L'Invité·e

Carte blanche à Klavdij Sluban : Katarina Jazbec, Femme photographe slovène

Temps de lecture estimé : 5mins

À l’occasion de sa carte blanche, le photographe français Klavdij Sluban a choisi une dizaine de femmes photographes slovènes qu’il nous présentera chaque jour. Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Katarina Jazbec. Jeune photographe de presque 30 ans vivant à Rotterdam. Son travail explore les questions d’identité, de liberté, de justice et d’inégalité. Sa série « Lolitas of Teheran » a été réalisée en 2015 et inspirée par les romans d’Azar Nafisi… Chaque jour, jusqu’à vendredi, et grâce à notre invité, nous consacrerons un ou deux portfolios à ces femmes photographes slovènes qui luttent pour exister.

Katarina Jazbec est née en Slovénie en 1991 et vit aux Pays-Bas depuis 2015. Après des études en économie à Ljubljana, elle obtient un Masters en photographie à l’Académie d’art et de design de St.Joost à Breda, Pays-Bas.
Ses travaux ont récemment été montrés au FIDÉ, Festival International du Documentaire Émergent à Paris, au Festival International d’Art Contemporain City of Women à Ljubljana, au EYE Filmmuseum aux Pays-Bas. Lauréate de la bourse Mondrian pour artistes émergents aux Pays-bas, elle vient de remporter le RTM Pitch Award au Festival du Film International de Rotterdam.

Les projets au long terme de Katarina Jazbec sont soigneusement pensés, documentés, préparés, à l’avance. Une recherche méthodique sur son sujet permet à la photographe de mieux se plonger dans l’imprévu de la création.
L’un n’empêche pas l’autre.
Traitant des questions d’éthique, d’identité, de liberté, de justice et d’inégalités économiques, Katarina Jazbec est en quête de nouvelles formes de narration visuelle, en construisant des hétérotopies. Foucault qualifie les hétérotopies de « contre-espaces » car utopiques.

Rien d’étonnant à ce que Katarina Jazbec se confronte à la problématique des prisons ou bien questionne la place de la femme dans un pays islamique, en l’occurrence la république islamique d’Iran.
Il en naît la série Lolitas of Teheran.

Prenant pour source d’inspiration le roman « Lire Lolita à Téhéran » de Azar Nafisi, exilée aux Etats-Unis depuis 1997, Katarina Jazbec part en Iran avec cette notion que de ne pas voir les femmes c’est tout simplement les priver du droit d’exister. Fixer et figer l’image de la femme, du haut d’une position de pouvoir, détériore son image tout autant que l’image qu’elle se fait d’elle-même. Sa série Lolitas of Teheran est issue de la rencontre avec de jeunes femmes iraniennes artistes, dans leur intimité.
Ces jeunes femmes artistes qu’elle rencontre sont à l’opposé de ce que la photographe pensait trouver. Elles se jouent des codes imposés, du carcan fantasmé dans lequel on les confine.
Créatives, elles s’accomplissent en citoyennes engagées et influentes tant dans la sphère publique que privée.
Le carcan dans lequel elles sont emprisonnées n’en reste pas moins réel. Les risques qu’elles prennent les mettent dans une position de danger permanent.

Plutôt que de faire un reportage sur ces jeunes femmes courageuses qui doivent lutter au quotidien pour leur liberté, Katarina Jazbec met en scène une histoire narrative et visuelle.

Femme photographe arpentant les rues de Téhéran, elle rencontre un écrivain anonyme , se liant d’amitié avec lui, elle se met involontairement dans la peau d’une Lolita, à la recherche de son portrait. L’expérience entière lui révèle les risques qu’implique la création d’un personnages fantasmé et surtout la responsabilité à se créer une nouvelle image de soi-même. Assumer et ne pas devenir prisonnière de son image.

Lolitas of Teheran met en scène des femmes artistes iraniennes arborant la tenue ou la posture ou tout simplement l’image de Lolitas fantasmées.
Elles sont chez elles, dans leur intimité, se jouant du regard inquisiteur du mâle de l’autre côté du mur pour se créer une nouvelle identité. On s’attendrait à ce que l’artiste photographe occidentale rende à ces jeunes femmes à la liberté bafouée une image positive, résiliante valorisante.

Il n’en est rien. Par une mise en scène aussi subtile que symbolique, Katarina Jazbec projette sur ces jeunes femmes la perception du mâle occidental (photographe ?) fantasmant sur ces belles jeunes femmes exotiques. Les femmes artistes modèles jouent le jeu de se vêtir / travestir / emprisonner dans la perception fantasmée qui les emprisonne, ici ou là.
Des pages avec des extraits choisis par les jeunes femmes artistes iraniennes extraits de Lire Lolita à Téhéran de Azar Nafifi et de Lolita de Nabokov sont photographiées comme des portraits et mises en parallèle avec les portraits des femmes artistes Le livre comme seule arme contre…avons-nous la place pour énumérer tout ce que livre peut et doit combattre ?…

L’ailleurs n’est pas un lieu.

En savoir plus
https://www.katarinajazbec.com/

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

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