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Partager Partager Les livres publiés par Céline Pévrier aux éditions Sun/Sun ont souvent quelque chose de l’OVNI éditorial, de l’ordre de l’expérimental, de la subversion de la forme même du livre de photographie tel qu’on l’attend ou qu’on le connaît. Il ne s’agit pas pour elle de procéder à des prouesses de fabrication, tours de force éditoriaux, épate facile multipliant les artifices, démonstration d’un savoir faire graphique. Il s’agit plutôt de donner forme (une forme qui fait sens) à des travaux photographiques peu orthodoxes, alternatifs, parfois aux croisements des médiums, souvent structurés comme des récits, dont elle a le goût. L’ouvrage Dysnomia d’Alexandre Dupeyron est de cet ordre. D’abord, cherchons quelle est donc cette Dysnomie (et déjà les chemins se croisent) : c’est une forme d’aphasie, d’incapacité à nommer les choses ou à reconnaitre leur nom. C’est aussi le nom d’une déesse grecque personnifiant l’anarchie. Ou encore une lune satellite de la planète (naine) Eris. Le titre figure, à peine lisible tant le corps en est fin, sur le dos du livre. La couverture souple de cet ouvrage, dont le format rappelle celui d’un livre de texte, figure une image panoramique (qui court de la première à la quatrième de couverture en passant par le dos), peu lisible, qui laisse la porte ouverte à de multiples suppositions/interprétations. Tiers paysage brumeux, électrocardiogramme, nuages ? La reliure japonaise donne une forme filmique à l’ensemble. La souplesse de l’ouvrage permet de le feuilleter, en le basculant à l’horizontale, comme un flipbook. Il y a dans la structure même du livre une forme de psalmodie, de partition musicale au rythme lent ou syncopé. (Alexandre Dupeyron fait d’ailleurs avec sa série Dysnomia une performance photographique, lors de laquelle il mixe ses images avec le quintette Theorem of Joy, sur un morceau inspiré par le corpus du livre à Thomas Julienne, compositeur et contrebassiste.) Les images-visions, comme issues d’un rêve éveillé, brouillent la perception, elles circulent de l’infiniment petit à l’infiniment grand, de l’organique au minéral, de la dilatation à la contraction. Eau, arbres, étincelles, visages, paysages urbains surgissent du noir, et s’enchaînent avec une lenteur ou une frénésie hypnotique. Le livre et sa perception se construisent en partie dans l’insaisissable, l’inframince, dans les espaces interstitiels entre les images et dans les replis des pages où des mots se découvrent pour peu qu’on aille les chercher (“imaginaire”, “intermédiaire reflet”, “indiscernable”, “originel”…). On comprend mieux le titre, il y a là quelque chose de l’ordre du chaos où pourtant tout est lié, et le photographe nous laisse désorientés, nous fait perdre pied quant à ce que nous pensions savoir ou reconnaître, nous fait douter de nos capacités de perception et de compréhension en les renouvelant et les remettant en question. L’ouvrage s’articule de manière circulaire, et nous laisse pris dans une interminable boucle, sans finalement ni début ni fin. On saisit alors comme la forme du livre fait remonter le fond du travail d’Alexandre Dupeyron à la surface. INFORMATIONS PRATIQUES Dysnomia Photographies et texte : Alexandre Dupeyron Édition et éditing : Céline Pévrier Postface : François Cheval 18 x 24 cm – 128 pages Texte français/anglais ISBN : 979-10-95233-15-2 Prix de vente : 65 euros https://www.sunsun.fr https://www.alexandre-dupeyron.com Marque-page3
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