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Partager Partager Temps de lecture estimé : 11minsPoursuite de la Saison Brésil France 2025 au Jeu de Paume-Château de Tours avec la première exposition institutionnelle française de l’artiste Jonathas de Andrade (pavillon brésilien de la 59ème Biennale de Venise). A partir d’une relecture critique des formes vernaculaires et récits héroïques de la modernité de son pays, l’artiste interroge la place de l’archive et ce qu’elle véhicule, dans un écart constant entre fiction et documentaire. A partir de sa région d’origine, le Nordeste et les préjugés associés à l’exotisme tropical, au métissage ou à l’érotisation du corps masculin, l’artiste déploie différentes stratégies que nous décrypte Marta Ponsa, Responsable des projets artistiques et de l’action culturelle du Jeu de Paume et commissaire. Jonathas de Andrade, Ressaca Tropical (Gueule de bois tropicale), 2009 Courtesy de l’artiste, Galleria Continua et Galeria Nara Roesler Elle revient sur les partis pris scénographiques et curatoriaux qui les ont guidés autour d’œuvres emblématiques telles que « L’œil de la rue » réalisée avec une communauté de sans-abris, « Le poisson » à partir de rites de pêcheurs, à demi nus, sur le fleuve Sao Francisco, sorte de contrepoint à l’Eden originel de Gauguin ou « Perdus et retrouvés » selon une triangulation du désir queer à partir de techniques de sculpture traditionnelles. La place des femmes et leur résilience communautaire est également au cœur de plusieurs de ses projets. Si l’on se souvient de l’installation de Jonathas, « Mouiller la chemise » dans le hall du Palais de Tokyo à partir de t-shirts collectés sur les chantiers de Recife, cette « gueule de bois tropicale » (titre de l’exposition), qui transpire dans les différents espaces du parcours laisse une empreinte indolente à la fois séduisante et ambigüe dans nos consciences. Marta Ponsa a répondu à mes questions. Vues d’exposition Jonathas de Andrade au eu de Paume. © Salim Santa Lucia Comment définir la pratique de Jonathas de Andrade ? Ancrée dans la région du Nordeste brésilien, la pratique de Jonathas de Andrade s’articule autour d’une exploration visuelle et polyphonique, mêlant photographies, sculptures, livres, installations ou films. À travers sa pratique de collisions visuelles, l’artiste interroge les stéréotypes liés au corps masculin et les formes de domination et de discrimination, notamment d’ordre colonial ou social. A partir d’une approche sensorielle et engagée, Jonathas de Andrade développe différentes stratégies de performance et de jeu, où la tendresse et la joie se révèlent comme des outils de résistance et de réappropriation. Jonathas de Andrade, O Peixe (Le Poisson), vidéo – 37mm, 2016 Courtesy de l’artiste, Galleria Continua et Galeria Nara Roesler Quelle méthodologie avez-vous adoptée pour la scénographie de l’exposition ? La scénographie s’est imposée d’elle-même, guidée par la complexité et la singularité de chaque œuvre. Très vite, il est apparu qu’il serait difficile de présenter plusieurs pièces dans une même salle : chaque projet de Jonathas de Andrade repose en effet sur un dispositif spécifique, conçu en réponse directe au lieu d’exposition. L’artiste renouvelle sans cesse ses supports, ses techniques, ses formats, comme en témoigne l’installation en plexiglas produite spécialement pour l’exposition présentée dans la salle où nous nous trouvons. Le parcours a été conçu en lien étroit avec l’architecture du Château de Tours, répartissant les œuvres sur les huit salles disponibles. Il s’agissait de donner à chaque pièce l’espace nécessaire pour déployer pleinement son récit et sa charge visuelle. L’intention curatoriale était également de faire dialoguer des registres d’images très différents à travers les œuvres : des albums de famille décalés, des récits intimes aux frontières du réel et de la fiction, comme ce journal intime dont on se demande s’il a été écrit pour soi ou pour être partagé. Vues d’exposition Jonathas de Andrade au eu de Paume. © Salim Santa Lucia Le point de départ de l’exposition a été Ressaca Tropical, l’une des œuvres fondatrices de l’artiste, encore jamais montrée en France et qui donne son titre à l’exposition. Une première