The House by The Anonymous Project à Hangar, une première en Belgique ! Et « Family Stories » ! 6 jours ago
Photo Brussels Festival : Renée Lorie, Schönfeld gallery, Rivoli : « I know that your luxury does not necessarily make the sun shine any brighter each day » 5 jours ago
Une nouvelle galerie engagée et féministe à Montpellier. Rencontre avec Naomi Pecqueux, co-Fondatrice du Réseau MIA 9 février 2026
Rencontre Elene Shatberashvili « QUATRE » La Verrière, Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles 4 jours ago
Rencontre Victoire Inchauspé à la galerie Jousse Entreprise : solo show « Armoires vides » 1 semaine ago
Partager Partager La photographie a-t-elle un devoir de représentation du réel ? Depuis sa création, il y a presque deux siècles, elle n’a cessé de jouer avec la réalité et de la manipuler. Au fil du temps, de nombreuses affaires sont venues ébranler la pratique de la retouche, voire celle de la mise en scène, ouvrant ainsi un passionnant débat sur l’éthique en photographie. Doit-on poser des limites ? Et si oui, lesquelles ne faudrait-il pas franchir ? Évidemment, les réponses à ces questions diffèrent selon le domaine concerné – qu’il s’agisse de photojournalisme, de photographie commerciale ou artistique – puisque les enjeux diffèrent. Alors que l’intelligence artificielle générative est en train de bouleverser l’usage et le rôle de l’image, revenons sur la question de la retouche en photographie. Il serait évidemment faux de penser que la retouche est née avec l’arrivée du numérique et des outils tels que Photoshop. Dès l’invention du daguerréotype, les photographes ont eu recours à la peinture ou à la gravure pour améliorer ou corriger les détails de leurs images. Très fréquemment utilisée, la retouche était pourtant gardée comme un secret de chambre noire qu’il ne fallait pas dévoiler. Dès les années 1850, Gustave Le Gray lui-même pratique le photomontage : il superpose plusieurs négatifs pour former une seule image, reconstituant dans son atelier un instant qu’il n’avait pu saisir sur le moment, souvent pour des raisons techniques, comme la difficulté de capter à la fois les détails d’un ciel et ceux d’un paysage nécessitant des temps de pose différents. Des cas où la retouche a franchi les limites, il y en a eu beaucoup : déontologie journalistique bafouée, désinformation, propagande, tromperie commerciale, arnaques… Bien que souvent malheureux, ces épisodes ont contribué à faire avancer le débat, voire à légiférer sur l’usage de la retouche. Mais alors où commence la création, et où s’arrête la manipulation ? La retouche au service des phénomènes… paranormaux Photographie embedded : source : scienceandmediamuseum.org J’aimerais commencer par une histoire étonnante, dans le prolongement de la photographie spirite, née lorsque, au début des années 1860, certains amateurs d’image utilisaient déjà la superposition pour faire croire à l’existence des fantômes. Nous sommes en 1917. Deux cousines britanniques, Elsie Wright et Frances Griffiths, âgées respectivement de 16 et 9 ans, vivent sous le même toit dans le Yorkshire. Un jour, elles décident d’utiliser l’appareil photographique pour prouver à leur famille que les fées existent. À ce moment-là, elles ignorent sans doute totalement la tournure que va prendre leur supercherie ! Les deux jeunes filles passent des heures à jouer au fond du jardin familial, près d’une rivière. Un jour, revenues avec leurs vêtements trempés, elles se font réprimander par leurs mères. Pour se justifier, elles affirment avoir vu des fées. Afin d’appuyer leurs dires, elles empruntent l’appareil photo du père d’Elsie, Arthur Wright, un photographe amateur qui développe lui-même ses clichés. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’il découvre au développement sa nièce Frances posant dans le jardin, entourée de petites créatures ailées ! Convaincu d’une mise en scène, il les accuse aussitôt d’avoir truqué leur photo. Pour le contredire, les deux cousines réalisent une seconde photographie : cette fois, Elsie pose aux côtés d’un gnome. Si Arthur reste incrédule, son épouse Polly, elle, est persuadée de l’authenticité des images. Enthousiaste, elle présente les clichés à la Société théosophique de Bradford, qui les accueille avec enthousiasme et lance une campagne visant à convaincre le public de la réalité des phénomènes paranormaux. Photographie embedded : source : emuseum.mfah.org À cette époque, dans l’Angleterre d’après-guerre, le spiritisme et l’ésotérisme connaissent un essor considérable. Ce contexte explique comment « l’affaire des fées de Cottingley » a pu prendre une telle ampleur et tromper, pendant des décennies, même les esprits les plus éduqués de la haute société britannique. Aujourd’hui, notre œil exercé repère aisément la tromperie. Mais il y a plus d’un siècle, le regard porté sur la photographie – perçue comme une preuve du réel – était bien différent. La série, qui compte cinq photographies, est aujourd’hui conservée au National Science and Media Museum de Bradford, aux côtés de l’appareil qui permit d’immortaliser ces fameuses « créatures ». Les limites déontologiques de la retouche en photojournalisme Si la photographie spirite et l’histoire évoquée ci-dessus prêtent à sourire, en jouant sur la crédulité de certains, il existe un domaine où la manipulation de l’image porte gravement atteinte à l’intégrité de l’information : celui de la presse. L’arrivée du numérique a permis à de nombreux photographes, amateurs comme professionnels, de réaliser des retouches sophistiquées en un temps record. L’un des premiers scandales liés à un abus de Photoshop dans la presse remonte à 2003. Cette année-là, le photographe américain Brian Walski, collaborateur du Los Angeles Times, est envoyé en Irak pour couvrir le conflit. Le 31 mars, le quotidien publie en une une image saisissante : un soldat britannique ordonne à un résident de Bassora tenant un enfant dans les bras de s’asseoir alors que les irakiens tirent dans leur direction. L’image est forte, elle est immédiatement reprise par d’autres titres du groupe. Couverture du Los Angeles Times du 31 mars 2003. Image embedded : source : bronxdoc.org Mais très vite, des lecteurs attentifs remarquent un détail troublant : certains personnages apparaissent deux fois. Alertée, la rédaction du Los Angeles Times découvre avec stupeur qu’elle a publié une image falsifiée. Le photographe est immédiatement licencié après cinq ans de collaboration. Brian Walski avoue avoir combiné deux clichés distincts : sur la première image, le soldat britannique tend le bras, et l’homme qui se trouve à l’arrière-plan regarde dans l’autre sens. Sur la seconde l’homme regarde en direction du soldat. Pour renforcer la tension dramatique, le photographe fusionne les deux images et met l’homme au premier plan une scène qui, en réalité, n’a donc jamais existé. En plus d’avoir manipulé la réalité, il a dissimulé son intervention à sa rédaction. À la suite de cette affaire, le Los Angeles Times publie un démenti accompagné des clichés originaux, révélant publiquement la supercherie. L’affaire crée un précédent majeur dans le monde des médias et conduit de nombreuses rédactions à renforcer leurs chartes déontologiques : toute modification d’une image d’actualité devient strictement interdite, ou, lorsqu’elle s’avère justifiable, doit être explicitement signalée aux lecteurs. Brian Walski a enterré sa carrière de photojournaliste, il exerce toujours son métier mais en tant que photographe de mariage. Voir les images manipulées : https://www.nytimes.com/slideshow/2015/06/15/blogs/20150615-lens-kamber/s/20150615-lens-kamber-slide-TFA2.html Image embbeded : source : blogs.es Après cette sombre affaire, d’autres photographes ont eux aussi subi les conséquences d’une retouche jugée excessive. C’est le cas de l’Ukrainien Stepan Rudik, primé lors du prestigieux World Press Photo en 2010. Il avait remporté le 3ᵉ prix dans la catégorie Sport avec une image montrant un boxeur en train de se faire bander