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Carte blanche à Fannie Escoulen : Pauline Fargue

Temps de lecture estimé : 2mins

Pour sa deuxième carte blanche, la commissaire d’exposition indépendante et conseillère artistiques du Prix HSBC pour la Photographie 2020, Fannie Escoulen, nous présente l’une de ses coups de cœur : il s’agit de l’artiste Pauline Fargue. Elle nous dévoile une série en cours sur l’érosion visuelle dont la première oeuvre sera exposée dans une galerie arlésienne en mars prochain.

J’ai rencontré Pauline Fargue en 2012, alors que je travaillais sur une exposition des anciens diplômés de l’Ecole Nationale Supérieure de la Photographie d’Arles au BAL. En 2015, Sam Stourdzé m’a proposé d’être l’une des nominatrices du Prix découvertes aux Rencontres d’Arles, et j’ai eu l’intime conviction que je devais poursuivre ma collaboration avec Pauline à cet endroit là. C’était la continuité d’un travail que nous avions amorcé quelques années plus tôt….

Depuis une quinzaine d’années, Pauline Fargue manipule les images
dans des carnets toujours identiques. Huit mille pages où photo et
 graphie se contaminent l’une l’autre, où la photographie devient matière
 à travailler, découper, plier, traverser. Tout à la fois journal, méthode d’archivage et aventure collective,
 ils témoignent d’un processus de travail incessant où le banal devient matrice de l’étrange, où l’arbitraire côtoie
 le rituel et déploie une temporalité souterraine, un présent perpétuel.
 Nul jour, le titre donné à cette pratique, ainsi qu’à toutes ses photographies, est emprunté à Pline l’Ancien — Nulla dies sine linea—, lequel l’attribue 
à Apelle, un peintre de l’Antiquité grecque qui ne passait pas une journée sans tracer une ligne. Ici la ligne est
 la phrase minuscule et quotidienne,
 la rature du trait qui l’efface, le seuil
 du paysage, le pli de l’image,
 le lien qui nous tisse : le temps.

Les images présentées dans cette carte blanche témoignent de ce processus de création naissant dans les pages des carnets pour mieux s’en échapper. Elles livrent ici une étape de recherche d’un travail en cours sur l’érosion visuelle dont la première oeuvre sera exposée en mars prochain à la GALERIE LHOSTE à Arles. Il s’agit d’interroger, répéter, déconstruire, fragmenter, déplier un corpus photographique précis afin de produire des «images mentales» qui, dans le décalage avec ce qui nous est donné à voir du monde, fissure le réel, dessine sa disparition….

La Rédaction
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