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Les 30 ans de Xippas : Interview de Tristan van der Stegen, directeur

Temps de lecture estimé : 7mins

C’est le 19 octobre 1990 que Renos Xippas inaugure sa galerie dans le Marais sur les trois niveaux du bâtiment de la Rue Vieille du Temple, ce qui était très novateur à l’époque dans le quartier pas encore devenu the place to be de l’art. Takis scelle le destin de la galerie qui devient rapidement incontournable dans le paysage de la création française et internationale autour d’artistes confirmés ou plus émergents tels que : Vik Muniz, Robert Irwin, Vera Lutter, Peter Halley, Valérie Jouve, Pablo Reinoso, Philippe Ramette, Bettina Rheims, Yves Bélorgey, Yvan Salomone, Dominique Blais… La galerie dispose à présent de plusieurs antennes réparties dans quatre pays : France (Paris), Suisse (Genève), Belgique (Bruxelles et Knokke) et Uruguay (Montevideo et Punta del Este). L’une des dernières en date, la nouvelle galerie Baronian Xippas inaugurée en 2019 à Bruxelles est le fruit d’une longue coopération entre Albert Baronian et Renos Xippas.

Son directeur à Paris Tristan van der Stegen nous retrace cette fascinante aventure et nous présente l’exposition rétrospective conçue en trois volets. Une vraie gageure qui ouvre la réflexion sur les fondamentaux défendus par la galerie et les défis à venir en cette période si particulière de pandémie.

30 ans déjà #1 Xippas Paris photo avec Pablo Reinoso et Marco Maggi

L’exposition rétrospective des 30 ans, une vraie gageure…quels choix et priorités ?

C’est une bonne question car elle nous a beaucoup interpellée, en effet comment devions nous organiser une exposition sur notre histoire maintenant longue de 30 ans et riche en actualités avec un spectre d’artistes allant de l’émergence aux plus établis. La seule manière de l’imaginer était de la concevoir en trois volets, le premier commençant cette semaine jusqu’au 3 avril, le second autour de mai-juin et le dernier en juin-juillet. Ce qui va définir chacun des volets est le groupe d’artistes participants et la résonance entre leur travail. Pour ce premier chapitre nous avons 13 artistes et une cinquantaine d’œuvres déployées sur 2 étages allant de Takis, artiste le plus historique à Matthew Porter, jeune photographe américain new-yorkais.

Sans titre. Les arbres © Valérie Jouve

Quel est l’ADN de la galerie ?

Il est toujours difficile de répondre mais en prenant de la hauteur nous avons constaté que la galerie avait une vraie valeur ajoutée et des affinités autour de 3 dominantes.

La première est un goût prononcé pour la photographie et ses explorations, ce qui a valu à Renos Xippas d’être membre du comité de sélection de Paris Photo depuis plusieurs années. Cela correspond à un intérêt de Renos Xippas qui a été précurseur sur le marché de la photographie et lui-même collectionneur, ce qui lui a permis de réunir des artistes de renom parmi lesquels Vera Lutter, Joel Sternfeld, Bettina Rheims, Vik Muniz, Valérie Jouve, Matthew Porter déjà cité, parmi d’autres. La 2ème constante renvoie à l’attachement de Renos pour l’Uruguay où il passe une grande partie de l’année et où nous avons deux galeries. Cette situation géographique et appartenance culturelle nous a permis de réunir une part importante d’artistes sud-américains dont Marco Maggi, uruguayen, Pablo Reinoso, franco-argentin, Vik Muniz, brésilien, qui font aussi partie de cette exposition et ils sont nombreux chez nous. Enfin la 3ème caractéristique qui nous identifie est notre conviction et notre promotion autour des artistes abstraits américains qui ont poursuivi l’abstraction à partir des années 1980 et qui aujourd’hui, âgés de 60 et 70 ans sont entrés dans les musées. Une aventure longue et persévérante pour eux qui ont été peu reconnus à leurs débuts à une époque où ce n’était pas la tendance dominante. La figure de proue sur le marché est Peter Halley mais autour on identifie des artistes importants tels que James Siena, Dan Walsh, Michael Scott ou des plus jeunes comme John Philip Abbott dont on a parlé récemment lors d’un panel sur Martin Barré au Centre Pompidou. Enfin, n’oublions pas notre engagement de la scène française du fait de notre présence ici depuis 1990, avec des artistes comme Céleste Boursier-Mougenot, Philippe Ramette, Yves Bélorgey, Yvan Salomone, Dominique Blais ou encore Bertille Bak.

