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Pour sa troisième résidence des Nouvelles Oubliées, rn7 – en collaboration avec le Musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Sâone – accueille le photographe française Bertrand Meunier, membre du collectif Tendance Floue. Cette initiative permet à un·e photographe d’entamer un travail de recherche sur ses fonds d’archives photographiques et de redonner vie à des corpus d’images oubliées. Pour cette édition, Bertrand Meunier succède à Alain Willaume et Frédéric Lecloux et propose le projet intitulé « Je crus trouver cet autre chose » autour de ses archives de commandes pour la presse.

« Ce mensonge d’une « vérité » photographique, il m’a fallu du temps pour le comprendre et l’assumer. On se regarde donc en photographiant. Miroir réflexif de ma personnalité, l’appareil photographique m’a accompagné pour, pellicules après pellicules, me donner à penser ce que je suis. (…) Reprendre cette histoire personnelle, ce long cheminement et parfois ces errances chaotiques sera un autre voyage ou plutôt une manière de vider son sac, de faire le « point », d’écrire mon histoire, cette fiction rêvée. » Bertrand Meunier

Pendant plus de deux mois, 5000 « chemises rouges » ont occupe le coeur de Bangkok pour reclamer la demission du gouvernement. Originaires du nord et nord-est, regions agricoles plutot pauvres et bastion de leur idole, l’ex premier ministre en exil Thaksin Shinawatra (2001- 2006), elu et reelu triomphalement avant d’etre renverse par un coup d’etat militaire. Le fosse s’est creuse entre les masses rurales et populaires des environs de la capitale et les elites de Bangkok.
Entre le 13 mai et le 19 mai, les affrontements entre les militaires et les manifestants ont ete d’une grande violence. 89 morts et 1900 blesses.
Bangkok. Thailande.
05/2010. © Bertrand Meunier / Tendance Floue

Grâce à la résidence photographique Les nouvelles oubliées proposée par rn7 et en collaboration avec le Musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Sâone, Bertrand Meunier est invité à ré-explorer ses archives. Il a choisi de revenir sur la période de commandes pour la presse depuis les années 2000 et de la revisiter de manière fictionnelle. L’objectif de ce travail de résidence est de chercher à comprendre comment ces temps contraints furent finalement féconds, et comment, malgré les attentes de ses commanditaires, il a réussi à garder et à développer son regard d’auteur, conservant le recul nécessaire pour ne pas tomber dans le tourbillon infernal de la fabrique de l’information. Un positionnement qui nécessite une certaine vigilance, y compris a posteriori, lors de cet exercice proposé vingt ans plus tard.
Bertrand Meunier n’est ni photojournaliste, ni photoreporter. Pourtant, il a couvert de nombreux territoires en tension. Ainsi élabore-t-il d’amples séries photographiques auscultant d’une manière frontale mais sensible les territoires au sein desquels il s’immerge. De l’Asie, au Proche-Orient, jusqu’en Amérique du Sud, les nombreuses commandes qu’il a pu effectuer n’ont jamais répondu aux codes de la presse. Sur le terrain, Bertrand Meunier a toujours regardé de côté, préférant l’allégorie à l’image spectaculaire.
À partir de la matière photographique prélevée dans le réel de ces conflits internationaux, il souhaite aujourd’hui raconter poétiquement un monde en tension. Convaincu que cette violence est intemporelle, qu’elle est la même aujourd’hui que ce qu’elle était il y a quinze ans, il tente d’en rendre compte par la construction de séquences narratives, s’extrayant de toute logique géographique. ​Empreint de littérature et de cinéma, le minimalisme des photographies choisies et leur décontextualisation déplacent le propos vers un nouveau genre que l’on pourrait qualifier de fiction documentaire, s’attachant à déconstruire un discours pour faire naître un film intérieur.

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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