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Outre les temps forts attendus des prochaines expositions et foires, les réouvertures et inaugurations d’institutions parisiennes emblématiques redonnent des couleurs en cette semaine de rentrée ! Ces grandes institutions s’offrent de nouveaux visages entre passé et modernité avec la Bourse de Commerce, l’Hôtel de la Marine, le Musée Carnavalet, le Musée de la Chasse et de la nature ou la Samaritaine. Des lieux inscrits au patrimoine et qui contribuent au rayonnement de la France, même si la ville lumière ne brille plus autant qu’à l’époque des expositions universelles ! Leurs réouvertures concourent à un certain optimisme dans une période qui reste malgré tout assez anxiogène et permettent souvent la revalorisation d’un quartier tout entier comme le Louvre Rivoli ou les Halles.

Bourse de Commerce / Collection Pinault

Propriété de la Chambre de Commerce, l’emblématique bâtiment de la Halle aux blés repensé par Tadao Ando pour la Collection Pinault en un temps très court s’inscrit non seulement dans le patrimoine historique de l’ensemble mais dans une démarche très contemporaine de part sa possible réversibilité.

Urs Fischer, Untitled, 2011-2020 (détail) © Urs Fischer. Courtesy de l’artiste et Pinault Collection. Photo Stefan Altenburger

L’exposition inaugurale Ouverture offre un aspect à la fois spectaculaire et inédit de part le choix des artistes avec un centre l’installation monumentale en cire d’Urs Fischer, vanité grandeur nature dont la verticalité n’offre que le vertige du passage du temps. Le ton est donné pour cet acte premier qui s’inscrit sous le signe de l’engagement et du politique avec notamment le focus à valeur de manifeste de David Hammons, activiste et chantre de l’appropriation, hanté par le spectre colonial qui met à mal les symboles triomphants de l’America First. Que ce soit les portraits hallucinés de Myriam Cahn, les stéréotypes passés au crible par Michel Journiac, Richard Prince, Sherrie Levine ou Cindy Sherman dans l’imposante galerie de photographies, les troublants pigeons de Maurizio Cattelan ou les chaises de gardien iconoclastes de Tatiana Trouvé, les surprises ne manquent pas pour qui sait lever le nez en l’air ! Instant suspendu pour finir cette déambulation avec l’oeuvre planante de Pierre Huyghes dans le Studio (sous sol) qui répond aux mouvements des visiteurs et à l’atmosphère, tandis que Tarek Atoui déploie sa partition musicale entre performance et plate forme de recherches révélée au Palazzo Grassi en parallèle de la 58ème Biennale de Venise.

David Hammons, vues exposition “Ouverture”, Bourse de Commerce – Pinault Collection, Paris 2021 Courtesy la Bourse de Commerce – Pinault Collection, photo Aurélien Mole

Bourse de commerce – Pinault Collection © Studio Bouroullec Courtesy Bourse de Commerce – Pinault Collection Photo Studio Bouroullec

L’Hôtel de la Marine : d’une commande royale à une relecture très contemporaine

Hôtel de la Marine, Verrière de la Cour de l’ Intendant Hôtel de la Marine © Cédrice Bérieau, CMN

C’est l’architecte du roi, Anne-Jacques Gabriel qui remporte le concours lancé par Louis XV –on dirait appel d’offres de nos jours – autour de la statue équestre de la place Royale. Deux palais sur la place de la Concorde sont ainsi prévus dans une fonction au départ décorative, puis le Garde-Meuble de la Couronne s’établit au 2 place de la Concorde et l’intendant Pierre-Elisabeth de Fontanieu y fait aménager ses appartements en 1772. Marc-Antoine Thierry de Ville d’Avray lui succède et fait procéder à certains aménagements dans le décor notamment. Puis l’Etat-major de la Marine y établit son quartier général avec l’ouverture d’un musée naval. Ce sont ces différents appartements et pièces d’apparat que propose la visite organisée par le Centre des Monuments Nationaux qui gère ce monument. Le projet d’exploitation visant à faire de l’Hôtel de la Marine un site emblématique de l’attractivité parisienne a convaincu pour son ancrage dans le prestigieux passé tout en regardant vers l’avenir avec des préconisation d’exploitation rentable à travers d’une part une offre de dégustation gastronomique –François Piège aux commandes- et d’autre part un centre de coworking au cœur du quartier de la Concorde. Clé de voûte de cette démarche qui vise la mise en lumière des métiers d’art,  le mécénat de la Fondation Al Thani qui exposera certains chefs-d’œuvre de sa collection dans l’ancienne galerie des tapisseries, espace de 400m². Si la France peut se targuer d’un patrimoine exceptionnel sa survie passe aussi par des soutiens extérieurs. Ne boudez pas votre plaisir lors d’une visite (plusieurs circuits proposés) ou le temps d’une pause au Café Lapérouse ou à la nouvelle boutique-librairie en accès libre. La Verrière de la cour de l’intendant signée Hugh Dutton Associés pesant 70 tonnes est une véritable prouesse technique et un régal du regard avec son effet de miroitement dû aux myriades de surfaces de verre dépoli. Une invitation à travers les siècles !