ligne directrice de l’exposition se joue dans la relecture critique de l’histoire moderniste du Brésil à travers des figures majeures – anthropologues, sociologues, dramaturges – toutes masculines. En les revisitant avec un regard contemporain, Jonathas de Andrade interroge les récits dominants postcoloniaux. Ainsi, Musée de l’homme du Nordeste, autour de Gilberto Freyre, ou encore les affiches inspirées de l’œuvre pédagogique de Paulo Freire, révèlent cette tension entre ambitions encyclopédiques passées et réévaluation actuelle. Un second fil rouge traverse l’exposition : celui de la construction des masculinités. Dans de nombreuses œuvres, le corps masculin est regardé avec liberté, érotisme et sensualité assumée, à l’image de la vidéo O peixe ou de l’installation Perdus et trouvés. Ces approches plurielles donnent à voir un portrait critique du Brésil contemporain à l’heure des défis écologiques du Sud global. Comment la question de l’archive se trouve-t-elle au cœur de la démarche de Jonathas de Andrade ? L’archive occupe une place centrale dans le travail de Jonathas de Andrade, mais elle est toujours abordée de manière libre, subjective, voire fictionnelle. Loin d’en proposer une restitution fidèle, l’artiste s’en empare pour en rejouer les codes, en détourner les usages et activer de nouvelles lectures. Pour la commande spéciale Pensées confuses et regards troublants sur les fantômes d’outre-mer, produite dans le cadre de cette exposition, l’accès exceptionnel au fonds Kollar et Mounicq conservé par la Médiathèque du patrimoine et de la photographie, ainsi qu’aux Archives de Jean Rouch conservés dans la Bibliothèque National de France, a été déterminant. Lorsque les détenteurs de ces images comprennent que Jonathas de Andrade ne les expose pas de manière classique mais les réinterprète à travers un geste artistique fort, ils acceptent cette forme de détournement. Cette œuvre inédite, présentée ici pour la première fois, a été pensée comme une table de montage : un espace où mots et images se rencontrent, créant des frictions et des résonances multiples selon le regard de chaque spectateur. Vues d’exposition Jonathas de Andrade au eu de Paume. © Salim Santa Lucia Jonathas de Andrade, Educação para adultos (Education pour adultes), 2010 Courtesy de l’artiste, Galleria Continua et Galeria Nara Roesler Plusieurs œuvres de Jonathas de Andrade renvoient aux figures féminines oubliées des grands récits héroïques En effet, Jonathas de Andrade redonne une visibilité essentielle aux figures féminines, souvent effacées des récits historiques officiels. La bataille quotidienne de Tejucupapo ravive la mémoire d’un épisode méconnu de l’histoire brésilienne, en rendant hommage à l’héroïsme de villageoises anonymes qui, dans un geste de résistance collective, se sont opposées à l’envahisseur hollandais en 1646. Cette même reconnaissance traverse Faim de résistance, présentée dans la dernière salle de l’exposition. L’œuvre met en lumière les femmes de la communauté Kayapo, en Amazonie brésilienne. Si les femmes n’ont pas historiquement pris les armes, leur rôle n’en est pas moins déterminant : préservation des savoirs, maintien des équilibres sociaux, et capacité à catalyser, dans les moments critiques, les révoltes et soulèvements. Quel rôle la figure maternelle joue-t-elle dans le parcours de Jonathas de Andrade ? La figure de la mère occupe une place fondatrice dans l’univers de Jonathas de Andrade. Pédagogue engagée, investie de longue date dans le milieu scolaire, elle a élevé l’artiste et ses sœurs dans un environnement fortement politisé, où l’éducation était perçue comme un levier de transformation sociale. C’est elle, par exemple, qui lui fait découvrir les célèbres affiches pédagogiques de Paulo Freire, une révélation qui donnera naissance au projet Éducation pour adultes. Dans cette œuvre, Jonathas de Andrade invite un groupe de femmes analphabètes à réagir librement à ces images au cours de workshops participatifs. Une relecture sensible et critique des outils d’apprentissage, au-delà des discours dominants. « Manual para 2 em 1 » : entre roman-photo et manuel de bricolage À mi-chemin entre le roman-photo et le guide pratique, Manual para 2 em 1 se présente comme une œuvre à part