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Partager Partager Notre invité, le photographe plasticien François Delebecque a souhaité publier un coup de gueule dans le cadre de sa première carte blanche. Il profite de cette occasion pour “militer pour sa chapelle” et défendre la photographie de création trop peu présente dans les institutions ou les manifestations dédiées à la photographie. Voici le plaidoyer de François Delebecque pour donner une meilleure visibilité à la photographie plasticienne. Atelier de François Delebecque Une anecdote: j’ai été le troisième pensionnaire photographe à la Villa Medicis (en 1983-84). Mes deux prédécesseurs étaient reporters. Lorsque j’ai demandé à pouvoir travailler en atelier, l’administration a semblé surprise: « mais un photographe, çà travaille dehors, avec son «Leica» ? » J’étais donc le premier photographe «plasticien», en signifiant : « je ne prends pas des photos, je construis des images… » … Après plusieurs semaines j’ai eu mon atelier. (Ce qui n’a pas empêché le directeur de me convier à une conférence d’Henri Cartier Bresson ou de m’inviter quand des invités de marque passaient à la Villa comme Jacques Henri Lartigue, Christian Boltanski, Michel Serres…). Au siècle dernier, alors que je déposais des images à Jean-Claude Lemagny à la BNF, je me souviens que celui-ci constatait des « effets de modes » dans les travaux des photographes, comme si l’inconscient collectif opérait avec prépondérance par périodes sur l’esprit des photographes. Il y a eu par exemple le « feuillagisme »… comme avant, le pictorialisme… Et comme actuellement la photo «documentaire». Atelier de François Delebecque Atelier de François Delebecque Je voudrais militer ici pour ma chapelle: la photo de création. Dans les institutions, les festivals, les galeries, il n’y en plus que pour la photographie documentaire, depuis plusieurs années. Même si celle-ci a beaucoup évolué en dix ans, se chargeant de quêtes intimes ou intimistes, introduisant une part d’esthétisme parfois. Serait-ce parce qu’il y a une prise de conscience de l’opacité du monde qu’on leur laisse que la jeunesse s’empresse de documenter ce monde-là, ou les troubles de sa vie personnelle ? C’est en partie légitime, mais n’exposer que cette partie de la Photographie… En étant extrémiste j’avais crainte que certains festivals deviennent des «migrants festivals». (Accrocheriez-vous au mur chez vous des photos de ces catastrophes humanitaires ?) La photo de création n’est pas oubliée de tous, mais dans les grands festivals elle est portion congrue… Serait-ce parce que les décideurs de ce qui «doit se montrer» n’exposent que de la photographie documentaire ? Ou serait-ce parce qu’il n’y a plus de créateurs ? Certes non. La photo de création vous élève, vous ouvre l’esprit, vous aide à progresser dans ce monde-là. Pour exemple, les travaux de Nicolas Dhervillers, de Catherine Balet, de Brodbeck et de Barbuat, de Charlotte Mano, les «Sentinelles» d’Alain Cornu… Atelier de François Delebecque Enfin – et il semblerait que les choses commencent à bouger sérieusement avec la nomination de Fannie Escoulen – il serait temps que les institutions donnent un statut réel à la photographie à tous les niveaux (avancées sociales, statut sociétal, législation ferme vis à vis des GAFA, mise en place d’un organisme type Sacem pour la photographie…), et que ces institutions et festivals soutiennent et exposent plus les photographes français, comme beaucoup d’autres pays le font et respectant leur production nationale, sans donner systématiquement primauté aux effets de mode des artistes étrangers (et je ne suis pas de droite !). Le Parlement de la Photographie vient de se tenir et il est à espérer que les avancées significatives prônées par le rapport Franceschini soient réellement prises en compte, et ne connaissent pas le même sort que le rapport Racine dans le domaine de l’édition, savamment enterré par les récents ministres de la Culture… Marque-page9
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