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« Enjeu de mémoire, le destin des triangles roses a longtemps été invisibilisé. Cette exposition entend rendre compte, grâce à de nombreux documents originaux, du sort des homosexuels et des lesbiennes sous le régime nazi, entre stigmatisation, persécution et lutte pour la reconnaissance. » Florence TAMAGNE, commissaire scientifique de l’exposition Maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Lille, Spécialiste de l’histoire de l’homosexualité.

Des étudiants allemands de la Deutsche Hochschule fur Leibesubungen DHfL © Coll_ United States Holocaust Memorial Museum Washington

En 2021, pour la première fois en France, un musée d’histoire retrace de manière chronologique et thématique l’histoire de la persécution des homosexuels et lesbiennes sous le Troisième Reich en s’appuyant sur une riche sélection de documents pour la plupart jamais présentés en France. Longtemps tabou, le destin des “triangles roses”, s’il est, depuis une trentaine d’années, l’objet de recherches historiques de premier plan, reste encore méconnu du grand public. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, rares furent les hommes et femmes homosexuels à témoigner du sort qui fut le leur sous le régime nazi. En Allemagne, ils se virent nier le statut de victimes, du fait notamment du paragraphe 175 du Code pénal allemand, criminalisant les relations sexuelles entre hommes, qui resta en vigueur après 1945. Ce n’est qu’à la faveur du mouvement de libération gay et lesbien des années 1970 que le sujet commença à être débattu, soulevant de nombreuses questions, constituant autant d’enjeux mémoriels : quelle fut la nature des persécutions ? Combien de personnes furent touchées ? Tous les homosexuels furent-ils visés ? Quel fut le sort des lesbiennes ? Quels furent les territoires concernés par la répression, notamment en France ? Comment honorer le souvenir des victimes ?

Affiche en langue allemande représentant la classification des insignes portes par les détenus dans les camps de concentration © Coll_ Mémorial

S’appuyant sur une variété de documents, la plupart jamais présentés en France, cette exposition se propose de répondre à ces multiples interrogations en replaçant la persécution des femmes et des hommes homosexuels sous le régime nazi dans un cadre géographique large – même si l’Allemagne et la France seront privilégiées – et dans le temps long. Si le début du XXe siècle avait vu l’épanouissement d’une subculture homosexuelle dans les grandes capitales européennes (comme Berlin et Paris) et la naissance des premiers mouvements militants, les préjugés homophobes, relayés notamment par les discours religieux et médicaux, étaient fortement ancrés et de nombreux pays pénalisaient l’homosexualité masculine – plus rarement féminine. Le discours nazi prit racine sur ce terreau fertile, avant de trouver sa concrétisation dans la mise en place d’un système répressif de plus en plus radical et foisonnant.

Chawa Zloczower et Hella Olstein en France 1934, Lieu inconnu © Collection privée Daniel Olstein

Les femmes et les hommes homosexuels ont connu des destins hétérogènes. Certains choisirent l’exil, d’autres menèrent une double vie. Sur près de 100 000 homosexuels fichés par le régime, 50 000 environ firent l’objet d’une condamnation ; entre 5 000 et 15 000 furent envoyés en camp de concentration, où la plupart périrent, même si leur sort put varier considérablement en fonction du camp lui-même, mais aussi de leur date d’internement. Les lesbiennes restaient quant à elles hors du champ de la loi, sauf dans certains territoires, comme l’Autriche, et certaines furent déportées comme “asociales” ou “communistes”. Le paragraphe 175 ne s’appliquait qu’aux ressortissants du Reich, allemands et habitants des territoires annexés, comme par exemple l’Alsace-Moselle. Dès lors, le sort des homosexuels dans les pays alliés de l’Allemagne, comme l’Italie, ou occupés par elle, a pu différer de manière sensible. Des parcours de vie permettront de saisir ces questions dans toute leur complexité, alors que des femmes et des hommes homosexuels étaient aussi selon les cas, juifs, résistants, voire sympathisants du régime nazi. Une section rendra compte du lent processus de reconnaissance, depuis les projets de monuments et de plaques à la mémoire des victimes, qui se sont multipliés depuis les années 1980, jusqu’aux mesures institutionnelles, qui ont enclenché un processus de réhabilitation et d’indemnisation de celles-ci.

MemorialPillage de la bibliotheque de Magnus Hirschfeld_ directeur de l_Institut de sexologie de Berlin © Coll_ United States Holocaust Memorial Museum

Le parcours de l’exposition :

Le parcours de cette exposition s’organise autour de quatre parties au sein desquelles les cas allemands et français sont volontairement privilégiés. Débutant par l’évocation des premiers mouvements homosexuels de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 1930, l’exposition aborde ensuite la persécution des homosexuels, principalement sous le régime nazi et dans un cadre européen et présente un panorama des répressions dans d’autres pays européens tels que l’Italie, l’Autriche et la France, pour se terminer sur les questions de mémoire et de reconnaissance depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’aux périodes le plus récentes. À l’intérieur de chaque partie, des parcours de vie témoignent du destin hétérogène des hommes et des femmes homosexuels durant cette période, alors qu’ils étaient parfois aussi juifs, résistants, voire sympathisants du régime.

Un cycle de conférences, en prolongement de l’exposition, permet d’approfondir ces différentes thématiques.

Memorial Affiche conçue pour le projet Silence_Death par un collectif new yorkais

INFOS PRATIQUES :
Homosexuels et lesbiennes dans l’Europe nazie
jusqu’au 22 février 2022
Mémorial de la Shoah
17, rue Geoffroy–l’Asnier
75004 Paris
Entrée libre
Site dédié à l’exposition :
http://expo-homosexuels-lesbiennes.memorialdelashoah.org/

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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