entière. Inspiré des manuels de type do it yourself, l’ouvrage illustre, étape par étape, la transformation de deux lits simples en un lit double. Mais derrière la surface fonctionnelle de ce projet, Jonathas de Andrade introduit un glissement subtil et ironique : les protagonistes, deux menuisiers aux physiques robustes, incarnent une virilité stéréotypée, tout en laissant affleurer une tension érotique. Le dispositif visuel, codifié comme un tutoriel, devient alors le théâtre d’une intimité homosexuelle suggérée sans être explicite. En détournant les codes du bricolage, activité traditionnellement associée à l’autorité masculine, l’artiste interroge les représentations du genre, du désir et de la norme, avec humour et tendresse. « L’œil de la rue » : un projet à part dans le parcours de Jonathas de Andrade Avec L’œil de la rue, Jonathas de Andrade s’engage dans une démarche inédite au sein de sa pratique artistique. Pour la première fois, il filme de manière frontale et directe une population en situation de grande précarité : des personnes vivant dans la rue, dans le contexte urbain du Brésil. Ce projet marque un tournant, tant par son approche que par les responsabilités éthiques qu’il implique. Contrairement à d’autres œuvres comme Éducation pour adultes, où les participantes (des femmes analphabètes) restent hors champ, L’œil de la rue donne une visibilité pleine et entière aux protagonistes. Mais l’enjeu ici n’est pas de céder à un regard misérabiliste, il s’agit au contraire de restituer une humanité complexe et vivante, en s’éloignant des représentations stéréotypées souvent véhiculées par les médias. Le cœur du projet réside dans une proposition simple mais puissante : inviter ces personnes à imaginer un repas, une fête, une journée de joie. À travers ce geste, Jonathas de Andrade permet à chacun·e de projeter un espace de désir, de dignité et de rêve, donnant « un corps, une âme et une joie » à ceux que la société tend à rendre invisibles. Jonathas de Andrade, A mão Kayapó Menkragnoti (de la série Forme de Resistência) diptyques de peinture sur carte + photographie, 2020 Courtesy de l’artiste, Galleria Continua et Galeria Nara Roesler L’artiste face au génocide indigène A plusieurs endroits l’artiste aborde cette question et notamment dans la dernière salle de l’exposition, avec le projet « faim de résistance – les mains des Kayapós de menkragnoti » conçu avec des femmes indigènes de la communauté de Pukany, village d’Amazonie brésilienne. À travers leurs interventions à l’encre noire sur des cartes officielles, de Andrade met en évidence l’usage de la cartographie comme outil de contrôle, d’arpentage et d’exploitation. Ce ne sont pas de simples représentations géographiques : les cartes deviennent ici les vecteurs d’une violence silencieuse, d’un pouvoir politique qui redéfinit l’espace au détriment des peuples autochtones. Jonathas de Andrade interroge ces « frontières invisibles » que la carte rend paradoxalement visibles. Vues d’exposition Jonathas de Andrade au eu de Paume. © Salim Santa Lucia Un projet soutenu par la Saison Brésil–France 2025 Le projet a vu le jour dans le prolongement d’un désir de collaborer avec Jonathas de Andrade, né à la suite de son exposition remarquée à la galerie de Noisy-le-Sec, à l’invitation de Marc Bembekoff. Il s’agissait alors d’imaginer un nouveau projet in situ, fondé sur la production d’œuvres inédites. La Saison Brésil–France a joué un rôle décisif dans la concrétisation de cette ambition, en apportant un soutien financier essentiel, notamment pour la production des pièces. Le catalogue comme prolongement de l’exposition Le catalogue de l’exposition s’inscrit comme un véritable prolongement de la réflexion menée autour de l’œuvre de Jonathas de Andrade. Il rassemble des contributions inédites dont celle de l’anthropologue Marc Antonio Gonçalves. Il développe une analyse du regard de l’artiste sur les représentations de l’Amérique latine et les contradictions qui traversent la société brésilienne contemporaine. Son texte explore plusieurs axes clés : l’altérité, la corporalité, la sensorialité, le tout sous-tendu par une approche cosmopolitique, une vision du monde fondée sur la coexistence et l’interdépendance des espèces. En