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Esther Woerdehoff est notre invitée de la semaine (lire son portrait publié lundi 5 juin), à l’occasion de sa carte blanche, la galeriste partage avec nous son émotion face au travail de René Groebli et la magie de l’argentique.

Nous accueillons une classe d’étudiants en art à la galerie. Je leur parle du travail de René Groebli. En présentant un tirage argentique vintage de la série la Magie du Rail, je leur parle des émotions que suscite en moi la beauté de ce tirage que le photographe, âgé aujourd’hui de 90 ans, avait fait en 1943.

« Chambre noire ? », demande une des étudiantes.

Pendant un petit moment, je ressens un frisson dans le dos. Mais vite je me ressaisis. Comment ces jeunes, grandis avec le numérique, peuvent savoir ce que c’est de faire un tirage manuellement, de travailler avec de l’eau, de la chimie ? Vivre la magie de voir apparaître l’image ?

Je suis heureuse qu’après plus que 20 ans dans le monde de la photographie, je ressens toujours le même enthousiasme devant un beau tirage. J’aime le toucher d’un papier baryté. C’est de la pure magie. Une nourriture pour les yeux.

Cette visite des étudiants se poursuit, j’ouvre boîte après boîte pour leur montrer les tirages de René Groebli. C’était un maître dans la chambre noire. Les jeunes s’approchent de plus en plus, veulent toucher les images (j’ai dit non !), sentir le papier …

Je les emmène dans la chambre noire qui est derrière l’espace de la galerie. L’odeur de la chimie, tirer le rideau, s’enfermer, éteindre la lumière, la lampe rouge – nous sommes dans un monde magique.

“Exposer le film », dit René Groebli, « est la première partie pour réaliser une photographie. Réfléchir à l’image avant de la faire, voir la composition. Mais le travail dans la chambre noire est aussi important. Je peux intervenir personnellement, ajouter des émotions, changer des parties de l’image. » René Groebli a toujours fait ses propres tirages.

Elève dans la classe de photographie d’Hans Finsler à Zurich, très orienté vers la technique, René Groebli était peu apprécié par ses professeurs, qui ne comprenaient pas son approche émotionnelle. Il va à Paris pour rencontrer le photographe hongrois Brassaï, presque 30 ans plus âgé que René, et Robert Frank. Il se sentait proche de la poésie de leurs images.

En 1949, à l’âge de 22 ans seulement, il réalise la série la Magie du Rail. Ce chef d’oeuvre représente, avec l’Oeil de l’Amour (réalisé en 1953 en une semaine seulement, lors de son voyage de noces à Paris), les débuts prometteurs de sa vie d’artiste.

En regardant les tirages de la Magie du Rail, les étudiants disaient sentir la vapeur de la locomotive, entendre le grincement des wagons, avaler la fumée.

Lorsque René Groebli réalise un petit livre avec les images de la Magie du Rail, il en fait une sélection extrêmement stricte.
Chacune de ces photographies est un chef d’oeuvre.

Que sont devenues les autres images, jamais tirées?
René ne se souvient plus d’elles.

Il a fait le tri au moment où la prise de vue était encore un souvenir proche.

Après la prise de vue et le travail dans la chambre noire – faire le tri est la troisième étape pour réussir une belle photographie.

INFORMATIONS PRATIQUES
> La série l’Oeil de l’amour vient d’être éditée dans un portfolio de tirages platine-palladium. Elle sera exposée à la Galerie Esther Woerdehoff du 21 juin au 13 juillet 2017 pour accompagner l’exposition d’Elene Usdin, Les Habitants http://ewgalerie.com/assets/files/pdf/DP/DP2017_EleneUsdin_Fr.pdf
http://ewgalerie.com/artists/representing/ren%C3%A9-groebli.html
> Le livre L’Oeil de l’amour vient d’être réédité chez Sturm & Drang et est en vente à la galerie https://sturmanddrang.net/collections/books/products/_rene-groebli-das-auge-der-liebe

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