Le Musée Carnavalet : de plein pied dans la modernité

Librairie du Musée Carnavalet ©Maurizio Galante & Tal Lancman

Même si les grévistes ont pris d’assaut ce nouveau symbole d’un renouveau parisien au moment de sa réouverture,  après 4 ans de travaux, elle était fort attendue. A cheval sur deux hôtels particuliers du Marais, le Musée Carnavalet qui rassemble 650 000  œuvres sur une surface totale de 3900m² est un véritable conservatoire de la mémoire de notre capitale, à tel point qu’il était difficile de s’y repérer entre artefacts historiques, mobiliers et peintures de la préhistoire à l’avènement du modernisme. C’est à présent plus lisible avec comme temps forts : les period rooms dont la chambre de Marcel Proust dans ses habits d’origine ou la salle de bal Wendel avec vue sur le nouvel escalier hélicoïdal. La librairie a été entièrement repensée sous le coup de la baguette magique de Maurizio Galante & Tal Lancman.

Pour couronner le tout, l’exposition Revoir Paris consacrée à Henri Cartier Bresson séduira les nostalgiques du Paris de Balzac ou de Zola.

Le Musée de la Chasse et de la nature : cap sur l’écologie !

Christine Germain-Donnat nouvelle directrice qui succède à l’emblématique Claude d’Anthenaise revendique pour le Musée de la Chasse et de la Nature un lieu de questionnement autour de la biodiversité, du rapport de l’homme à l’animal et de l’éthologie. Après un ambitieux chantier de rénovation suite à l’acquisition de l’Hôtel de Mongelas, l’agrandissement des espaces a donné lieu à une nouvelle configuration autour d’une vue traversante, d’une atmosphère lumineuse, d’un espace mansardé en enfilade consacré aux commandes aux artistes et de nouveaux services : une librairie-boutique et un café extérieur. Dès l’entrée, une élégante verrière signale cette continuité et nouvelle circulation entre les deux bâtiments. En terme de muséographie le parti prix a été de mettre l’accent sur une redécouverte des collections historiques de la Fondation Sommer à travers leur redéploiement et dans un second niveau de visite plusieurs surprises : un diorama anthropocène, le Cabinet Darwin, la Chambre de la Tique-hommage au biologiste allemand Jakob von Ulexküll, la cabane refuge d’Aldo Leopold ou la magnifique Bibliothèque pour Claude Lévi-Strauss en plumes de Markus Hansen. Plusieurs commandes ont été passées à des artistes comme l’extravagante cheminée en terre du céramiste Hervé Rousseau, le papier peint de François Xavier Richard (Atelier d’Offard), les disques paysages de Jean Girel ou le luminaire en mues de cerf de Janine Janet. Au premier étage l’exposition de Damien Deroubaix La Valise d’Orphée nous plonge dans une sorte de grotte des origines autour de la collection de figurines zoomorphiques du collectionneur Naji Asfar. Dès la cour du musée sa Venus de Hoble Fels nous rappelle le pouvoir d’Orphée sur les animaux. L’artiste Eva Jospin qui a déjà une forêt exposée dans l’espace des combles, sera la prochaine invitée.

La Samaritaine : un monument dans le cœur des parisiennes

La Samaritaine Paris, Sanaa agence

La mutation du quartier des Halles avec l’émergence de la Canopée, la nouvelle Poste du Louvre ou la Bourse de Commerce-Collection Pinault, se voit favorablement complétée par la réhabilitation du dernier né du groupe LVMH, le paquebot La Samaritaine.

Après 16 ans d’un chantier titanesque parsemé d’obstacles, Bernard Arnault a inauguré sous une note festive avec Emmanuel Macron ce joyau de l’Art Nouveau français, moyennant un investissement colossal  (budget de l’ordre de 750 millions €) couplé avec le futur Hôtel Cheval Blanc.

Depuis la saga des époux entrepreneurs Cognac-Jay le fleuron du Pont Neuf renait avec le très bel escalier classé rénové avec talent, de même que la fresque du dernier étage aux motifs de paons. Quant à la façade de la rue de Rivoli avec ses multiples variations de lumière elle est très séduisante. Signée de l’agence japonaise Sanaa, elle annonce la passerelle et le jeu des espaces suspendus de l’intérieur du bâtiment. Outre la boutique Perrotin à l’effet kawaï garanti, de nombreuses offres de restauration sont proposées. Au-delà de ce raffinement, la clientèle super luxe sera-t-elle au rendez-vous ?

Le Musée Cognacq-Jay  : aux origines des grands magasins de la Samaritaine

Puisque l’on parle de la Samaritaine, il est bon de noter que son fondateur Ernest Cognacq inaugure un premier musée en 1929 après avoir légué à la Ville de Paris ses importantes collections de peintures, sculptures, porcelaines, orfèvrerie…constituées avec son épouse Marie-Louise Jay.

L’Hôtel Donon dans le Marais dans une atmosphère très intime retrace l’esprit des Lumières à partir de grands chefs d’oeuvres de Chardin, Canaletto, Tiepolo.. et Boucher dont l’aspect volontiers érotique a été récemment mis en avant avec brio.

De quoi être désormais incollables sur l’histoire de Paris et ses quartiers emblématiques !

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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