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La semaine passée, l’Association Les Filles de la Photo a organisé la restitution publique de sa deuxième édition de l’Observatoire de la Mixité Femmes/Hommes. La précédente édition, organisée en 2020, avait souligné les fortes disparités entre les genres dans leurs parcours de reconnaissance et avait ainsi donné lieu à plusieurs initiatives comme les Tête-à-tête, ou l’organisation du Mentorat, dont l’exposition est actuellement présentée à l’Espace des femmes à Paris et est visible jusqu’au 20 novembre prochain. Cette nouvelle étude, réalisée auprès de presque 600 photographes prouve que les femmes ressentent davantage de difficulté à promouvoir leur travail.

Contexte de cette nouvelle étude

Piloté par Florence Moll et Chantal Nedjib, cofondatrices de l’association, Vanessa Corpet et Elise Weisselberg, l’Observatoire a été lancé pour continuer de faire progresser la réflexion sur la mixité Femmes/Hommes dans la photographie. La première édition avait donné lieu à des actions ciblées mises en place par l’association (Tête-à-Tête, Mentorat, première étape de l’élaboration d’un Livre blanc des Bonnes pratiques dans les processus de sélection). Les premiers enseignements soulignaient les fortes disparités entres femmes et hommes dans leurs parcours de reconnaissance. Pour ce nouvel observatoire, voici un condensé de cette restitution.

Au printemps derniers, près de 600 photographes – femmes, hommes et personnes non binaires confondus – ont répondu à un questionnaire en ligne unique pour témoigner de leur réalité, combinant données quantitatives et questions ouvertes. Cette enquête a exploré différentes thématiques parmi lesquelles : le parcours professionnel et les instances de sélection, les obstacles à la mixité, les enjeux de la parentalité, et les violences sexistes et sexuelles dans le milieu de la photographie. Ces données concernant les violences sexistes ont été collectées à la demande du Ministère et lui ont été confiées.

Sur les 600 photographes participant·es, 60% sont des femmes. Ce qui en soit représente une différence importante comparée aux autres enquêtes existantes (dans le même domaine) dont la répartition moyenne est généralement 1/4 voire 1/3 de femmes pour 3/4 ou 2/3 d’hommes. Ainsi, pour corriger cet écart et obtenir des résultats qui reflètent mieux le monde de la photographie, les données ont fait l’objet d’un redressement statistique sur la base de la répartition entre hommes et femmes parmi les photographes contactés. Dans l’échantillon redressé, il y a donc 43% de femmes.
Les femmes de l’échantillon sont nettement plus jeunes (la moitié a moins de 41 ans, alors que la moitié des hommes a plus de 57 ans) et plus diplômées (56% des femmes et 30% des hommes ont un bac+5 ou davantage). Elles cumulent plus souvent les activités (52% des femmes et 36% des hommes ont un autre métier en plus de celui de photographes) et les statuts professionnels. Elles sont aussi sensiblement plus nombreuses à avoir de faibles revenus (54% des femmes et 36% des hommes gagnent moins de 15.000€ net par an).

Une profession en pleine transformation ?
Il est frappant de constater que les caractéristiques générales des photographes sont poussées à leur paroxysme dans notre échantillon. En effet, nos répondants sont encore plus âgés, encore plus diplômés, encore moins souvent salariés, encore moins concentrés dans les hauts revenus que ce que suggèrent les enquêtes existantes.
C’est que les données les plus récentes sur les photographes en France datent d’il y a sept à dix ans, et la dernière décennie a été une période de transformation pour les professions de l’art et de la culture. Il est certain que la population des photographes en 2021 n’est pas la même qu’en 2011 ou en 2014. Les grandes tendances des professions de l’art et de la culture (augmentation de la présence des femmes, de l’ âge moyen, des formes d’emploi indépendant, de la précarité économique) ont transformé le monde de la photographie au cours de la dernière décennie, ce que notre échantillon semble refléter.

