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Carte blanche à Didier Ben Loulou : Helmar Lerski & Francis Bacon

Temps de lecture : 1 minute et 20 secondes

Pour cette première carte blanche, notre invité de la semaine, le photographe Didier Ben Loulou partage avec nous sa rencontre, à la fin des années 70, avec l’œuvre de Francis Bacon. Il revient notamment sur l’unique portrait de Bacon réalisé en 1930 par le photographe cinéaste d’origine suisse Helmar Lerski.

À Paris, à la fin des années 1970, rue des Beaux-Arts, à la galerie Claude Bernard, je pus admirer pour la première fois les œuvres de Francis Bacon. Des amies de l’école des Beaux-Arts, des sœurs jumelles étudiantes en lithographie, m’avaient proposé de les suivre au vernissage. Il y avait beaucoup de monde ce soir-là. Je découvrais l’œuvre du peintre qui témoignait, comme peut-être nulle autre, de la violence et de la cruauté de notre époque, avec une rare lucidité. Le lendemain, voulant revoir tranquillement les toiles, je repassai à la galerie. Sur le pas de la porte, Bacon était là à parler avec une personne dans un grand manteau noir me semble-t-il, le visage légèrement poudré. Je ne suis pas certain qu’avec le temps, son travail a la même importance pour moi, je cherche autre chose, mais il a compté. C’est au milieu des années 1920, peut-être 1926, que Francis Bacon a vécu à Berlin. Il raconta qu’« il se trouvait plongé dans l’atmosphère de L’Ange bleu ». Probablement qu’il baigna dans cette décadence de la république de Weimar telle que la montrent les expressionnistes. On ne sait comment Bacon rencontra Helmar Lerski, qui à cette époque participait à la prise de vues du film de Fritz Lang, Metropolis. Il n’existe qu’un seul et unique portrait de Bacon photographié par Lerski. On y reconnaît l’éclairage, la modernité du cadrage ; il apparaît de profil. Curieusement, on se demande ce qu’ils ont pu se dire, les questions de Lerski, les réponses de Bacon ou l’inverse. Pourquoi a-t-il posé comme simple modèle pour ce photographe (besoin d’argent ?). Qu’importe, ici deux monstres en devenir se sont rencontrés le temps d’une image… sûrement à un autre niveau aussi inaboutie et inexistante que celle de Joyce et de Proust… mais qui peut savoir…

Pour voir le portrait en question : https://francis-bacon.com/life/biography/1930s/bacon-lerski

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