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Partager Partager Photo Instagram : Une esthétique photographique du narcissisme de masse Nicolas Baudouin26 octobre 2017 L’apparition de la photographie numérique à la fin du 20e siècle a complétement bouleversé plus d’un siècle de pratique photographique. L’image produite n’est pas en soi très différente de son ancêtre argentique puisqu’il s’agit toujours d’une image fixe capturée par un dispositif optique que l’on peut imprimer sur papier. C’est en fait l’acte photographique lui même qui a été complétement bouleversé par cette nouvelle technologie ainsi que les moyens de traitement et de diffusion de cette nouvelle image dématérialisée. La photographie fait aujourd’hui partie de la vie quotidienne de centaines de millions d’individus à travers le monde grâce aux « smart phone » et aux réseaux sociaux. Prendre une photo est aujourd’hui devenu un geste banal, presque un réflexe, comme s’il s’agissait de prendre des notes visuelles de son quotidien ; une sorte de journal intime anecdotique, rassurant et narcissique : photographier son assiette lors d’un déjeuner au restaurant, faire un « selfie » à la sortie d’un concert, photographier son chat endormi sur une chaise etc… Quel que soit le sujet, photographier c’est exister en affirmant sa singularité ! Mais pour que la satisfaction soit complète, il faut pouvoir partager ces preuves de vie et montrer aux autres son bonheur d’exister parmi la multitude. Les réseaux sociaux contribuent à favoriser cette fringale photographique en encourageant l’échange par un rituel codé. Publier une photo sur Facebook ou sur Instagram c’est surtout espérer les réactions et commentaires de ses amis qui viendront ainsi valider cet instant photographique. Ce n’est pas l’image elle-même qui est importante mais l’échange qu’elle provoque et qui donne ainsi une justification permanente à nos existences solitaires. Chaque photo publiée rassure, donnant l’illusion d’un certain bonheur partagé. Ce nouveau type de comportement photographique a donc créé un nouveau genre photographique qui se caractérise par un narcissisme assumé associé à un exhibitionnisme soft dont le « selfie » en est l’expression la plus commune. Il est l’expression visuelle de ce que la psychanalyste et philosophe Clotilde Leguil qualifie de narcissisme de masse. Les professionnels de la communication ont bien compris l’importance des réseaux sociaux comme nouveau medium de communication et ont également intégré le genre photographique qui leur est associé. De nombreuses entreprises communiquent désormais à l’aide de ces images d’une fausse intimité partagée et/ou d’une expérience privilégiée susceptibles de provoquer l’envie … (voyages, restaurants, hôtels, lieux insolites …) et donc l’achat. Les réseaux sociaux ont profondément modifié notre rapport à la photographie et ont ainsi favorisé l’émergence et le développement d’une nouvelle photographie. Superficielle et narcissique elle est néanmoins en parfaite cohérence avec l’esprit de notre temps. Il s’agit d’un flux permanent d’images qui constituent une sorte d’autoportrait mouvant synchronisé sur la vie. L’album de photos de famille a soudainement pris un coup de vieux ! Les images ci-dessus empruntées au réseau social Instagram constituent quelques exemples de ces nouvelles images. Décontextualisées, et anonymes, elles n’appartiennent plus au flux: elles retrouvent peut-être ainsi leur statut de photographie ! Marque-page1
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