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FLORE : Miroslav Tichy, Marguerite Duras et Louise Bourgeois, ces créateurs qui ont influencé mon travail

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Pour sa troisième carte blanche, la photographe FLORE continue de partager les artistes qui l’inspirent et qui ont façonné son univers. Aujourd’hui, elle nous parle de trois artistes qui sont venus enrichir sa réflexion et son positionnement sur le monde. Avec le photographe tchèque Miroslav Tichy tout d’abord, mais également Marguerite Duras, dont l’œuvre littéraire nourrie le travail de Flore depuis plusieurs années, et enfin Louise Bourgeois.

Miroslav Tichy

A partir de 1996, j’ai mené de front cette pratique artistique et ma vie de photographe professionnelle.
En 2005, après l’exposition de mon travail au Petit Palais, il m’a été proposé de recommencer à enseigner, en particulier le tirage argentique comme moyen d’expression de soi.
J’ai beaucoup initié de débutants parce que c’était motivant pour moi d’enseigner une pratique que tout le monde avait annoncée comme moribonde. Donc, parce que jouer les Suites de Bach nécessitera toujours quelques gammes et qu’il y aucune raison pour qu’en photographie ce soit différent, parce qu’il faut savoir faire pour savoir défaire, j’ai repris les bases “un bon tirage, c’est un tirage équilibré, avec des matières dans les noirs et des matières dans les blancs, avec de belles fermetures et dont les masques ne doivent pas se voir etc
Mes élèves progressaient et, promo après promo, j’avais acquis un œil de lynx.
Sans m’en rendre compte, je crois que ça me rigidifiait un peu à la longue dans recherche personnelle, dans ce sens qu’il peut y avoir quelque chose d’insidieusement enfermant à enseigner quotidiennement un seul point de vue.
L’été de mes 45 ans, à la librairie Torcatis de Perpignan, je tombe sur un livre de Miroslav Tichý .
C’est comme si on m’ouvrait enfin une porte en grand sur la liberté.
De retour à Paris, je vais voir l’exposition au Centre Pompidou. Je lis et je regarde tout ce que je trouve sur lui, comme une grande respiration.
A partir de Miroslav Tichý , peut-être parce qu’avec la maturité mon écriture était déjà affermie, les créateurs qui vont compter pour moi influenceront, non plus mon rapport à la forme mais ma réflexion sur mon positionnement en tant qu’artiste et donc mon rapport au monde.
Par leurs personnalités, ils m’aideront à ouvrir de nouveaux espaces de liberté à l’intérieur de moi, à m’affirmer et à mieux résister à la pression du marché, des modes et des tendances.

Marguerite Duras

En 2015, je commence à travailler sur une approche photographique de l’œuvre de Marguerite Duras autour de son enfance indochinoise. Pour ce faire, je lis ou relis naturellement tout ce qui s’y rapporte.
C’est ainsi que je découvre qu’elle a écrit quatre fois, dans différentes versions, son histoire avec son amant chinois.
Suis-je inculte ? Est-elle particulière ? C’est la première fois que je vois ça, cette réutilisation du motif, depuis que je m’intéresse à la littérature. Sidérée, je regarde Anne-Marie Stretter se réincarner livre après livre.
Plus tard, je visionne India Song, puis Son nom de Venise dans Calcutta désert ; je sais déjà que la bande originale des dialogues a préalablement existé seule pour une émission radio. Dans un éclair, je comprends mieux que je ne l’avais jamais compris, brutalement exprimé par l’exemple, que dans la création, il faut être libre. Défendre sa liberté bec et ongles. Que du moment qu’on est profondément, désespérément sincère avec soi-même, on n’a de comptes à rendre à personne, qu’à soi-même.
Je prends note de cette leçon magistrale.
Face aux diktats du marché, à la quasi hémogénie de la “série”, à la pression du format unique, de la petite numérotation, voire de la pièce unique, à l’impossibilité de tacite de changer quoi que ce soit en cours de série, comme si l’art était un bien de consommation et non l’expression d’être sensibles et donc mobiles, comme si ce qui est notre force, notre capacité de création vive, qui devrait être considérée comme une des choses les plus précieuses au monde, devait être domptée.

Louise Bourgeois

Mi 2019, j’abandonne quelques jours M. Duras sur laquelle je travaille à nouveau en vu du projet “L’odeur de la nuit était celle du jasmin” pour lire la biographie que consacre Marie-Laure Bernadac à Louise Bourgeois “La femme couteau“.
Je suis lasse de la photographie, lasse de Marguerite. J’ai besoin d’une échappée.
Une vie consacrée aux arts-pastiques me semble propice à reprendre souffle.
Cette biographie, qui évoque la vie d’une artiste aux médiums différents du mien, m’ouvre les yeux sur des disparités évidentes entre nos deux mondes.
Pour une même sculpture, trois bronzes d’abord et bien plus tard deux marbres.
Au nom de quoi, ne pourrais-je pas m’accorder aussi cette liberté ?
Un bouquet en argentique et dans deux ans, si l’envie m’en prend, la même en cyanotype, la même image dans deux séries différentes, une photographie recadrée à ma guise et réutilisée ?
La liberté s’acquière chèrement, en particulier à l’intérieur de soi-même où l’auto-censure peut faire de discrets ravages et je suis infiniment reconnaissante à mes aînés de m’avoir, chacun à leur manière, ouvert la voie car il me semble que c’est dans cette liberté même que je donne le maximum de mes capacités.
On peut imaginer que le dialogue avec le public ne peut en être qu’enrichi car qui préfèrerait voir un animal en cage plutôt que de le regarder s’ébattre en liberté ?

ACTUALITÉ
L’Académie des beaux-arts accueille du 16 décembre au 31 janvier 2021 l’exposition « L’odeur de la nuit était celle du jasmin ». L’Institut est en effet ouvert au public suite à une décision du 15 décembre.

mer28oct(oct 28)11 h 00 min2021dim31jan(jan 31)18 h 00 minL’Odeur de la nuit était celle du jasminFLOREAcadémie des beaux-arts - Institut de France, 23, quai de Conti – 75006 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

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