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Partager Partager PhotoPortfolio Peut-on photographier le monde en restant chez soi ? Nicolas Baudouin28 mars 2017 Contempler une carte du monde a toujours été une expérience particulière conjuguant frustration de ne pouvoir espérer découvrir de nombreux lieux constituant ce trop vaste territoire et sentiment de familiarité rassurante devant cette géographie de souvenirs d’écoliers. Regarder une carte du monde fait rêver le voyageur curieux et conquérant qui sommeille en chacun de nous. Il est aujourd’hui possible de donner à ces rêves éveillés plus de réalité et de les transformer en de presque vrais voyages faits de découvertes uniques et individuelles et parfois de surprises. Parcourir les rues de Montmartre, voir apparaître le mont Fuji au détour d’une route ou encore traverser les Etats Unis par la fameuse route 66 est désormais une expérience accessible à tous sans pour autant quitter son fauteuil. Il suffit pour cela d’utiliser un ordinateur et de parcourir le monde que le géant américain Google photographie méticuleusement et systématiquement à l’aide de ses appareils photos panoramiques à 360° qui sillonnent la planète sur le toit d’automobiles ou haut perché sur le dos de marcheurs. Ces images sont ensuite précisément associées par géolocalisation à une carte détaillée de la planète qui permet à l’internaute voyageur de choisir, au hasard ou non, un point sur cette carte et de découvrir ainsi sur son écran le paysage à 360° correspondant à ce point précis du monde. Il ne reste ensuite qu’à cliquer pour avancer, tourner à gauche ou à droite et partir à la découverte d’un quartier, d’une ville, d’un pays ou du monde … Ce projet pharaonique qui consiste à photographier les paysages bordant les routes et sentiers de notre planète n’est pas, bien évidemment, une opération philanthropique ni artistique. Elle fournit à l’entreprise Google une quantité d’informations susceptibles d’être utilisées à des fins commerciales. Il n’en demeure pas moins que ces milliards d’images accessibles à tous constituent un corpus tout à fait passionnant qui transforme ces voyages virtuels en une réelle expérience visuelle. L’artiste photographe comprendra assez vite l’intérêt particulier que représente cette immense quantité d’images dormantes. En effet, il s’agit de photographies sans photographe : à un lieu correspond un instant auquel correspond une image panoramique provoquée par un dispositif programmé ne tenant compte d’aucune considération esthétique et laissant une large place au hasard. L’image est par définition d’une parfaite neutralité et objectivité et n’a d’autres ambitions que de rendre compte sur un écran d’un environnement précisément situé sur une carte. Ces images dormantes sont donc d’une certaine manière en attente de l’artiste photographe qui saura exploiter l’instant décisif où le hasard s’est fait objectif dans un lieu particulier. C’est un exercice qui sollicite doublement le hasard : trouver par hasard le point sur la carte où par hasard un événement qui offre un intérêt particulier du point de vue de l’artiste a été capturé par le dispositif ! C’est parmi cette infinité de ready made photographiques que l’artiste trouvera et choisira ce qu’il considère de son point de vue comme étant une expression intéressante et pertinente de cette conjonction de deux hasards ; l’un géographique et l’autre temporel. Il lui reste ensuite à composer son image par un cadrage (il s’agit de panoramique !) et pratiquer sa capture d’écran. C’est alors que l’image aura trouvé son photographe pour devenir, pourquoi pas, post-photographie ! http://www.nicolasbaudouin.com http://nicobaud.tumblr.com https://www.instagram.com/nicobaud/ Marque-page0
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