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Christine Ollier et son équipe ont inauguré la quatrième édition du Champ des Impossibles, ouvrant au public une vingtaine d’expositions dont la thématique centrale est le règne animal. Chaque jour, nous vous proposons le portrait d’un artiste du Parcours Art & Patrimoine en Perche .04 rédigé par Emmanuel Berck. Aujourd’hui, découvrons Martine Camillieri présentée au Moulin Blanchard – Perche-en-Nocé avec une grande installation sous la forme d’un Safarikid dédié aux enfants, bourré d’humour et de salutaires réflexions sur nos rapports avec le monde animal.

Auteure et plasticienne, Martine Camillieri se définit comme une artiste de la déconsommation, dont l’objectif est de « révéler les plus du moins : le peu, qui, lorsqu’il est volontaire, a un petit goût d’extraordinaire ». Son champ d’action est le quotidien et le banal. Jamais conventionnelle, sa démarche est engagée et vigilante, basée sur la récupération et le détournement. Tout son travail milite pour limiter la profusion d’objets sur terre et pour que le comestible reste comestible. Elle critique la société de consommation, en mettant en relief l’inutilité de la surabondance.

Avant et après la pub

Après des études à l’École des Arts décoratifs de Nice, Martine Camillieri devient DA dans la publicité à Paris. Pendant une trentaine d’années, elle aide les marques à développer leur notoriété et leurs ventes. Au tournant du siècle, agacée par le trop-plein d’objets et de nourriture qu’elle promeut en tant que de publicitaire, elle quitte le métier pour entamer une période de réflexion sur l’écologie, le recyclage, l’alimentation… « J’ai eu envie de m’exprimer à ce sujet et je suis devenue artiste… par repentir ! explique-t-elle. J’ai commencé à travailler à mes premiers manuels d’écologie ludique d’après l’observation du quotidien : tables éphémères et jouets détournés. Des livres d’humeur sur une façon de vivre en détournant des objets usuels à d’autres fins utiles, sans les altérer pour qu’ils puissent repartir vers d’autres utilisations ou retrouver leur première fonction : un nomadisme des utilités qui pouvait diminuer par trois ce que nous utilisions ! Là est née ma mission : militer pour limiter l’objet sur terre. »

Son premier livre, « Tables éphémères (petits arrangements ludiques autour de la table) » est publié en 2003. Une sorte de guide des bonnes idées pour manger tous les jours sans s’ennuyer, en détournant, assemblant, empilant et retournant la vaisselle d’un placard de cuisine pour arriver, en d’innombrables et improbables associations d’objets, à de petites expérimentations destinées à enjoliver l’ordinaire. L’année suivante, sort un deuxième ouvrage, Jouets détournés, un Manuel pratique de bricolage pour recycler les souvenirs d’enfance des trentenaires en objets utiles. Depuis, Martine Camillieri a signé une vingtaine de publications.

Arts de la table, sauce plastique

En parallèle, Martine Camillieri puise dans ses souvenirs d’enfance en Asie, pour produire sa série Autels, sorte de tables de philosophie domestique, oniriques et ironiques, façonnées à l’aide d’objets récupérés, principalement en plastique, empilés jusqu’à l’écœurement. Elle en a produit à ce jour une vingtaine sur différents thèmes reliés à la nourriture, à la préservation de la nature, aux dérives de la consommation. « Je travaille de façon éphémère sur l’éphémère : mes installations ne sont pas figées dans le temps. Elles sont d’abord imaginées dans des croquis préparatoires, puis construites sur la base d’éléments récupérés, et enfin, photographiées pour en garder la trace. Chaque élément pouvant être réutilisé plus tard dans d’autres installations ».

Le travail d’artiste auteure de Martine Camillieri a fait l’objet de nombreuses expositions, notamment à la Design Week de Milan, au Bon Marché de Paris, à la Mezzanine du Design de Beaubourg, chez Colette, au Ministère de la Culture, à Tokyo et dans de nombreux centres d’art, médiathèques ou fondations etc.

