1136 Views |  Like

Jeux de pistes et de traque avec Sophie Calle au musée de la chasse !

Temps de lecture : 2 minutes et 19 secondes

Le parcours ouvre sur cette star, la mascotte du musée, sur laquelle Sophie Calle a jeté son dévolu, soulignant son côté fragile s’il venait à mourir. Il faut dire que depuis le décès de son père Bob Calle, et de son chat de compagnie »souris », Sophie abattue ne songe qu’à son tombeau. Appelant son amie d’enfance Serena Carone à la rescousse elles dessinent ensemble un récit sur les fantômes d’un tel bestiaire intime qui trouve un écrin de choix parmi ces collections pleines de leurres et de métamorphoses du musée de la chasse.

« Sous ce drap, il y a un grand ours blanc d’Alaska de plus de 2,70 mètres, imposant mais attachant avec de grosses pattes et des griffes toujours actives, mais des bras accueillants dans lesquels on a envie de se lover (..) » Sophie Calle

« Beau doublé monsieur le marquis ! » qui part d’une formule publicitaire pour les cartouches de fusil devient un hommage à l’hôte mystérieux de cet hôtel Guénégaud d’allure si aristocratique par son mélange de cabinets de curiosité, de boiseries, de salons en enfilades aux tonalités chatoyantes. Et l’on retrouve l’art de la poursuite, la traque amoureuse et cette solitude qui en découle, le manque, l’absence dans ces « histoires vraies » de Sophie réactivées sous nos yeux. Si l’on découvre que Sophie collectionne les animaux naturalisés en leur donnant une vie propre et le nom de ses amis, Serena se saisit de la faïence pour traduire un autre bestiaire de son invention. Ainsi les inspirations se répondent. Des échos devant lesquels il faut se mettre aux aguets ! Chauves-souris, peaux de saumon, ours en céramique les clins d’œil sont nombreux et parfois là où l’on s’y attend le moins.

L’une des pièce centrale est ce tombeau entièrement en céramique confectionné par Serena pour son amie. Baroque et précieux il traduit la tradition étrusque de l’art du portrait transposé par le filtre des obsessions et angoisses de Sophie Calle. Une robe de mariée rouge sang, un soutien gorge noir, un peignoir blanc sont dispersés comme autant d’indices d’une histoire à remonter le temps pour les aficionados de la romancière artiste.

Au 1er étage la série « Cœur de cible », jette un voile sur la salle des Trophées, tandis que les animaux nocturnes aveuglés sur les bords des autoroutes en « Liberté surveillée » surgissent de la salle d’armes. Un côté plus sombre bientôt dépassé par le dernier étage où nous sommes accueillis par la Suite Vénitienne (1980) prélude de nombreuses filatures futures. Pratique qui devient chez elle une posture, ces moments d’errance urbaine dans la veine situationniste. Une marque de fabrique, bientôt revendiquée en un mode de vie à part entière.

Mais à la suite de son séjour sur le domaine de Belval (Ardennes) qui appartient à la fondation Sommer, Sophie Calle se trouve fascinée par les rites qui entourent la chasse et la mise à mort de l’animal, ces mots très nobles ou très crus repris dans les fanfares. Elle en tire deux nouvelles œuvres : « Le Chasseur français » et « A l’espère ». Couplées à des petites annonces matrimoniales et tout un vocabulaire plein de stéréotypes, des photos de lieux d’attente vides stigmatisent la déception amoureuse prochaine. Une chute non sans humour qui en dit long sur nos comportements à l’ère des réseaux sociaux et du culte de la performance.

Les deux héroïnes n’ont pas fini de troubler nos songes de leurs chimériques mises en scène…

INFOS PRATIQUES :
• Beau doublé Monsieur le Marquis !
Sophie Calle et son invitée, Serena Carone
Commissariat : Sonia Voss
Jusqu’au 11 février 2018
Musée de la chasse et de la nature
(sous l’égide de la Fondation Sommer)
62 rue des Archives
75003 Paris
• Ouvrage publié à l’occasion
Les Fanfares de circonstance
aux éditions Xavier Barral, 2017.
Prix 49€. Edition limitée et signée.
• Autour de l’exposition : la playlist idéale de Sophie Calle (Paris En Toutes Lettres) le 15/11, conférence Sophie Calle par elle-même le 22/11…
http://www.chassenature.org