Vik Muniz

Comment la galerie a-t-elle réagi face aux défis de la crise ?

Comme tout le monde nous avons été très bousculés au départ par des changements d’organisation et de mode opératoires importants dans une période où les confinements se sont multipliés mais après la turbulence initiale on s’est aperçus que plusieurs stratégies étaient possibles et qu’il valait mieux poursuivre celle qui correspondait plus à notre identité. Cela ne passait pas nécessairement par une course avec nos confrères sur l’autoroute du digital, même si les outils digitaux sont importants et nous nous en saisissons souvent (plateformes de ventes classiques comme Artsy, Artnet..). Nous avons tenu pendant cette période qui risque de durer, à réinviter nos collectionneurs à la galerie pour qu’ils y passent plus de temps dans un esprit de convivialité. Nous sommes dans le « real life » ! Cette réflexion nous a amené à faire des travaux importants à l’étage pour pouvoir accueillir les personnes différemment et avoir des accrochages qui changent. L’idée étant de dire que la galerie Xippas est un espace de découverte évolutif. Nous aurons d’une part en bas un espace white cube qui fonctionne de manière classique et au premier un espace changeant où les gens pourront à terme aussi consulter nos publications qui sont importantes et prendre le temps avec nous de découvrir les artistes que l’on défend. C’est cette stratégie que l’on va poursuivre.

Vera Lutter Radio Telescope, Effelsberg IV, September 2, 2013

Votre stratégie vis-à-vis des foires ? la FIAC en digital…

Nos participations dans les foires auparavant étaient relativement nombreuses dont Paris Photo bien sûr, la Fiac, Drawing Now, Art Genève, Art Brussels mais aussi la foire de Punta del Este : Este Arte, mais elle ne sont pas excessives. Nous attendons que les foires se repositionnent et puissent accueillir du public de nouveau mais nous ne comptons pas dessus. Notre volonté est de pouvoir assurer une autonomie financière de la galerie par le développement du lien avec les collectionneurs. Nos choix seront désormais très ciblés.

Another, 2014. Peter Halley Another

Comment ont réagi vos artistes pendant cette période ? Quelles initiatives ont-elles émergées ?

Il faut voir aussi le côté positif de cette période qui a généré des initiatives très probantes pour nous. On a pu constater l’implication et le soutien de nos artistes sur nos réseaux sociaux et dans notre nouveau projet de vidéos en ligne (« cinema room »). Ils ont aussi accepté de participer à des visites d’ateliers proposées sur zoom, étant pour beaucoup d’entre eux à l’étranger. Cette expérience a porté ses fruits, les collectionneurs ont été très nombreux et réceptifs. Ces enregistrements ont pu être utilisés ensuite par les artistes.Ils ont donné lieu à de vraies rencontres et nous leur en sommes redevables d’avoir jouer le jeu.

Sécable, 2011 – Philippe Ramette

INFOS PRATIQUES :

sam01sep9 h 00 mindim16(sep 16)19 h 00 min30ème édition de Visa pour l’Image – PerpignanVisa pour l’Image - Perpignan, 24, rue Rabelais 66000 PerpignanType d'événement:Festival,Photographie


https://www.xippas.com/

Marie-Elisabeth De La Fresnaye
Après une formation en littérature et histoire de l'art, Marie de la Fresnaye intègre le marché de l'art à Drouot et se lance dans l'événementiel. En parallèle à plusieurs années en entreprise dans le domaine de la communication éditoriale, elle créé son blog pour partager au plus grand nombre sa passion et expertise du monde de l'art contemporain et participe au lancement du magazine Artaïssime.

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