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Ai Weiwei et l’hommage au père

Fils du poète chinois Ai Qing qui arrive en Occident par le port de Marseille, quais de la Joliette à quelques encablures du Mucem, Ai Weiwei renoue avec cet héritage intime et familial à travers un récit ému et engagé où la trame historique Occident-Orient ne le cède en rien à l’humour et la provocation.
Ce sont 50 œuvres qui sont mises en écho avec 50 objets des collections du Mucem dans des allers et retours dont l’artiste est féru.

La commissaire Judith Benhamou-Huet journaliste vedette, insiste sur le caractère exceptionnel de ce projet qui présente des œuvres de la période où l’artiste s’installe à New York dans les années 1980, rarement montrées et de nouvelles commandes monumentales créées pour l’occasion.
Le titre « Fan-tan » étrange et à double détente, comme souvent, renvoie à un char d’assaut anglais de la Première Guerre mondiale offerte à la France par un homme d’affaires chinois influent dans le cadre de l’effort de guerre, marqué d’un œil comme l’étaient les navires anciens chinois.

Le poème du père est traduit et montré pour la 1ère fois dès l’arrivée dans le plateau d’exposition, tandis que la reconstitution d’un temple chinois en une « Coloured house » aux couleurs criardes incarne ce va et vient constant entre traditions chinoises et culture contemporaine occidentale.
Quant aux 2 savons de Marseille de couleur jade (un symbole également) ils sont incrustés d’une part de la Déclaration des Droits de l’homme et de l’autre, de la Déclaration des Droits de la femme d’Olympe de Gouges (clin d’œil à « #metoo ?).

Dans le grand couloir central sur un papier peint qui court intitulé « l’animal qui ressemble à un lama mais qui est vraiment un alpaga » ce dernier mot étant une insulte mêlée à des logos de Twitter, des objets se détachent dans des vitrines comme une caméra de surveillance en marbre, des menottes en jade, allusion non déguisée à son épisode de résidence surveillée au printemps 2011.

La pièce maîtresse se découvre dans la dernière salle, ce lustre géant, réplique d’un porte-bouteilles inversé, geste duchampien et allusion au tape à l’œil qui règne dans les grands hôtels des mégapoles chinoises.

Enfin avec « Circle of Animals », copie d’une série de douze sculptures des signes du zodiaque pour le Palais d’été de l’empereur Qian Long, vandalisé lors de la 2nde guerre de l’Opium en 1860, dont 2 têtes ont été mises en vente lors de la fameuse vacation Yves St Laurent-Bergé par Christie’s en 2009 puis finalement offerte par le groupe Kering de François Pinault à l’Etat Chinois. Un épisode polémique qui questionne la spoliation de certains faits historiques et les relations diplomatiques chaotiques entre la Chine et l’Occident.

Au delà de ces artefacts d’inspiration surréaliste, son travail sur les migrants de Calais rappelle que sous l’aspect provocant ou nostalgique, Ai Weiwei se pose en activiste militant qui sait se mettre en scène pour servir ses combats.

Infos pratiques :
Ai Weiwei Fan-Tan
jusqu’au 12 novembre 2018
Mucem
Tarif plein 9,50 €
Tarif réduit 5 €
http://www.mucem.org

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