De la reconstruction du Japon à la poésie du quotidien, des rues de Tokyo aux paysages français, la BnF retrace 8 décennies de photographie japonaise. Réunissant près de 300 œuvres de quelque 100 artistes, l’exposition « Scènes, signes, sensations » met en lumière un fonds constitué par la Bibliothèque depuis la fin des années 1960.

La BnF a commencé à s’intéresser à la photographie japonaise moderne et contemporaine dès la fin des années 1960. Son fonds compte aujourd’hui près de 4 000 tirages réalisés par quelque 200 artistes et reporters, complétés par une centaine de revues et d’ouvrages. L’exposition en présente environ 300, parmi lesquels 250 tirages photographiques et une cinquantaine de livres rares.

Hiromi Tsuchida, Asakusa [maître de sabre], 1970. Série Zokushin (Les dieux de la terre), 1970 © Hiromi Tsuchida

Du reportage à la photographie subjective

Le parcours s’ouvre avec la photographie documentaire de l’après-guerre. Les œuvres d’Hiroshi Hamaya, Hiromi Tsuchida ou Yoko Yamamoto témoignent d’un Japon confronté à la reconstruction, à la transformation des modes de vie et à la persistance des traditions.

Shigeo Gochō, N°3, 1977. Série Self and Others (Soi et les autres) © Estate of Shigeo Gochō, courtesy MEM, Tokyo / Cliché BnF

Rinko Kawauchi, Sans titre, 2005. Série Cui Cui © Rinko Kawauchi

À partir des années 1960, le regard devient plus subjectif. On (re)découvre notamment la Konpora Shashin, une photographie attentive aux scènes ordinaires de la ville et à leurs étrangetés. Shigeo Gochō, Tokuko Ushioda ou encore Rinko Kawauchi déplacent ainsi l’attention vers des détails, des gestes et des situations qui échappent au spectaculaire.

Quand le corps devient une scène

Shōji Ueda, Paysage de
dunes avec ma femme, 1950. Série
Dunes de sable.
© Shōji Ueda

La photographie japonaise ne se limite toutefois pas à l’observation du réel, elle touche aussi au corps. L’exposition explore les pratiques qui accordent une place centrale à la théâtralité, au corps et à la fiction. Shoji Ueda, Eikō Hosoe ou Yuki Onodera figurent parmi les artistes réunis dans cette partie du parcours.
On retrouve l’influence du théâtre traditionnel japonais, mais aussi les dialogues avec le surréalisme et d’autres formes artistiques occidentales. Chez Hosoe, cette dimension apparaît notamment dans Man and Woman ou dans Ordeal by Roses, réalisé avec l’écrivain Yukio Mishima.

De Tokyo à Paris, un regard qui circule

Keiichi Tahara, sans titre, 1975. Série Windows (Fenêtres) © Keiichi Tahara

Dans la section « Bonjour Paris ! », l’exposition s’intéresse aux photographes japonais ayant travaillé ou séjourné en France. Ihei Kimura, Yoshi Takata, Keiichi Tahara ou Jun Shiraoka proposent des visions différentes de la capitale, entre observation documentaire, poésie urbaine et exploration de la lumière.
Ces échanges ont également joué un rôle dans la constitution même des collections de la BnF. Plusieurs photographes japonais installés en France ont contribué à faire connaître la création photographique de leur pays et à enrichir les fonds de l’institution. Yoshi Takata, notamment, a joué un rôle d’intermédiaire entre les scènes photographiques française et japonaise.

Du visible à l’impalpable

Takehiko Nakafuji, Umbrella (Parapluie), 2002-2014. Série Tokyo © Takehiko Nakafuji

La suite du parcours s’éloigne progressivement de la photographie documentaire et s’intéresse aux formes, aux contrastes, au noir et blanc, ainsi qu’à l’influence de la calligraphie et de l’estampe dans les oeuvres de Shōmei Tōmatsu, Yasuhiro Ishimoto ou Takehiko Nakafuji.
Les tous derniers clichés privilégient les sensations, les atmosphères et la relation à la nature. La photographie devient alors un moyen de saisir des variations de lumière, de matière ou de paysage, dans des œuvres où l’expérience visuelle prend le pas sur la narration.

Toshiko Hashimoto, Sensui, 2018 © Toshiko Hashimoto

Une exposition qui prolonge l’histoire d’un fonds

Au-delà de la présentation d’une sélection d’œuvres, l’exposition témoigne du travail de constitution et d’enrichissement des collections nationales. Entre 2025 et 2026, 51 tirages ont notamment été donnés à la BnF par des artistes ou leurs ayants droit, dont une importante donation de Hiromi Tsuchida.
En réunissant des œuvres documentaires, expérimentales, théâtrales ou contemplatives, l’exposition dessine ainsi une histoire plurielle de la photographie japonaise depuis 1945. Un parcours qui permet surtout de mesurer la diversité des manières de photographier le Japon — et, parfois, de le regarder depuis ailleurs.

INFORMATIONS PRATIQUES

mer30sep(sep 30)9 h i min2027dim31jan(jan 31)20 h i minLa photographie japonaise depuis 1945BnF - Bibliothèque nationale de France, Quai François Mauriac 75013 Paris 0 Ajouter à ma wishlist

Alix Decreux
Diplômée d’un master Lettres & Humanités – Écritures et médias à la Sorbonne Nouvelle, Alix Decreux est rédactrice culturelle depuis l'obtention de son baccalauréat. Forte d'expériences en rédaction, communication et relations presse, elle est aujourd'hui pigiste pour plusieurs médias et écrit sur l’art et les pratiques culturelles contemporaines.

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