En 2022, Martine Camillieri a participé à Trop ou trop peu, trio d’expositions dédié à l’histoire alimentaire et conçu par Christine Ollier pour la Maison des Arts d’Evreux, avec son « Festin retrouvé », buffet paléofuturiste et installation archéologique « ayant pour mission de renseigner les sociétés prochaines sur notre civilisation bientôt disparue ». En pierre, métal et bois, les restes (trompe-l’œil fossilisés) de ce banquet représentent « l’évolution de l’humanité par le truchement de son assiette ». Cette exposition marque le début d’une collaboration complice de l’artiste avec la curatrice du Champ des impossibles.

Un Safarikid ludique au Moulin Blanchard

Vue d’exposition

Dans le cadre du Champ des impossibles .04, Martine Camillieri (qui vit à mi-temps dans le Perche depuis 30 ans) a concocté un parcours ludique à partir de son travail en littérature jeunesse, où elle photographie des installations de jouets esseulés, brindilles et objets du quotidien pour donner envie aux enfants, plutôt que d’acheter de nouveaux jouets, de bricoler des histoires.

Son « Safarikid » en extérieur tient autant de l’installation plasticienne que de la chasse au trésor. Chaque enfant se voit remettre des outils d’exploration (boussole, jumelles, …) ainsi qu’un dépliant explicatif pour l’accompagner dans sa visite. Au visiteur adulte, il est conseillé de modestement rapetisser pour pénétrer cet univers bourré d’humour et de salutaires réflexions sur nos rapports avec le monde animal.

Série Safarikid © Martine Camilleri

Série Safarikid © Martine Camilleri

Martine Camillieri s’efforce de préserver en elle sa part d’enfance. « En amusant, on gagne en capacité de conviction. Tout le monde naît artiste, on le devient quand on travaille inlassablement à transmettre une obsession personnelle, un monde à soi. Mon œuvre est très engagée même si je ne vends que du vent, qu’un petit souffle de réflexion ! ».
Lutte contre l’invasion du plastique, contre la malbouffe et l’industrialisation de l’agroalimentaire, contre la chimie et les additifs toxiques, contre la surconsommation et le gaspillage, Martine Camillieri est de tous les combats. Son antidote consiste, vous l’aurez compris, à enjoliver le quotidien, à porter son regard sur ces objets que personne ne regarde. Avec beaucoup de recul et d’humour (provoqué par des double-sens ou des détournements), l’artiste cherche à réunir plutôt qu’à diviser, à inviter à la réflexion plutôt que d’avaler tout cru les fausses promesses de bonheur artificiel qui forment la base de notre société de consommation.

Cette exposition fait bien sûr partie du nouveau label dédié au jeune public dans le cadre du parcours Art et Patrimoine en Perche

Plus d’information : www.lechampdesimpossibles.com
INFORMATIONS PRATIQUES

sam29avr(avr 29)10 h 00 mindim04jui(jui 4)18 h 00 minLe Champ des Impossibles .04Le règne animalMoulin Blanchard, 11 Rue de Courboyer 61340 Perche-en-Nocé

Emmanuel Berck
Après une trentaine d’années dans la communication et la traduction, majoritairement dans le secteur des nouvelles technologies, Emmanuel Berck est devenu rédacteur indépendant en 2019. Il accompagne ainsi des entreprises dans l’élaboration de leurs stratégies éditoriales, à travers la rédaction de tribunes libres, de témoignages clients ou d’articles destinés à la presse. Il développe parallèlement une activité de pigiste pour différents magazines locaux ou nationaux, comme « Pays du Perche », « Pando » et « Profession Photographe ». Ses thèmes de prédilection sont l’environnement et la transition agricole, l’évolution climatique et la préservation de la biodiversité, et les enjeux liés à l’alimentation en circuits courts. Installé dans le Perche depuis 20 ans, il s’appuie sur un réseau d’acteurs locaux très divers qui lui permet d’analyser en profondeur les problématiques qu’il traite dans ses articles. Il aime en outre rédiger des portraits mettant en relief le travail de l’artiste ou l’artisan – le geste et les outils – son savoir-faire, son parcours et ses préoccupations actuelles. Emmanuel a réalisé 11 portraits d’artistes du Champ des impossibles.02, publiés dans l’hebdomadaire « Le Perche » durant l’été 2021. Il a également écrit deux entretiens avec deux artistes du Champ des impossibles, à paraître aux Editions Filigrane.

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