les mains. La photographie avec laquelle il candidate est retouchée, et pas qu’un peu : la photo horizontale en couleur passe en format vertical, ultra recadrée, dans un noir et blanc charbonneux au grain marqué ; de plus, un élément (le pied d’un sportif) de la photo est carrément supprimé. Lorsque la retouche est révélée, la sanction tombe : le photographe est disqualifié. Le règlement du concours est explicite : « le contenu de l’image ne doit pas être altéré ». L’affaire fait grand bruit dans le milieu professionnel et relance un débat récurrent : celui qui oppose les puristes – attachés à une photographie brute, sans recadrage ni retouche, à l’image d’un Henri Cartier-Bresson, qui tirait ses clichés avec les bords du négatif pour prouver leur intégrité – à ceux qui estiment qu’une approche esthétique, tant qu’elle ne trahit pas le sens de l’image, n’est pas condamnable. Mais alors, où poser les limites du tolérable quand il s’agit d’information ? Les frontières sont floues. Suite à cette affaire, le festival Visa pour l’image impose désormais aux photographes de transmettre leurs fichiers RAW (négatif numérique) afin de vérifier qu’aucune retouche n’a été effectuée et de lutter contre l’« overphotoshopping ». Couverture The Book of Veles de Jonas Bendiksen / GOST Books Pourtant, en 2021, ce festival, l’un des plus importants au monde dans le photojournalisme, est confronté à une imposture volontaire de Jonas Bendiksen (voir article « Autopsie d’une imposture », n°346 de Réponses Photo). Pour dénoncer les fake news, phénomène en pleine expansion avec l’avènement de l’IA générative, le photographe norvégien de l’agence Magnum décide de créer un faux sujet sur le monde des fake news en Macédoine du Nord, qu’il baptise « Book of Veles ». Ses photographies et leurs légendes sont entièrement fabriquées. Interrogé par Thibaut Godet, le photographe explique avoir voulu « défendre le journalisme pour faire face à la désinformation » et produire une « fausse série dans le but de proposer une sorte de vaccin au virus ». La série passe sous les radars et se retrouve projetée au Campo Santo à Perpignan : personne ne remet en question le travail d’un photographe réputé, membre d’une agence célèbre. Etonné que personne ne le confonde, Jonas Bendiksen est contraint de révéler la supercherie, rappelant ainsi qu’en matière d’information, la méfiance reste indispensable. LA RETOUCHE EN 15 DATES : 1840 : “Autoportrait en noyé” de Bayard, première manipulation connue d’une image. 1850 : Gustave LeGray procède à des montages et superpose deux décors. 1850 : Développement des négatifs en verre. Utilisation de crayons et pinceaux pour supprimer des éléments indésirables. 1853 : Naissance de la spirit photography : des charlatans utilisent de la double exposition et de la superposition de négatifs pour faire apparaître des esprits dans leurs photos. 1865 : L’une des images les plus célèbres de Lincoln fut créée par Thomas Hicks, qui utilisa la tête du portrait de Mathew Brady (billet de 5 dollars américain) pour le placer sur le corps de John C. Calhoun. C’est le premier président en exercice à être photographié, mais aussi le premier à faire l’objet d’un photomontage ! 1880 : Début des photomontages dans la presse. Fin XIXe : Expansion de la presse: les rédactions des journaux intègrent le métier de retoucheur photo pour rendre l’image plus “flatteuse”. Un métier lié aux contraintes de l’impression. 1945 : “Le Drapeau rouge sur le Reichstag”, photo iconique symbolisant la prise de Berlin par l’armée soviétique, s’avère avoir été retouchée. 1951 : William Eugene Smith a recours à la retouche en chambre noire pour modifier l’angle des regards. “Je n’ai pas écrit les règles ; pourquoi devrais-je les suivre ? Puisque j’ai consacré énormément de temps et de recherches pour savoir ce que je fais.” Années 1970 : Début des retouches pour les magazines de mode et la publicité cosmétique. 