complément, je reviens notamment sur l’influence du cinéaste et ethnologue Jean Rouch, pionnier de l’anthropologie visuelle partagée, à travers la notion de « corps-caméra ». Une influence que Jonathas de Andrade revendique, après avoir consulté les archives de Rouch conservées à la Bibliothèque nationale de France, et qu’il a questionné pour réaliser sa nouvelle production pour cette exposition, pour en opérer un renversement du regard. Commissariat : Marta Ponsa Cette exposition est coproduite par le Jeu de Paume, en collaboration avec la Ville de Tours, et avec l’aide de Galeria Nara Roesler et la Galleria Continua. Manifestation organisée dans le cadre de la Saison Brésil-France 2025 INFORMATIONS PRATIQUES Jeu de Paume - Château de Tours25, avenue André Malraux 37000 Tours ven20jui(jui 20)14 h 00 mindim09nov(nov 9)18 h 00 minJonathas de AndradePrix Swiss Life à 4 mainsJeu de Paume - Château de Tours, 25, avenue André Malraux 37000 Tours Détail de l'événementProfondément intéressé par l’histoire politique, culturelle et identitaire de son pays, Jonathas de Andrade revisite des traditions populaires, des images vernaculaires, des textes de référence dans les domaines des sciences sociales. Détail de l'événement Profondément intéressé par l’histoire politique, culturelle et identitaire de son pays, Jonathas de Andrade revisite des traditions populaires, des images vernaculaires, des textes de référence dans les domaines des sciences sociales. Il recompose ainsi un récit personnel sur le passé, invitant à la réflexion sur des thèmes universels tels que le racisme, la classe sociale, le travail et la nature de l’oppression. En même temps, il articule sa critique d’un point de vue local en situant ses oeuvres dans le contexte du Nord-Est brésilien, sa région natale. Les projets de Jonathas de Andrade nous proposent des éclairages pour mieux comprendre la persistance des problèmes sociaux au Brésil et en Amérique latine, où la modernité démontre inlassablement la perpétuation de la condition coloniale. En s’appuyant sur ses recherches en anthropologie et en sciences humaines, il engage des projets qui dynamisent et animent les interactions entre des groupes sociaux qu’il réunit, qui reprennent par ce biais le pouvoir sur leurs propres traditions et imaginaires. Jonathas de Andrade revisite et réactive des théories politiques et militantes liées à l’éducation pour souligner le rôle du désir de proximité avec l’autre et de l’altérité comme arme d’émancipation communautaire. À travers une méthode de travail qui combine le registre documentaire, la collecte d’objets ou d’images sans vocation artistique et une conception scénographique précise et originale, ses œuvres questionnent les préjugés associés à notre vision de certaines communautés minorisées de manière trouble ou ambiguë. L’exposition au Jeu de Paume – Château de Tours rassemble une dizaine de projets où l’artiste déconstruit des archétypes visuels liés à l’exotisme tropical, l’érotisation du corps masculin, le métissage et les inégalités sociales et raciales. Conçue et produite spécifiquement pour cette exposition, une nouvelle oeuvre abordant les archives et la méthodologie de l’anthropologue français Jean Rouch sera présentée au public pour la première fois. Dates20 Juin 2025 14 h 00 min - 9 Novembre 2025 18 h 00 min(GMT+00:00) LieuJeu de Paume - Château de Tours25, avenue André Malraux 37000 ToursOther Events Jeu de Paume - Château de Tours25, avenue André Malraux 37000 ToursMardi à dimanche : 14 h-18 h / Fermeture le lundi - Tarif plein: 4 € / Tarif réduit: 2 € Jeu de Paume - Château de Tours Get Directions CalendrierGoogleCal Jeu de Paume1, place de la Concorde 75008 Paris ven11avr(avr 11)10 h 00 mindim21sep(sep 21)19 h 00 minLe monde selon l’IAJeu de Paume, 1, place de la Concorde 75008 Paris Détail de l'événementPhoto : Érik Bullot, Cinéma vivant, série photographique, 2024 © Erik Bullot Le Jeu de Paume présente, du 11 avril au 21 septembre 2025, une exposition explorant les liens entre intelligence artificielle Détail de l'événement Photo : Érik Bullot, Cinéma vivant, série photographique, 2024 © Erik Bullot Le Jeu de Paume présente, du 11 avril au 21 septembre 2025, une exposition explorant les liens entre intelligence