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Au fil des ans, Estelle Lagarde invente sa propre cosmogonie peuplée de personnages, tantôt humains, tantôt hybrides, et le plus souvent fantômatiques. La géographie de son travail est immuable : les murs de pierre en intérieur, qui se révèle comme une toile de fond. Estelle Lagarde a une formation d’architecte et l’on serait tenté de dire que c’est là l’unique raison qui conditionne le choix de lieux à forte empreinte architecturale : chateau, usine, église, lieux abandonnés et toujours sans symbolique domestique à l’exception de la série “L’auberge”.

Cependant l’explication est bien insuffisante car ici se joue une autre histoire, celle que la photographe choisit de construire et de nous raconter. N’est-ce pas le propre de l’artiste que de se créer sa propre représentation du monde? Certes, mais tous n’inventent pas un un univers complet avec des figures, des histoires, un espace et une temporalité qui lui est propre.

De Anima Lapidum ajoute une nouvelle pierre dans sa galaxie. Cette nouvelle série d’oeuvres, prend place dans des édifices religieux où rien ne rappelle le commun, le quotidien, l’usage : seule la matière triomphe incarnée en pierre et en lumière. Mais quel est ce monde ? Existe-t-il ou n’est-il que lumière? Les “êtres” qui défilent devant nos yeux accomplissent des actes selon un rituel inconnu guidé par des ondes lumineuses. Ils apparaissent et disparaissent dans un rai de lumière dessinant ainsi des constellations toujours mouvantes de la cartographie Lagarde. La photographe semble s’amuser à inverser l’ordre des choses : les figures sont figées comme statufiées ou bien fuyantes. Elles se dématérialisent sous notre regard dont la chair semble absente. Comme dans la suite d’Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll, De l’autre côté du miroir, et ce que Alice/Estelle ? y trouva, nous sommes nous aussi passés de l’autre côté, où l’ordre des choses est inversé. La Reine explique à Alice qu’il faut courir très vite pour rester sur place ou que pour atteindre le jardin, il faut s’en éloigner. Chez Estelle Lagarde, ce qui constitue physiquement un être humain, la chair, est évanescent, seule la lumière permet l’incarnation de ces êtres. Et c’est de la pierre des édifices qu’émane la matérialité, le concret, la chair ; puisque les pierres ont une âme, cette âme s’incarne dans un corps, de pierre.

Pierre sans âge, temporalité infinie, bien que la lumière perce du dehors, impossible de déterminer un temps, une saison. Comme chez Caroll qui se joue du temps avec la Reine qui se souvient des évènements du futur, Lagarde démiurge n’oublie aucun aspect de la création de son monde dont nous sommes témoins. Elle nous convie à le traverser en se faufilant dans la procession dont nous ne connaissons ni le début ni la fin.

INFORMATIONS PRATIQUES
De Anima Lapidum, l’âme des pierres
Estelle Lagarde
Du 12 mai au 27 août 2017
Monastère Royal de Brou
63 boulevard de Brou
01000 Bourg-en-Bresse
+33 (0)4 74 22 83 83
http://www.estellelagarde.com
http://www.monastere-de-brou.fr

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