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À l’occasion de la 25ème édition de la foire Paris Photo, le Prix du Livre en partenariat avec Aperture, a été remis à trois lauréats. Chaque année, depuis 2012, trois ouvrages sont récompensés dans les catégories : premier livre, catalogue et livre de l’année. Le palmarès 2022 vient d’être dévoilé et c’est « Périphérique » de Mohamed Bourouissa édité par l’éditeur indépendant marseillais Loose Joints qui a été élu Livre de l’année ! Une mention spéciale a été attribuée à Tokuko Ushioda pour son ouvrage « My Husband ». « Hafiz » de la photographe turque Sabiha Çimen et « Devour the Land: War and American Landscape Photography since 1970 » remportent respectivement le premier livre et catalogue de l’année.

Cette année, le Prix du Livre Paris Photo | Aperture célébrait son dixième anniversaire. Pour cette nouvelle édition, 35 ouvrages ont été présélectionnés pour être présenter à un jury international composé de : Sunil Gupta, photographe et auteur ; Anne Lacoste, directrice de l’Institut pour la Photographie (Lille, France ); Alain Quemin, professeur de sociologie de l’art à l’Université Paris-8 / Institut d’Etudes Européennes ; Holly Roussell, conservatrice indépendante et historienne de l’art et Pauline Vermare, conservatrice indépendante, écrivain et historienne. Ces derniers se sont réunit à Paris pour choisir les trois ouvrages lauréats.

PhotoBook of the Year

Mohamed Bourouissa
Périphérique
Loose Joints, Marseille, France

Mohamed Bourouissa, Le téléphone, 2006

Mohamed Bourouissa, La butte, 2007

Périphérique est une série d’images produites par Mohamed Bourouissa de 2005 à 2008, dans un contexte d’émeutes et de violences sans précédent dans les banlieues parisiennes. Cette nouvelle publication comprend des images inédites et revient sur le contexte d’origine de l’œuvre, à la lumière d’enjeux sociaux, économiques et politiques toujours d’actualité, avec des textes de Taous R. Dahmani et Clément Chéroux.
Dans cette série, Mohamed Bourouissa a choisi de s’approprier les codes de la peinture d’histoire en mettant en scène ses amis et connaissances dans les banlieues parisiennes dans lesquelles ils vivaient. Affrontements, rassemblements, incidents, regards et gestes figés suggèrent une tension palpable. Invoquant autant Delacroix que Jeff Wall, le travail de Bourouissa tente de donner une place dans l’histoire de France à des personnages habituellement délaissés et ignorés par la société contemporaine.

Mention spéciale du jury Tokuko Ushioda
My Husband
torch press, Tokyo

Tokuko Ushioda from My Husband (torch press, 2022)

Les jours joyeux avec son mari, Shinzo Shimao, et sa fille, Maho dans une pièce d’une maison de style occidental et sa solitude qu’elle a affrontée seule dans la nuit tranquille. Dormant pendant 40 ans, l’histoire de ces photographies est enfin découverte. Un ensemble de deux livres avec le livre 1 et le livre 2 chacun présentant les 6×6 et 35mm photographies respectivement. Au début de 1979, peu après la naissance de leur enfant Maho, les trois hommes ont emménagé dans une maison historique de style occidental où Yukio Ozaki, connu sous le nom de « Dieu de la politique constitutionnelle », avait déménagé son ancienne maison. C’était une simple chambre en forme de boîte au deuxième étage avec des toilettes communes et pas de salle de bain ; pas même un réfrigérateur au début. Dès qu’elle est devenue une jeune mariée et une mère d’un enfant, Ushioda jours occupés mais épanouissante a commencé. Son mari, Shimao, était assez singulier en tant qu’artiste et en tant que membre de la famille et avait continué la photographie dans l’espace de vie limité qu’il partageait avec Ushioda. Peut-être parce qu’il était un disque de la vie avec un tel partenaire, elle a pu maintenir un équilibre méticuleux, ni nostalgique ni cynique, dépeignant le drame humain caché derrière des objets. Tokuko Ushioda a lancé sa carrière de photographe vers 1975, se liant d’amitié avec des personnalités telles que Shigeo Gocho et Fusako Kodama, qui sont devenues des inspirations importantes. Alors qu’elle étudiait sous la direction de Kiyoji Otsuji, elle croise Shinzo Shimao, qui deviendra plus tard son mari. En 1978, Ushioda et Shimao eurent une fille et se marièrent. L’année suivante, la famille s’installa dans une chambre individuelle dans une maison historique de style occidental. Dans ce cadre intime, elle a continué à photographier, ce qui a donné lieu à une multitude d’images avec une familiarité nostalgique et un calme raffiné. Publié comme un ensemble de deux livres, cette collection peut être considérée comme le point de départ de sa photographie.

First PhotoBook

Sabiha Çimen
HAFIZ

Red Hook Editions, New York

Sabiha Çimen, A plane flies low over students at an amusement park, Istanbul, 2018, from HAFIZ

En Turquie, de nombreux adolescents musulmans sont envoyés par leurs familles dans des écoles religieuses où ils apprennent à mémoriser le Coran. Dans ces pensionnats unisexes, dont la taille varie entre 50 et 600 élèves, les jeunes passent une période intensive de trois ou quatre ans à faire des études religieuses. C’est à son retour dans une telle école, un appareil Hasselblad à la main, que Sabiha Çimen découvre sa voix artistique. Intitulé Hafiz : Gardiens du Coran, le projet de Sabiha Çimen – et son plus important à ce jour – capture les élèves qui fréquentent plusieurs écoles coraniques réservées aux filles dans toute la Turquie, tissant son récit émotionnel à travers des vignettes recueillies des rêveries, banalités, rébellions calmes et mélodrames de jeunesse ; photos en couleurs.

Photography Catalogue of the Year

Devour the Land: War and American Landscape Photography since 1970
Makeda Best

Harvard Art Museums, Cambridge, Massachusetts

Per Brandin, Brookhaven National Lab, Control Room, Nuclear Reactor, from Long Island Project, 1979

La reconsidération des traditions du paysage photographique a été un domaine d’étude majeur au cours des dernières années. Dans « Devour the Land », Makeda Best, conservatrice au Harvard Art Museums, poursuit ce travail en réunissant 60 artistes contemporains qui explorent l’intersection entre la dégradation de l’environnement, le militantisme écologique et le complexe militaro-industriel comme pierre angulaire de leur travail. Le livre comprend également des entretiens avec des photographes, contribuant ainsi à guider le lecteur dans chaque section.

Ericka Weidmann
Après des études d'Arts Appliqués et de photographie, elle rejoint un magazine en ligne consacré à la photo en tant que directeur artistique, poste qu'elle occupera pendant 10 ans. En 2010, elle s'installe comme DA en indépendant. En parallèle, elle devient responsable éditorial pour Le Journal de la Photographie et c'est en septembre 2013 qu'elle co-fonde le quotidien L’Oeil de la Photographie pour lequel elle est rédactrice en chef jusqu'en septembre 2016 avant de fonder 9 Lives magazine ! Ericka Weidmann est également journaliste pigiste pour d'autres médias.

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