artificielle et l’art , qui sera la première au monde de cette ampleur. Développées à vitesse accélérée dans tous les champs de la société, les intelligences artificielles suscitent aujourd’hui étonnement, frayeur, enthousiasme ou scepticisme. Le monde selon l’IA présente une sélection d’œuvres d’artistes qui, au cours de ces dix dernières années, se sont emparés de ces questions en art, photographie, cinéma, sculpture, littérature… Elle dévoile des œuvres –pour la plupart inédites – d’artistes de la scène française et internationale tels Julian Charrière, Grégory Chatonsky, Agnieszka Kurant, Christian Marclay, Trevor Paglen, Hito Steyerl, Sasha Stiles,… De l’« IA analytique », qui analyse et organise des masses de données complexes, à l’« IA générative », capable de produire de nouvelles images, sons et textes, l’exposition traite de la manière dont ces technologies bouleversent les processus créatifs, redéfinissent les frontières de l’art, sans oublier d’en interroger les enjeux sociaux, politiques et environnementaux. Des capsules temporelles jalonnent par ailleurs le parcours, sous forme de vitrines suggérant des liens historiques et généalogiques entre ces phénomènes contemporains et différents objets issus du passé. Au-delà de toute fascination technophile ou de rejet technophobe, le Jeu de Paume propose, à travers cette exposition, une réflexion sur la manière dont l’IA transforme notre rapport visuel et sensible au monde, comme nos sociétés. L’intelligence artificielle, notion introduite en 1955, désigne de nos jours l’apprentissage automatique qui transforme tous les domaines de la société, avec des applications remplaçant l’action humaine sur la détection, la prise de décision ou la création de contenus textuels et visuels. Ces avancées soulèvent des enjeux éthiques, économiques, politiques et sociaux, entre autres en matière de vie privée et de discrimination, tout en bouleversant notre rapport aux images et aux textes. Dans le domaine artistique, l’IA redéfinit les processus de création, de production et de réception, mettant en crise les notions de créativité, d’originalité et de droits d’auteur. Les artistes de l’exposition mobilisent ces technologies aussi bien pour interroger leurs conséquences sur l’art et la société que pour expérimenter de nouvelles formes possibles d’expression. Le parcours thématique de l’exposition s’ouvre sur la dimension matérielle et environnementale de l’IA, trop souvent passée sous silence. Il s’agit, avec cette introduction, d’en dresser une cartographie dans le temps comme dans l’espace et de comprendre l’enchevêtrement complexe que recouvre l’appellation, difficile à définir, d’IA. Les œuvres de Julian Charrière, telles que Buried Sunshines Burn, soulèvent la question des ressources matérielles nécessaires aux industries numériques et de leur impact environnemental tandis que Metamorphism met en scène la dimension matérielle des technologies numériques, trop souvent présentées comme «dématérialisées» alors qu’elles dépendent de phénomènes géologiques et physiques spécifiques. Le diagramme géant Calculating Empires de Kate Crawford et Vladan Joler retrace quant à lui cinq siècles d’inventions et d’expérimentations techniques, scientifiques et culturelles ayant permis de donner naissance aux IA actuelles. L’exposition se poursuit avec la thématique de l’IA analytique, abordant la vision par ordinateur et la reconnaissance faciale, centrées sur la classification et la catégorisation des données et objets. Différents artistes interrogent les effets de ces processus sur notre perception du monde et leurs conséquences économiques, politiques et sociales. Parmi les œuvres phares de cette section, Faces of ImageNet de Trevor Paglen met en scène la manière dont les systèmes de reconnaissance faciale apprennent à identifier des visages à travers des catégories humaines simplifiées, qui nient la complexité et la diversité du monde réel. Une nouvelle œuvre de Hito Steyerl, créée spécialement pour l’exposition, examine comment les systèmes d’IA transforment la perception visuelle en outils de contrôle et de standardisation. Dans une même visée critique, le parcours aborde la question de l’exploitation humaine que nécessite l’IA. Agnieszka Kurant ou