trouvé intéressant de créer à partir de ce qui se trouvait dans mon atelier, ne pouvant me fournir d’autres matériaux ou me lancer dans des productions ambitieuses.
La pratique du dessin a repris tout son sens; d’infinies possibilités avec très peu.

Quelles menaces pèsent sur les artistes notamment ceux sans galerie, et l’aide de l’Etat vous semble -t-elle adaptée ?

Pour ma part, après beaucoup d’anxiété au début du confinement, j’ai retrouvé de l’optimisme. Je réalise davantage l’importance de l’art, de la culture, dans ces moments où ils m’accompagnent intimement.
Je n’ai qu’une envie, me rendre à nouveau et plus que jamais dans les musées et les galeries à la fin de cette période de manque. Je pense que nous serons nombreux à ressentir cette soif de culture.
Après la distance et les écrans, j’ai vraiment besoin de reconnecter avec des expériences sensibles. Voir les œuvres en vrai, avoir des échanges en personne.

L’aide de l’État a été un soulagement, bien que provisoire. Nous avons beaucoup de chance d’être soutenus car n’est pas le cas dans de nombreux pays. Mais l’essentiel va se jouer dans les mois à venir, il faudra redoubler d’efforts, être solidaires et rester attentifs aux plus fragilisés d’entre nous.

Quelles projections faîtes-vous pour le monde d’après ?

Le monde portera une empreinte multiple de cette période.
Evidemment, nous allons tous subir à différentes échelles les conséquences économiques à venir. Mais nous observerons aussi des conséquences plus heureuses, notamment sur le plan écologique.

J’imagine que la crise va, au moins temporairement, favoriser une pensée locale. Je ressens déjà cela dans mon propre travail, moi qui projetais de tourner mon prochain film au Japon à l’automne 2020. Je me demande s’il ne faut pas que je revoie mon scénario en l’ancrant dans un décor plus proche. Du moins, je ne vais pas pouvoir faire exactement ce que j’avais prévu au moment où je l’avais prévu. Accueillir cet imprévu est un bon exercice !

Pensez-vous qu’en matière de conscience écologique cette crise soit une alerte et entrainera des changements durables dans nos habitudes et comportements pour concevoir et montrer de l’art, le partager et le vivre ?

Je l’espère profondément ! Cette crise nous aura apporté de nombreux enseignements. À nous de les prendre en compte.
Je ne peux m’empêcher d’y lire un message, un signal d’alerte de la Nature pour nous faire réfléchir. Cela commence à prendre racine dans le milieu artistique où de nombreux progrès sont possibles; notamment dans l’organisation des foires qui demeurent très polluantes.
À chacun d’apporter sa pierre à l’édifice en modifiant son propre comportement.

Caroline Corbasson est représentée par la galerie Laurence Bernard (Genève) et Monteverita (Paris).
Dans le cadre de Grand Arles Express 2019, l’artiste a bénéficié d’une exposition au Frac PACA suite à sa résidence au Laboratoire d’Astrophysique de Marseille.
http://www.carolinecorbasson.com

A LIRE :
Rencontre avec Caroline Corbasson, Monteverita galerie (les millenials qui comptent)

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