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Julie Poncet est la deuxième lauréate du Prix Picto de la Jeune Photographie de Mode 2016. Créé il y a 18 ans, par le laboratoire Picto, ce prix, désormais développé dans le cadre des programmes de Picto Foundation, le fonds de dotation du laboratoire, offre un éclairage particulier des travaux des lauréats auprès d’un public de professionnels. Rencontre avec la photographe autodidacte, qui présente deux séries décalées : Intrusion et Impériale.

9 lives : Vous venez de remporter le Prix Picto de la Jeune de la Photographie de Mode, pouvez-vous nous en dire plus sur les travaux que vous avez proposés au jury ? 

Julie Poncet : J’ai présenté deux séries, un dans la veine directe de mon travail personnel, et un projet plus orienté mode. 
La première série, Intrusion, s’inscrit dans un travail autour du motif, qui explore l’obsession et le contrôle de l’apparence. Des personnages féminins évoluent dans des décors dont elles ont peaufiné le moindre détail en adoptant un seul et unique motif pour tout leur environnement jusqu’à leur tenue. Dans chaque tableau, un élément perturbateur s’invite dans ces univers maîtrisés dans les moindres détails et vient questionner ces ensembles d’apparence si cohérents. Ambigus, ces éléments, intrusion ou réminiscence du passé, jouent l’ambiguïté : sont-ils négatifs pour leur aspect différent ou pour ce qu’ils sont vraiment?

La deuxième série, Impériale, s’attache à explorer et détourner les accessoires de mode autour d’une seule et même tenue, une simple chemise blanche. Tous les personnages sont coiffés de bonnet de bain, renforçant à la fois le côté graphique et statuaire du portrait, ainsi que les traits du visage, les attitudes. On peut alors circuler dans cette galerie de bustes impériaux, et s’attarder sur les particularités de chacun.
Ces deux travaux ont pour trait commun un côté léger et décalé. J’aime peaufiner les détails et amener le spectateur à sourire à la découverte de ces petits clins d’oeil disséminés dans les images.

M : Comment vous situez-vous par rapport à la photographie de mode d’aujourd’hui ? 

J. P. : J’ai commencé à aborder la photographie de mode en collaborant avec des stylistes rétro, depuis, les années 50 ont envahi mon univers. Je n’aborde pas la photographie de mode sans histoire, sans narration. La mode est prétexte à créer des personnages et les découvrir. Ceux-ci sont masqués, anonymisés, à nous de découvrir leur histoire à partir des détails qu’ils veulent bien nous laisser voir. Si les personnages sont au coeur de mes photos, ce sont bien vêtements et accessoires qui sont mis en valeur et qui soutiennent la narration.
M : Quelles sont vos inspirations (en photographie ou dans les autres domaines) dans votre création photographique ?

J. P. : En photographie j’admire le travail d’Erwin Olaf. Tout est pensé dans les moindres détails et les ambiances qui se dégagent de ses images me fascinent. J’ai plus récemment découvert le travail d’Anja Niemi, dont j’apprécie l’humour tout en distinction qu’elle instille dans ses narrations.
Je m’inspire aussi beaucoup du cinéma comme Alfred Hitchcock pour la narration et Wong Kar Wai pour ses plans et son travail des couleurs. J’aimerais aussi citer en artiste Yayoi Kusama qui a très certainement inspiré mon travail autour du motif, même si je ne m’en suis pas tout de suite rendu compte. Le côté entier et plein de ses créations a quelque chose de rassérénant et d’apaisant qui m’attire irrémédiablement.

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