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Partager Partager Bien connu du public français, l’artiste belge Michel François (né en 1956 à Saint-Trond ) fait l’objet d’une remarquable exposition à Bozar autour de 40 ans de création. Suivant le concept d’un art total, son œuvre est difficile à circonscrire ou décrire tellement elle échappe à toute entreprise de catégorisation, comme en perpétuelle métamorphose. Ainsi chacune de ses expositions est repensée, réactivée à l’occasion d’une nouvelle invitation, le recyclage étant un processus fondamental de l’ADN d’un artiste à la fois touche à tout, alchimiste de la matière, inventeur, scénographe… qui a fait un important travail préliminaire sur l’agencement des salles du Palais des Beaux-arts imaginé par Victor Horta. À partir d’une maquette, l’artiste n’hésite pas à redéfinir le flux de circulation entre les salles afin que l’exposition devienne un prolongement de son atelier. Michel François, Vue de l’exposition Contre nature, Bozar 2023 photo Philippe de Gobert Le rapprochement des contraires, le hasard, la répétition du geste, le temps, la mutation sont perpétuellement à l’œuvre autour de mises en tensions assez spectaculaires soulignant incohérences et contradictions. Des amalgames contre nature pourrait-on résumer, reprenant une partie du titre de l’exposition. Ainsi de « Jardin contre nature » où de grandes plaques de résine suspendues laissent entrevoir une collection d’herbes et de plantes en pleine macération. La rencontre improbable du naturel et de l’artificiel. La vue du visiteur se brouille légèrement par un effet de loupe. Michel François, Vue de l’exposition Contre nature, Bozar 2023 photo Philippe de Gobert Mais au-delà du régime de la poésie et du chaos, se niche une portée politique consciente et ce dès le début du parcours, avec « Blind Spot » installation traitant de l’emprise des dispositifs de surveillance avec cet impressionnant panoptique inversé qui entraine le visiteur et son reflet dans un spectacle de vidéos prises en Azerbaïdjan représentant des cratères en fusion de bulles de gaz. Autre temps fort avec « le Théâtre des Opérations » sorte de retranscription d’un champ de bataille allégorique sous la forme d’un ample dispositif technique au centre duquel flotte un drapeau blanc, symbole de la paix. Une allusion au contexte géopolitique européen actuel mais de façon détournée comme avec ce dessin réalisé dans le mur que l’on ne déchiffre pas de prime abord alors qu’il reprend les sillons des zones de conflit en Syrie. Le sol porte les stigmates du processus de création de l’œuvre à la scie circulaire. Michel François Retenue d’eau Le choix du tableau « La messe de Saint Grégoire » du Maître de Flémalle dans les collections des musées royaux des Beaux-arts souligne le privilège de l’artiste : le regard optique qui permet de voir à la fois la réalité et sa représentation. La boulangère, elle, n’est pas persuadée de la conversion du pain en la figure christique. Ne jamais prendre pour acquis ce qui apparaît. Tout est une question de perspective. Autant de « pièces à conviction », selon les 6 thèmes retenus. Après les « hétérotopies » décors imaginaires de maquettes finalisées ou non et n’oublions pas que Michel François a étudié le théâtre, nous basculons dans « Scène des abandons ». Lente érosion d’un bloc de sel sous l’effet de l’eau, cristallisations du bronze en fusion sur un mur « Instant Gratification », ou « Slashs » sur le sol jusqu’à la série des « Enroulements » de papier, de plâtre, de verre, des déchets enfermés dans ces coupes de troncs d’arbre et soumis à un accident qui prennent alors des allures de grands mandalas. Dans les dernières salles, sont exposés pour la première fois des objets pauvres et relativement insignifiants, intitulés « autoportraits » par l’artiste. Placés sur un socle, ils ont des allures d’œuvres en attente d’un devenir. Clap de fin avec « Ruins of a Blue Sky Wall », un mur de briques dessinant des nuages bleus, image rétinienne d’un certain art en Belgique… Michel François Photo atelier Bruxelles 2018 Peut-être aurez-vous la chance de croiser Philippe Bertels, ancien gardien de salle qui a résumé son expérience dans le roman « Le Gardien » que Michel François a invité à jouer le guide de son exposition. Autre pirouette d’un artiste aussi insaisissable que captivant ! Catalogue aux éditions Bozar MER. B&L, 240 pages Contributions de François Piron, Eugène Savitzkaya et Ory Dessau.Prix 39 € INFOS PRATIQUES : Michel François Contre nature Jusqu’au 21 juillet 2023 Programmation associée : Michel François et Anne Teresa De Keersmaeker, projection du film « Une journée dans l’atelier de Michel François » de Loic Vanderstichelen, Lunch Tour… Nouveau ! Ticket combi pour Michel François et Swedish Ecstasy. Pour €20, vous avez désormais accès aux deux expositions. Réservez votre ticket combi ici. https://www.bozar.be/ A découvrir également à Bruxelles cf. mes précédentes chroniques autour d’Art Brussels, Mehdi-Georges Lahlou & Candice Breitz Centrale for contemporary art, Echoes of Tomorrow à Hangar art center, Hans-Peter Feldmann à la Fondation A, House of Dreamers à la Fondation Boghossian.. Organiser votre séjour : https://www.visit.brussels/fr/ https://www.thalys.com/fr Photo de couverture : © Michel FrançoisMichel François, Mud Volcano, 2022 Capture video from 4 channel video Marque-page0
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