Les femmes candidatent plus, mais sont moins souvent sélectionnées que les hommes

Dans cette nouvelle étude, il est intéressant de constater qu’aujourd’hui les femmes photographes candidatent autant ou davantage que les hommes. C’est particulièrement net dans le cas des festivals et des résidences, où le nombre de candidatures moyen des femmes est deux fois plus élevé que celui des hommes. Les femmes posent davantage de candidatures que les hommes pour les prix, et contactent autant les galeries qu’eux. Par ailleurs, la proportion d’hommes qui ne candidatent jamais est sensiblement plus élevée que la proportion de femmes qui ne candidatent jamais dans le cas des festivals, des résidences, et des prix. La seule exception est celle des commandes, mais l’écart y est très fort : les femmes ont postulé en moyenne 9,5 fois pour une commande au cours des cinq dernières années, et les hommes 14 fois. D’autre part, les femmes sont moins souvent sélectionnées que les hommes. Il y a là aussi une exception, celle des résidences, dans lequel le taux de réussite des femmes est le même que celui des hommes. Mais dans les quatre autres domaines, le nombre moyen de sélections des femmes est plus faible que celui des hommes, y compris quand elles candidatent considérablement plus. Le taux de succès est parlant : il est de 9 à 18 points inférieurs pour les femmes selon les domaines. Pour les galeries, par exemple, une femme qui prend contact avec une galerie a une chance sur quatre d’y exposer, et un homme une chance sur trois.

Réponses des femmes en rouge, et en orange pour les hommes

Comment expliquer ces écarts ? Les photographes ont été interrogé·es à ce sujet. Les femmes photographes sont très nombreuses à se retrouver dans les items proposés. Pour toutes les propositions (sauf celle du manque de disponibilité), au moins la moitié des femmes ont donné une note élevée. Les hommes sont beaucoup moins nombreux à identifier les différents items comme des obstacles pour les femmes. Ils sous-estiment particulièrement les enjeux du réseau (37 points d’écart sur le manque de contacts des femmes, 35 points d’écart sur la réticence à activer ses contacts) et tout ce qui relève des barrières intériorisées (32 points d’écart sur la timidité, 31 sur la crainte de ne pas être au niveau). A l’inverse, une seule proposition a reçu une note élevée d’au moins la moitié des hommes : il s’agit des comportements et remarques sexistes. C’est aussi le facteur pour lequel l’écart entre hommes et femmes est le plus faible, donc l’objet d’un relatif consensus.

Cette nouvelle étude met à jour cette réalité que les femmes photographes :
– sont moins représentées dans les médias, les institutions, et les instances de
sélection
– candidatent davantage que les hommes… sauf dans les domaines avec des
enjeux économiques
– manquent de contacts et de clés d’entrée qui se doublent d’une difficulté à
promouvoir leur travail
– plus promptes à l’autocritique ou au doute, jusqu’à renoncer à présenter
leur travail
– pour qui la parentalité est synonyme de surcharge matérielle et
mentale, qui se heurte parfois à l’indifférence ou aux préjugés, mais adoucie par les plus proches

Qu’ils soient intériorisés ou institutionnalisés, les freins à la présence et la
reconnaissance des femmes dans la photographie sont nombreux, plus que
les hommes ne le supposent.

Le rapport complet est consultable ici :
http://www.lesfillesdelaphoto.com/portfolio/actualites/

INFORMATIONS PRATIQUES

jeu04nov(nov 4)10 h 00 minsam20(nov 20)18 h 00 minLes Expérimentales #1Restitution du programme de Mentorat 2020-2021Espace des femmes - Antoinette Fouque, 33/35, rue Jacob, 75006 ParisType d'événement:Exposition,Photographie

A LIRE
Rencontre avec Florence Moll, co-présidente des Filles de la Photo
3 structures font appel à vous pour atteindre l’égalité femmes-hommes en photographie
Rencontre avec Véronique Prugnaud. Première édition d’un mentorat pour les femmes photographes

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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