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Pour leur seconde carte blanche, le collectif La Part des Femmes – que nous recevons cette semaine comme invité – nous annonce la publication très prochaine d’une étude confiée à la sociologue (et photographe) Irène Jonas. Ce travail analyse les discriminations et tente d’identifier, à travers la parole des femmes photographes, les difficultés rencontrées et la manière dont elles y font face au cours de leur carrière. C’est Irène Jonas, elle-même, qui nous présente le contexte de cet projet qui a été publié en juin 2020.

Et pourtant, elles photographient !

Début 2019, la SAIF m’a commandé un rapport sur la santé des photojournalistes qui a été présenté à Visa pour l’Image. Les résultats quantitatifs qu’a présentés le CEREQ et les résultats qualitatifs auxquels je suis arrivée montraient clairement une population de photographes précarisés et en souffrance psychique comme physique.

Tout comme l’origine sociale, l’origine ethnique, l’âge, … le sexe de l’interviewé-e fait partie des données à prendre en compte, dans toute étude sociologique. Il n’est pas besoin que le genre soit la porte d’entrée dans une étude pour y être vigilante. En ce qui concerne l’étude pour la SAIF, je n’ai pas réalisé les entretiens auprès des photojournalistes dans une perspective d’étude genrée, mais ce sont les chiffres recueillis par le Cereq et les témoignages recueillis qui m’ont conduite, entre autre, à m’interroger sur cette situation particulière dans laquelle étaient placées les femmes photojournalistes (revenus plus faibles, ralentissement de carrière, mauvaise prise en charge financière du congé maternité, etc.).

© Irène Jonas / Agence révélateur

Lorsque la Part des Femmes m’a contactée, un gros travail statistique avait déjà été réalisé. Le projet de faire une étude sur les femmes photographes s’inscrivait donc pour le collectif dans la volonté de pousser plus loin l’analyse des discriminations et de tenter d’identifier, à travers la parole des femmes photographes, les difficultés qu’elles rencontrent et la manière dont elles y font face au cours de leurs parcours. La Mission Diversité-Égalité du Ministère de la Culture m’a aidée à finaliser cette étude.

J’ai réalisé 23 entretiens auprès de femmes photographes, auteures et journalistes, âgées entre 30 et 70 ans, d’origines sociales et ethniques différentes. Tout comme pour l’étude sur la santé, j’ai fait extrêmement attention à ce que l’anonymat soit scrupuleusement respecté, car la peur d’être blacklisté-e est aussi forte pour un photographe dont on apprendrait qu’il est malade que pour une photographe qui évoquerait une situation de harcèlement dans un festival. Une présentation à mi-parcours a été faite à Paris-Photo à l’automne 2019.

Cette étude fait apparaître de nombreux espaces et situations qui découragent, ralentissent et entravent les carrières des femmes photographes. Ces freins sont variés et leur cumul devient pénalisant. Mais il montre aussi des femmes photographes qui, envers et contre tout, ne perdent pas le fil, ne cessent de bricoler et s’aménagent coûte que coûte des espaces de création, parfois aux dépens de leur sommeil ou de leur santé.

[Mise à jour 2024] Au moment de la publication, l’étude, n’était pas encore publiée, vous pouvez la retrouver ici :
https://la-part-des-femmes.com/2020/06/etude-et-pourtant-elles-photographient-les-parcours-des-femmes-photographes-par-la-sociologue-irene-jonas/

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