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Rencontre avec Angelika Markul, archiviste d’un temps lointain

Temps de lecture : 3 minutes et 39 secondes

Prix Maif sculpture 2017 pour « Mylodon de Terre », Angelika Markul nous reçoit à son atelier à Malakoff, sa ville d’adoption. Née en Pologne en 1977 elle vit en France. Diplômée des Beaux Arts de Paris, le public l’avait découverte à l’occasion de son exposition au Palais de Tokyo dans le cadre du Prix Sam Art projects en 2012. Malgré une actualité chargée et des expositions prévues dans le monde entier pour 2018 elle prend le temps de nous décrypter les multiples enjeux à l’œuvre dans ces projets hors normes réalisés dans des lieux hostiles ou oubliés de l’histoire. Des paysages en train de disparaître sous l’action de l’homme qu’elle tente de fossiliser dans des symphonies crépusculaires qui convoquent le sublime et sa perte.

A quand remonte votre 1ère émotion esthétique ?

Dès l’âge de 4 ans à travers l’odeur de la peinture à l’huile utilisée par ma mère, peintre amateur. Elle travaillait avec de grands formats dans sa cuisine, beaucoup autour de la thématique du cosmos dans des tonalités bleues. Je regrette de ne pas avoir ne serait-ce qu’une photo de cela. Je pense que nous portons en nous des ancêtres qui continuent à guider et influencer nos choix présents.
Je chipais des appareils photo de mon père, russes à l’époque qui coutaient très cher en développement. Je me livrais à des expérimentations sur la lumière. La première exposition vue en Pologne était très abstraite et j’ai tout de suite détesté la couleur en peinture, ce qui continue aujourd’hui. Après je n’ai jamais arrêté dans cette voie.

Comment décrire votre pratique ?

Je suis une artiste vidéaste entretenant un lien très proche avec la sculpture. La vidéo devient sculpture dans des installations immersives où l’architecture a une place essentielle. Le spectateur doit se sentir enveloppé dans mon univers tout en restant libre de ses mouvements. Je préfère convoquer des phénomènes plutôt que de chercher à les expliquer. Révéler ce qui est paradoxal ou caché.
Je vais partir d’un projet concret pour mieux décrire ma méthodologie, « la Trilogie », un corpus filmique en 3 volets autour des étapes ambivalentes et tragiques de l’évolution de la nature humaine.
« La Mémoire des Glaciers », déjà réalisé a été montré et exposé dans le cadre de la Bienalsur à Buenos Aires. L’installation vidéo retranscrit le possible effondrement d’un glacier au Sud de la Patagonie à Perito Moreno,
le 2ème chapitre, « Mir » (en cours de réalisation) capté sur des sites miniers en Sibérie orientale révèle vu du ciel, d’immenses béances faites par l’homme, que je rapproche des lignes archéologiques de Nazca étudiées par la mathématicienne Maria Reiche.
Le 3ème et dernier volet « BepiColombo », porte le nom de la sonde qui sera envoyée sur la planète Mercure à la fin de l’année 2018. Une mission scientifique destinée à étudier la genèse du soleil. Le lancement de ces machines ouvre la porte à une dimension imaginaire de l’ordre du fantastique croisée avec une réalité technologique fortement tangible.
Ainsi de la comète des origines nous bouclons la boucle dans cette trilogie à l’infini.
Ce qui est passionnant et formidable avec les scientifiques est de partager cette quête originelle.

Déroulé et préparation des projets

Temps long :

Mes projets s’inscrivent toujours à long terme engageant de nombreux paramètres.
Je commence déjà par faire énormément de recherches sur internet sur des endroits difficilement accessibles, des mythes, par exemple le mythe de Yonaguni au Japon.
Puis je construis de nombreuses rencontres et échanges avec les scientifiques.

Notons que « 400 milliards de planètes », tourné dans le plus grand observatoire du Chili dans le désert d’Atacama, a commencé il y a 6 ans. Le travail en amont est colossal avec les autorisations de tournage à obtenir comme pour le projet du nouveau télescope ouvert en Chine, l’un des plus grands au monde que l’on filmera en octobre.

En parallèle je me livre à une intense préparation physique à l’aide d’un coach, que ce soit pour plonger en eau profonde ou escalader des glaciers. Un régime de fer qui demande beaucoup de discipline avant le départ.

Quels sont vos sources d’influence, artistes référents ?

J’ai beaucoup d’estime pour Alina Szapocznikow, Joseph Beuys, Yannis Kounellis, Louise Bourgeois, Anselm Kieffer,Tatiana Trouvé ou Matthew Barney même s’ils n’ont pas de rapport direct avec mon travail. J’avais 20 ans quand j’ai vu les premières installations de Barney et c’est lui qui a été le vrai déclic avec cette matière organique que l’on retrouve aujourd’hui à travers la cire que j’insuffle à mes environnements.

Même si je me sens plus française que polonaise aujourd’hui j’ai une certaine difficulté à me reconnaître dans la scène française contemporaine.
Mes références se nourrissent plus que de citations, de mes rencontres comme avec Mr Kimura, professeur de géologie de l’Université de Ryūkyū sur l’île d’Okinawa que j’ai interviewé sur ses recherches pendant 30 ans. J’ai besoin d’une aventure humaine.

Projets à venir

Je dois toujours me confronter à la question du financement des projets.
J’ai réalisé 10 films avec des partenaires, lauréate du Prix Coal 2016, l’institut Polonais a soutenu la post-production du film « La mémoire des glaciers ».
Pour ce second volet, j’ai déjà reçu le soutien de mes galeries, la Galerie Leto et la galerie Laurence Bernard. Ma société de production française Eva Albaran & co me soutient ainsi que l’Institut Polonais. Malheureusement la trilogie risque de se terminer en 2019 faute de soutien financier suffisant pour le 3ème volet.
Mais les expositions pour 2018 seront nombreuses avec pour commencer l’ouverture de Tierra del Fuego, à la Leto Gallery de Varsovie, en parallèle de Après, Kewenig gallery, à Palma de Mallorca, (Espagne), ma participation à la foire Arco (Madrid) avec la nouvelle galerie d’Eva Albaran, puis l’Argentine…

Angelika Markul est représentée par la galerie Leto (Varsovie), la galerie Laurence Bernard (Genève) et la galerie Eva Albarran, productrice (Solo galerie à Paris) qui va ouvrir à Madrid à l’occasion d’ARCO.

Journal de Bord de l’artiste :
http://www.angelikamarkul.net/fr/journal-de-bord/

Prochaines expositions :
Centre international d’art et de paysage de l’île de Vassivière, Vassivière, France, 2019 ;
«If the hours were already counted », Sector 2337, Chicago, Etats-Unis, 2018 ;
Muntref – Centro de Arte Contemporáneo, Buenos Aires, Argentine, 2018 ;
Galerie Leto, Varsovie, Pologne, 2018
http://www.angelikamarkul.net/fr/