1982 : Le National Geographic retouche une photo des pyramides de Gizeh pour qu’elle tienne dans le format vertical du magazine. Moment clé du débat éthique sur la manipulation des images journalistiques. 1990 : Lancement de Photoshop. Révolution des outils de retouche grâce au numérique. 2017 : Loi “Photoshop” : la mention “photo retouchée” devient obligatoire. 2020 : Arrivée de l’IA, qui offre un outil plus accessible pour la retouche et la manipulation de l’image. Une législation dans le secteur de la photographie commerciale Image embbeded : source : lejdd.fr Évidemment, les problématiques liées à la retouche n’ont pas le même impact selon qu’il s’agisse de création artistique, d’information ou de photographie commerciale. Certains secteurs imposent des règles strictes, voire légifèrent. Dans le secteur immobilier, par exemple, la jurisprudence interdit d’altérer la réalité des biens photographiés afin de ne pas tromper l’acheteur. Dans le domaine commercial depuis 2017, toute image à usage publicitaire ayant été retouchée doit obligatoirement comporter la mention « photographie retouchée ». L’objectif immédiat pourrait sembler être la protection du consommateur contre la publicité mensongère, mais il vise surtout à prévenir les troubles du comportement alimentaire chez les jeunes, car cette obligation ne concerne que les retouches affectant l’apparence de la silhouette. Les corps amincis dans le milieu de la mode et de la beauté ne font donc plus exception. Revenons à 2009, lorsqu’un cliché de la mannequin Filippa Hamilton provoque un véritable tollé dans le cadre d’une campagne japonaise pour la maison Ralph Lauren. La retouche, extrême et frôlant le ridicule, la rendait squelettique et maladive. La campagne s’accompagne du licenciement de la mannequin, la marque l’accusant d’être « trop grosse », alors qu’avec ses 1,79 m, elle ne pèse que… 54 kg. La justification de la marque, selon laquelle elle « ne respectait plus les termes de son contrat », apparaît bien légère face aux images publiées. Les troubles alimentaires et l’anorexie figurent parmi les principales conséquences des campagnes de mode retouchant des modèles déjà très maigres. Si certaines campagnes de prévention et la législation cherchent à limiter les impacts négatifs, le diktat de la minceur demeure très prégnant dans cette industrie, malgré la tendance inverse consistant désormais à retoucher les silhouettes des mannequins pour les épaissir. ➤ Suite de notre article. L’avis d’un historien, d’une Cheffe du service photo du Monde et de photographes (dès le 18 février) Article publié dans le numéro #386 de janvier du magazine Réponses Photo Marque-page0
L'Interview Rencontre avec Luce Lebart. Le Pavillon Populaire, pour une photographie engagée Après plusieurs mois de travaux de rénovation, le Pavillon Populaire de Montpellier a ouvert ses portes en décembre avec une nouvelle exposition ...
News La Fondation des Treilles révèle les noms de ses nouveaux lauréats À l’occasion de l’exposition des lauréates 2025 du prix de la résidence pour la photographie à la galerie Initial Labo, présentée jusqu’à ...
Photo Masterclass Oeildeep : Le mythe d’Andromède par Nathalie Baetens Cette semaine, nous débutons la restitution d’une Masterclass Œildeep un peu particulière. L’équipe, composée de Sonia Seraidarian, Diana Lui et Jean-Christian Bourcart, ...
L'Actu Mesures d’austérité : quels impacts sur le secteur de la photographie et l’édition photographique ?
The House by The Anonymous Project à Hangar, une première en Belgique ! Et « Family Stories » ! 6 jours ago
Photo Brussels Festival : Renée Lorie, Schönfeld gallery, Rivoli : « I know that your luxury does not necessarily make the sun shine any brighter each day » 5 jours ago
Une nouvelle galerie engagée et féministe à Montpellier. Rencontre avec Naomi Pecqueux, co-Fondatrice du Réseau MIA 9 février 2026
Rencontre Elene Shatberashvili « QUATRE » La Verrière, Fondation d’entreprise Hermès, Bruxelles 4 jours ago
Rencontre Victoire Inchauspé à la galerie Jousse Entreprise : solo show « Armoires vides » 1 semaine ago