Temps de lecture estimé : 2mins

Pour sa troisième carte blanche, notre invitée de la semaine – l’historienne, critique et commissaire d’exposition indépendante Julie Crenn – a choisi de partager l’univers de Artiste performeuse et sorcière martiniquaise, Annabel Guérédrat. Dans une perspective intersectionnelle mêlant réflexions décoloniales, afrofuturistes, écoféministes et écosexuelles, Annabel Guérédrat plonge son corps dans les algues, elle s’y enroule pour une affectation et une reconnaissance mutuelle…

Mami Sargassa, juin 2021, Martinique
photographe : Yann Mathieu Larcher
©artincidence2021

Mami Sargassa, juin 2021, Martinique
photographe : Yann Mathieu Larcher
©artincidence2021

Ensargasse-moi, avril 2017, Martinique
photographe : Jean-Baptiste Barret
©artincidence2017

Artiste performeuse et sorcière, Annabel Guérédrat est consciente de l’histoire, des réalités politiques, économiques, sociales et écologiques de l’envahissement de la sargasse. “Je refuse le romantisme quand je sais que ma terre est colonisée, que ma terre est polluée, que ma terre est chlordéconnée, ensargassée, depuis longtemps, des décennies, saccagée depuis des siècles par l’Europe, l’Etat, le Capital.” La prolifération de la sargasse n’est pas un phénomène naturel isolé, elle est une des nombreuses conséquences d’une longue histoire coloniale, capitaliste et machiste. Alors, plutôt que de lutter contre la sargasse, elle décide de l’embrasser et de l’étreindre. La nuisible devient l’amante, l’alliée transformatrice. Annabel Guérédrat fabrique un nouveau lexique, puisqu’elle tend, par exemple, à l’ensargassement : à une fusion entre son corps et les algues qu’elle enlace. Dans une perspective intersectionnelle mêlant des réflexions décoloniales, afrofuturistes, écoféministes et écosexuelles, l’artiste plonge son corps dans la sargasse, elle s’y enroule, elle la baise pour une affectation et une reconnaissance mutuelle. Une reconnaissance et une incorporation où les êtres humains et non humains peuvent muter et devenir homo sargassum, humano-sargassiens, ou sargasso-humains. Les ordres sont ici à redéfinir.

Mami Sargassa, juin 2021, Martinique
photographe : Yann Mathieu Larcher
©artincidence2021

– Julie Crenn
Extrait du texte / Annabel Guérédrat – mamisargassa. A lire ici :
https://crennjulie.com/2022/04/01/texte-annabel-gueredrat-mamisargassa/

La Rédaction
9 Lives magazine vous accompagne au quotidien dans le monde de la photographie et de l'Image.

    You may also like

    En voir plus dans L'Invité.e