Temps de lecture : 3 minutes et 25 secondes

Pour sa première carte blanche, notre invitée de la semaine, Elisabeth Hering chargée de clientèle au laboratoire Picto, nous dévoile son parcours professionnel qui l’a amené à côtoyer les plus grands photographes. Etant, au cœur d’une partie de la création photographique contemporaine, elle nous dévoile son point de vue sur son métier, qui œuvre au quotidien pour réaliser les expositions dans les galeries et institutions du monde entier.

Ma vie au bureau !

Après une formation universitaire en Histoire de l’Art et un début de spécialisation en Histoire de la Photographie à l’Université de Strasbourg, j’ai choisi de m’installer à Paris. Je me destinais éventuellement à une vie de photographe, mais sa précarité a eu raison de mes velléités ; j’ai considéré que je ‘ne pouvais pas me permettre’ de prendre des risques…

Je suis alors entrée chez Picto en 2002, comme remplaçante au standard de différentes antennes du laboratoire. Picto comportait 4 labos à Paris et Courbevoie, ainsi que des franchises à Lille, Lyon, Marseille, Toulouse, Le Cap. 
J’avais conscience d’intégrer une ‘grande maison’, en lisant le livre sur Pierre Gassmann, fondateur de Pictorial Service en 1950, qu’on m’avait remis à mon arrivée. Je pouvais apprécier son histoire et son importance dans l’Histoire de la Photographie. Pierre Gassmann avait inventé un type de laboratoire, au service des photographes, qui a été le modèle de bien d’autres structures. L’entreprise familiale est aujourd’hui dirigée par son petit-fils, Philippe Gassmann.

Remplaçante au standard du siège social je croisais très souvent la directrice de la communication de l’époque. Ayant appris mon goût de l’écriture et connaissant mon parcours, celle-ci m’a confié la rédaction de quelques articles pour la newsletter. Le premier photographe que j’ai rencontré à cette occasion fut Antoine D’Agata. Je m’occupe toujours du travail d’Antoine pour ses expositions, dont celle, mémorable, du Bal en 2013. Et j’ai poursuivi la rédaction de petits articles publiés sur le site de Picto dans les années qui ont suivi.

J’ai eu le sentiment, en prenant un poste à la réception en 2003, que Picto « Bastille » était un lieu dynamique et toujours en effervescence, tant par les personnes qui y travaillaient que par la clientèle hétéroclite qui s’y rendait quotidiennement. Nous étions encore à l’ère argentique. Les trois services de développement (NB, E6 et C41) tournaient en équipes qui se succédaient sur de très larges plages horaires, avec des ouvertures spéciales de labo parfois, pour pouvoir traiter les développements et contacts à des photographes travaillant nécessairement dans l’urgence. Cela est difficile à imaginer aujourd’hui, à l’heure où le numérique est dominant.
Nous traitions des files d’attente allant parfois jusque dans la cour et j’étais sensible à la diversité des personnalités qui se croisaient là, parfois plusieurs fois par jour : les reporters, les portraitistes, les photographes d’architecture, les plasticiens, …

Je suis assez vite devenue l’assistante de Pierre Guillemain qui était RP, ce qui m’a permis de rencontrer et de suivre des grands noms de la photographie, parmi lesquels Michael Ackerman, Stanley Greene, Tom Sandberg, Laurent Van der Stockt, Thibaut Cuisset, Bettina Rheims, des membres de Tendance Floue, de l’Agence Vu’ ou de l’Agence Magnum,…
Gérer la production de leurs expositions ou de la publication de leurs livres parfois, est enthousiasmant et m’a rapproché de mes centres d’intérêt particuliers : les artistes et tout ceux qui ont quelque chose à dire en général – et qui le disent.

En 2008, j’intègre comme chargée de production et suivi de clientèle, le service ‘expo’, qui regroupe les tireurs recevant sur rendez-vous.
Je suis amenée, depuis, à accompagner au labo les projets d’un grand nombre de photographes et de galeries ou d’institutions culturelles. Au-delà du tirage, les productions peuvent aller jusqu’à l’encadrement et l’expédition des œuvres de Hong-Kong à New York en passant par Perth ou Oslo… parfois dans des temps record. La souplesse et l’adaptabilité ainsi qu’un bon travail d’équipe pour la coordination de toutes les étapes, sont indispensables.

Le service ‘Expo’ de Picto Bastille compte six personnes aujourd’hui, les deux techniques, argentique et numérique, confondues.
Travaillant depuis longtemps ici, ils connaissent et suivent certains de leurs clients depuis deux décennies parfois. Une complicité et des amitiés sont nées dans les collaborations entre le photographe et ‘son’ tireur, ou parfois ‘ses’ tireurs.
Le cœur et l’intérêt de notre activité se trouvent bien là.

Ces années de proximité avec « l’équipe » des tireurs m’ont permis d’être le témoin privilégié de cette étape de l’aboutissement du travail du photographe. C’est le moment des choix ultimes d’images, de format, de chromie, de retouche, du type de support ou de technologie au service du propos qu’on veut transmettre. Le tirage participe à matérialiser l’idée initiale et aboutir le concept. Nous sommes parfois sollicités et conseillons aussi le photographe dans ces choix-là. C’est ce qui rend notre travail passionnant et chaque rendez-vous unique.
 J’aime être témoin de ce moment particulier et l’accompagner lorsque j’y suis invitée.
C’est le lieu que j’ai trouvé pour être au cœur d’une partie de la création photographique contemporaine et c’est ma façon de faire le lien avec ma formation initiale en Histoire de la Photographie. J’observe une partie de l’histoire en train de s’écrire. Et cela me donne aussi l’envie d’écrire des histoires …

Je remercie chaleureusement Josef Koudelka, Clarisse Bourgeois, Antoine D’Agata, Benjamin Lindbergh, ainsi que Boris Gayrard, Christophe Batifoulier et Payram qui ont accepté la publication de ces images.

Je tiens aussi à saluer toutes les personnes, clients, amis, pour tous les échanges qui ont lieu et qui se prolongent parfois.

X
X