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Carte blanche à Klavdij Sluban : Vanja Bučan, Femme photographe slovène

Temps de lecture estimé : 4mins

À l’occasion de sa carte blanche, le photographe français Klavdij Sluban a choisi une dizaine de femmes photographes slovènes qu’il nous présentera chaque jour. Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Vanja Bučan – présentée lors de l’édition 2018 du festival Circulation(s). Tout comme Ana Zibelnik, la photographe a quitté la Slovénie pour les Pays-Bas. Maintes fois primée, elle vit aujourd’hui à Berlin. Pour partager son univers, nous vous dévoilons la série intitulée “Looking for Sadiq”. Chaque jour, jusqu’au 11 décembre, et grâce à notre invité, nous consacrerons un ou deux portfolios à ces femmes photographes slovènes qui luttent pour exister.

Vanja Bučan (née en 1973 à Nova Gorica, Slovénie) vit et travaille à Berlin (Allemagne). Partie à l’âge de 24 ans en Hollande, pour raisons personnelles, précise-t-elle, elle voyage pendant six ans, s’engage activement dans diverses causes, activiste, militante, écologiste. A l’âge de 30 ans elle s’inscrit à l’Académie royale des Beaux-arts de la Haye et en ressort diplômée quatre ans plus tard.
Avant cela elle avait une bonne connaissance pratique de la photographie et passait une bonne partie de son temps en chambre noire.

La photographie lui a permis d’appliquer ses convictions à la représentation visuelle. Un passage d’un domaine à l’autre tout en gardant les convictions et les engagements de fond.

Sa carrière est ornée de nombreux prix, publications, expositions et en fait une des artistes slovènes les plus reconnues internationalement. Lauréate du prix Excellent Photographer du Photo Festval de Linshui, du Renaissance Photography Prize à Londres, nominée au prix Pictet, ella exposé, entre autres, Kunsthaus de Vienne (Autriche), musée Benaki d’Athènes (Grèce), Circulations (France), Photo London, Photo Basel, Galerie Artget de Belgrade (Serbie)…

Précision géographique, la ville de Nova Gorica (Nouvelle Gorica), située à la frontière avec l’Italie, fut séparée durant des décennies de son autre moitié Gorizia, située en Italie. Elles furent réunies en 2007, avec la disparition des frontières lorsque la Slovénie est entrée dans l’espace de Schengen.
Berlin-Est et Berlin-Ouest furent réunifiées après la chute du mur de Berlin, en 1989.
De double culture, mère slovène, père serbe, Vanja Bučan semble recoller les frontières.
Avec succès.
Sa fille, enfant du monde, est moitié néo-zélandaise.

Le monde de Vanja Bučan est coloré, exubérant, éclatant, baroque, douanier rousseauiste.
Ce n’est qu’une façade.
Les symboles, les sens cachés, la lecture en creux y sont cachés en anamorphose. Afin de percevoir le sens caché de chaque image, le sens se recompose à partir d’un point de vue préétabli. Laissant libre cours à son imagination, la maîtrise est totale à l’intérieur du cadre.

Cette vision en trompe-l’œil du monde s’inscrit dans ce qu’appelait Albrecht Dürer, « l’art de la perspective secrète ».
Si l’artiste est en manque de nature de son pays natal, elle compense amplement par la représentation orgiaque d’une végétation exotique qui emplit le cadre, en met plein la vue, déborde du cadre, comme dans sa série la plus aboutie Sequences of Truth and Deception. Entre trompe-l’œil et illusions réelles que crée la mémoire, comme dans la série Anatomy of False Memory, un mode plus complexe qu’il n’y paraît se met en place.
Vanja Bučan n’a pas peur. Elle y va franchement.
Se jouant des codes, du photographiquement correct, elle dépèce le médium. Elle n’hésite pas à faire des trous dans ce qui devait être la toile de fond de son image créant ainsi une dimension nouvelle dans la perception, d’un point de vue visuel comme au niveau du sens.

Avec Looking for Sadiq, Vanja Bučan sort pour la première fois de son studio. Elle voyage au Maroc.
On vous l’avait dit qu’elle avait du cran, Vanja. Du Maroc elle fait son studio. Si elle ramène le Maroc à sa vision, c’est pour mieux rendre hommage au pays. Et à son peuple. Et toujours cette acuité du regard. Les mises en scène grâce auxquelles elle parvient à recréer une réalité déconstruite, sont ici crées in vivo.
Le Maroc, malgré la richesse de sa civilisation, la noblesse de son peuple n’en est pas moins souillé par l’intrusion polluante, au sens visuel comme écologique, d’objets produits par notre société de consommation.

Regarder les images de Vanja Bučan est un plaisir pour les yeux. Les interpréter fait froid dans le dos.

En savoir plus
http://vanjabucan.com/

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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