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Trans-nationalisme, genre et revendications LGBT, place des femmes, narrations binaires et auto centrées, défis environnementaux, la Biennale n’échappe pas à un monde en ébullition. Pour de nombreux pays les enjeux géopolitiques sont décisifs : le Kosovo, la République de la Macédoine du Nord, la Syrie par exemple. Le Canada choisit d’ailleurs la cause des inuits en invitant le collectif Isuma qui s’attache à collecter l’héritage Nanouk. Le Kiribati (Pacifique) souligne aussi l’impact des bouleversements climatiques sur les traditions orales. Sans oublier le bateau de migrants.

Evènements collatéraux :

De même avec la Mongolie dont cet héritage intangible est inscrit au patrimoine de l’humanité. Joan Jonas avec l’académie TBA21 choisit l’océan (église San Lorenzo) dans un vibrant hommage aux mythes et chimères de ce continent menacé. Elle n’hésite pas à plonger malgré son âge au milieu des espèces aquatiques qu’elle magnifie dans des contes incarnés par des enfants et des dessins. D’une grande poésie.

Autre collecte, celle de la néo-zélandaise Dane Mitchell (Palazzina Canonica) qui s’attache à recueillir les espèces qui ont disparu. L’Iran signe une belle proposition, mélancolique autour d’un dernier banquet, l’Azerbaïdjan souligne l’incommunicabilité à l’ère digitale. Le craft est célébré par Léonor Antunes (pavillon du Portugal), et la Bulgarie (le verre de Murano) ou l’Islande spectaculaire installation en textile. Macao avec les céramiques d’Heidi Lau replonge dans son passé. Taïwan à partir de l’ancienne prison de Venise avec Shu Lea Cheang recréé l’architecture panoptique pour dénoncer la traque digitale et surveillance de masse à partir de la signature virtuelle que laisse chaque visiteur. 3x3x6 décrit également le conditionnement de genre et formatage des réseaux sociaux.

Hong Kong avec Shirley Tse, première femme artiste à représenter, pose les questions de la différence et son impact, philosophique et culturel dans des installations qui mêlent le bois pour la première fois et d’autres matériaux récupérés, l’artisanat et les technologies 3D.

Expositions à ne pas manquer !

Jannis Kounellis, Prada Fondation

Après son exposition à la Monnaie de Paris, c’est un évènement de le retrouver dans ce beau palais Ca’Corner della Regina pour une rétrospective majeure qui explore tous ses champs de recherche. La gravité et l’équilibre, la perception et l’odeur (le café, la grapa), la danse, le feu et les éléments, Bach..

Fondation Pinault : Lugo e Segni et Luc Tuymans

Punta della Dogana, le Songe de la lagune

Après le tumulte, place à la méditation et à la poésie sous toutes ses formes dans le sillage d’Etel Adnan et sa mémoire des villes traversées. Olfactives, visuelles, sonores, auditives, tactiles, l’approche sensorielle rejoint le point géographique névralgique du lieu entre le vent et la mer, les effluves du large et de la lagune, les sons des bateaux. Felix Gonzalez Torres au seuil invite à traverser son œuvre, métaphore de l’intime et du politique avec ce rideau de perles rouges qui renvoient à la propagation du virus du sida. Une œuvre très forte qui avait été présentée pour l’ouverture de la Punta della Dogana il y a tout juste 10 ans, en 2009.

Autre présence significative et en dialogue, Roni Horn qui cite Emily Dickinson comme expérience fondatrice pour sa pratique en reprenant plusieurs de ses vers sur de grandes tiges d’aluminium posées et dans la salle magistrale « Well and Truly » ces nappes d’eau stratifiées que l’on est invité à contourner et apercevoir de haut dans des jeux de transparence et d’apparition hyptotique. La co-commissaire Mouna Mekouar s’est beaucoup inspirée de l’exposition qui a eu lieu au musée Yves Saint Laurent de Marrakech en 2018 autour de Etel Adnan et Simone Fattal, autres affinités électives mises en avant à la fin du parcours avec « Conversation with my soul ».

On referme cet écrin habité pour re-découvrir Luc Tuymans Palazzo Grassi sous le titre emprunté à Malaparte de « La Pelle », la peau, véritable pamphlet à charge de la Vielle Europe, plein d’horreurs flamboyantes. On retrouve de telles métaphores dans les personnages ou évènements choisis par l’artiste, auteurs d’atrocités durant les guerres, le Nazisme mais aussi les éléments troubles de paysages ou images officielles de l’histoire. Des « secrets »qu’il distille un peu partout sous les ors baroques du palais.

La mort de James Lee Byars (Vanhaerents Art Collection Bruxelles)

Dans l’église Sainte Marie de la Visitation cette œuvre présentée avec l’installation sonore de Zad Moultaka à partir de requiems et rites de deuil prend une toute autre dimension. Conçue au moment où l’artiste se savait atteint d’un cancer incurable c’est l’une des plus fortes émotionnellement.

Dysfunctional, Carpenters Gallery, Ca’D’ORO

Très belle proposition de design en dialogue avec les collections de la Ca’d’Oro, Maarten Baas, Nacho Carbonnell, Atelier Van Lieshout.

Future Generation Art Prize :

Emergence sous l’égide du prix de la Victor Pinchuck Foundation. Assez inégal.

Helen Frankenthaler, Palazzo Grimani (Gagosian gallery) :

L’américaine est enfin mise à l’honneur après avoir été longtemps masquée par son mari, Robert Motherell.

Baselitz au musée de l’Accademia et à la Fondation Vedova (Thaddaeus Ropac)

Remarquable scénographie des années décisive du maître dans ces 2 lieux.

Egalement : Adrian Ghenie, Palazzo Cini, Alberto Burri Fondazzione Cinni, Yun Hyong-Keun Palazzo Fortuny…

A LIRE
Biennale de Venise, face A

INFOS PRATIQUES
Biennale Arte 2019
May You Live In Interesting Times
Jusqu’au 24 Novembre 2019
Ouvert de 10 h à 18h
Billetterie en ligne : https://labiennale.vivaticket.it/eng
https://www.labiennale.org
Vols EasyJet à partir d’Orly

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