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Partager Partager Actu Art ContemporainOtherSide « Notre monde brûle » au Palais de Tokyo au-delà de la polémique Marie-Elisabeth De La Fresnaye10 mars 2020 Organisée avec le Mathaf (Arab Museum of Modern Art) de Doha à partir de la collection privée du Sheikh Hassan Bin Mohamed bin Ali Al Thani, la saison nouvelle du Palais de Tokyo “Notre monde brûle” (volet 1 de Fragmenter le monde) met l’accent sur le dynamisme culturel de cette région du globe à l’heure de la globalisation et du réchauffement climatique. Mais un tel partenariat n’est pas du goût de tous dans un pays où les libertés individuelles ne sont pas acquises. Au delà de la question de plus en plus prégnante du financement de nos institutions culturelles et leur prétendue indépendance, le résultat est plutôt convaincant. Ce panorama permet à ceux qui n’ont pas eu la chance de voyager dans ces zones géographiques à l’occasion de foires ou biennales, de découvrir des artistes engagés et pertinents. Plusieurs d’entre eux avaient dejà été exposés au Palais de Tokyo à l’occasion de la remarquable Triennale de Paris en 2012 pilotée par Okwui Enwezor et Abdellah Karroum, actuel commissaire. Au delà de Francis Alÿs, Kader Attia, Yto Barrada ou Shirin Neshat bien connus ici d’autres noms sont des découvertes comme l’égyptienne Amal Kenawy dont l’installation de bonbonnes de gaz “The Silent Multitudes” volontiers anxiogène, est l’une des pièces les plus frappantes du parcours. La koweïtienne Monira Al Qadiri et ses têtes foreuses de pétroles converties en Tour de Babel miniatures fait aussi mouche. Les sacs poubelles du marocain Younes Rahmoun ou l’esthétique du chantier de l’installation “Histoires plus que parfaites” de son compatriote Mustapha Akrim sont également incontournables. La réflexion de l’artiste turque Aslı Çavuşoğlu autour du cheminement du lapis lazuli ou du Qatari Faraj Daham sur le sort des ouvriers des chantiers de Doha sont de véritables manifestes. Les artefacts recréés par l’américain Michael Rakowitz à partir d’objets disparus du musée national d’Irak à Bagdad à la suite de la présence des troupes américaines en 2003 soulèvent également des questionnements. On glisse ensuite dans les contes des Mille et Une nuits dans les entrailles du Palais de Tokyo avec l’égyptien Wael Shawky et sa dérive imaginaire les pieds dans le sable du désert ! Quant à Ulla von Brandenburg nous étions assez dubitatifs malgré de nombreux articles et échos ayant noté que les chroniqueurs radio de la Dispute n’étaient pas tous du même avis sur la réussite de l’ensemble. “Le milieu est bleu” se veut une partition en plusieurs chapitres animée par des danseurs performeurs où l’on croise une meule de foin, des cannes à pêche, des morceaux de craie géants, des cordes, un film tourné dans un théâtre des Vosges, et finalement des visions subaquatiques. Sans oublier bien sûr ce jeu de rideaux qui est sa marque de fabrique véritable. Cette forme d’art total nous avait séduits véritablement au MRAC Sérignan qui lui avait offert une exposition en 2019 intitulée “L’hier de demain” sorte de machination onirique à activer où les tentures, couleurs, films, objets se répondaient avec une grande subtilité. Cette magie est moins présente ici sans doute étouffée par les espaces du Palais qui n’ont pas été apprivoisés complètement. Un peu dommage. La préfiguration en 2012 au moment de la réouverture du Palais, avait été plus réussie dans l’Agora entièrement magnifiée. Kevin Rouillard (prix SAM pour l’art contemporain 2018) a su saisir pleinement l’espace, comme le souligne Thomas Bernard son galeriste à Paris. Avec “Le grand mur” réalisé suite à son voyage au Mexique la question politique est sous-jacente comme souvent chez lui dans un engagement qui va au delà d’une histoire familiale (son lien avec le Cap vert). Ainsi son univers de gestes à partir de bidons démantelés utilisés par des expatriés ou de tôles monochromes récupérées qu’il met en tension donne un récit alternatif à une réalité géo-politique brutale et violente. Nicolas Daubannes, prix des Amis du Palais de Tokyo avec “l’huile et l’eau” s’attache à différentes révoltes populaires pour dessiner avec du béton et de la limaille de fer une structure en déliquescence. Tout comme récemment au Frac Paca un dessin à la limaille de fer évoquait des acteurs d’une révolte ou de sinistres camps de concentration. Une puissante évocation dans la poésie des matériaux du quotidien. À venir : partie 2 Fragmenter le monde INFOS PRATIQUES : Saison «Fragmenter le monde» (Partie 1) Jusqu’au 17 mai 2020 Palais de Tokyo 13, avenue du Président Wilson 75116 Paris Plein tarif : 12 € https://www.palaisdetokyo.com/ Marque-page0
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