Meta Office mettent en lumière les contributions invisibles des “travailleurs du clic” – personnes qui effectuent des tâches en ligne sur Internet de manière invisible et sous-rémunérée, via des portraits collectifs ou la documentation de leurs conditions de travail. Ces œuvres révèlent le fossé entre l’idéologie de la dématérialisation du cloud et les ressources réelles qui sont nécessaires au bon fonctionnement des IA. Le suivant grand chapitre de l’exposition concerne l’IA générative, qui explore la capacité de l’intelligence artificielle à créer de nouvelles données, textes ou images, à partir de vastes quantités de données trouvées sur internet et utilisées pour l’entraînement des modèles. Cette section met en lumière les œuvres qui illustrent les multiples possibilités ainsi offertes, de la génération d’images à la création de textes et de sons. Nombreux sont les artistes à s’emparer de ce sujet pour combler des manques dans l’histoire (Egor Kraft, Alexia Achilleos et Theopisti Stylianou-Lambert), pour questionner les biais de l’IA (Nora AlBadri, Nouf Aljowaysir) ou pour écrire des histoires alternatives (Grégory Chatonsky, Justine Emard et Gwenola Wagon). Centrale est la question des nouveaux liens qui peuvent s’établir entre mots et images à l’heure de l’IA, comme le démontrent les travaux de Taller Estampa ou d’Erik Bullot. Dans cette section, le cinéma offre également une porte d’entrée pour réfléchir aux transformations amenées par l’IA sur la perception et la narration visuelle, comme l’illustrent les œuvres d’Inès Sieulle, d’Andrea Khôra ou encore de Jacques Perconte. Toute une section est également consacrée à la littérature générative, à la production de textes à l’aide d’algorithmes, qu’il s’agisse de poèmes, de romans ou encore d’alphabets inédits. L’exposition s’achève sur le thème de la musique, un volet illustré magistralement par The Organ de Christian Marclay où un piano connecté active des combinaisons de vidéos circulant sur l’application Snapchat en vertu exclusivement de leur fréquence Tout au long de l’exposition, des “capsules temporelles” inspirées des cabinets de curiosités offrent un contrepoint historique aux œuvres contemporaines. Elles abordent des sujets tels que l’histoire des dispositifs d’automatisation du calcul et de la production, les relations entre les systèmes actuels de vision artificielle et les tentatives passées d’automatiser la perception visuelle, les origines des systèmes de reconnaissance faciale comme des émotions, ou encore la généalogie des prompts. Ces vitrines se proposent ainsi comme des incursions généalogiques permettant d’inscrire des phénomènes contemporains dans une histoire culturelle, artistique et scientifique élargie. Pour accompagner l’exposition, le Jeu de Paume propose un riche programme d’événements autour de l’intelligence artificielle, comprenant un cycle de cinéma, des conférences animées par des artistes et spécialistes du sujet, des colloques scientifiques mais également une mise en scène théâtrale d’un « procès » fictif de l’IA. Enfin, un catalogue en français et en anglais, comprenant des contributions de spécialistes des liens entre IA, culture visuelle et art contemporain vient compléter cette exploration. Après l’exposition Supermarché des images (2020) qui avait interrogé la profusion d’images dans notre société, Le monde selon l’IA prolonge cette réflexion en mettant en lumière un nouveau paradigme, celui de l’intelligence artificielle, qui révolutionne en profondeur la création, la diffusion et la réception des images, bouleversant ainsi notre rapport visuel au monde. Commissaire général : Antonio Somaini Commissaires associés : Ada Ackerman, Alexandre Gefen, Pia Viewing Dates11 Avril 2025 10 h 00 min - 21 Septembre 2025 19 h 00 min(GMT-11:00) LieuJeu de Paume1, place de la Concorde 75008 ParisOther Events Jeu de Paume1, place de la Concorde 75008 ParisEntrée 10€ / Tarif réduit 7,5€ Ouvert le mardi de 11h à 21h et du mercredi au dimanche de 11h à 19h. Jeu de Paume Get Directions CalendrierGoogleCal À (RE)LIRE Le Monde selon l’IA, Jeu de Paume : Interview avec Ada Ackerman, commissaire associée. Ce que l’IA fait à la culture visuelle Marque-page0
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