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Quoi de neuf à Bruxelles ? Magritte !
Même si cela semble paradoxal c’est tout l’enjeu de cette magistrale exposition signée Michel Draguet, directeur général des Musées royaux des Beaux Arts de Belgique.

Magritte, Broodthaers & l’art contemporain

A l’occasion du 50ème anniversaire de la disparition du maître, les Musées Royaux des Beaux-arts de Belgique (MRBAB) font l’évènement autour d’une rétrospective de plus de 150 œuvres majeures dont « Ceci n’est pas une pipe » de retour au pays. L’occasion aussi de célébrer les 10 ans du musée Magritte.
La relecture contemporaine de Magritte avait fait l’objet d’une importante exposition organisée par le Los Angeles County Museum en 2006 nommée « The Treachery of Images ».
Une rétrospective à rebours autour de la proximité entre Magritte et Broodthaers qu’il considère comme son fils spirituel. Une relation d’estime plus que d’amitié autour de la figure de Mallarmé et son fameux »Coup de dés » où l’imaginaire jouera un grand rôle alors que trop souvent Broothaers est cantonné à une approche strictement conceptuelle.

Broodthaers à partir du « Ceci n’est pas » est ce passeur qui annonce les questionnements de toute une génération d’artistes à venir sur le statut de l’objet et du langage, de Jasper Johns à Ed Ruscha, Joseph Kosuth,Robert Rauschenberg en passant par Andy Warhol ou Keith Harings. C’est la Sidney Janis Gallery de New York qui fait le lien en 1954 à partir des « tableaux-mots »et la défense de la supériorité du visible magrittiens.

Dans une première salle les photographies prises par Maria Gilissen Broodthaers sa compagne, mettent en avant la filiation des 2 hommes autour du don d’un chapeau melon dans une mise en scène chère à Magritte qui utilise beaucoup la photographie et le film amateur. Leurs liens de 1945 à 1967 (mort de Magritte) sont attestés également par le cadeau de l’exemplaire de Mallarmé « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » du maître à son disciple en 1946. Broothaers qui repeint un fémur d’homme belge aux couleurs de la Belgique tandis que le Gantois Leo Copers réinvestit le chapeau melon.

Le parcours est conçu comme un tableau dans le tableau avec un cheminement en 14 étapes, dites figures. Il ouvre sur « la page blanche » ultime peinture inachevée de Magritte qui donne lieu à un repentir autour de la vision de la lune, « Moi aussi j’aime voir les feuilles qui cachent la lune, mais si on en voyait derrière la lune, ce serait inouï, la vie aurait enfin un sens ! »
La lune qui apparaît également dans « Le Chef d’œuvre ou les mystères de l’horizon »au dessus du « chapeau-boule » de ces 3 automates anonymes, véritables emblèmes magrittiens déclinés à l’infini dans des dérives qu’il convient de remettre dans leur juste contexte.
La figure 2 à partir de l’œuvre « Alice au pays des merveilles » faite pendant la guerre scelle la rupture de Magritte avec Breton et le Surréalisme parisien qu’il pastiche à partir de la palette de Renoir. Broothaers lui se penche sur les fables de Jean de la Fontaine, dont « le Corbeau et la Renard »qui ouvre ses projets pluridisciplaires entre l’installation, le film et la poésie.
Figure 3 à partir de la mort de Mallarmé, Magritte part du suicide philosophique d’Igitur pour basculer vers le néant avec « La fée Ignorante »cette femme en prise avec l’ombre de la négativité. En écho « la Pluie » de Broothaers en butte avec l’inspiration (encre du papier qui s’efface immanquablement) dans ce film muet, drôle et désespéré à la fois.
Figure 4 pose la méthode magrittienne à partir du « Séducteur », un problème à résoudre à partir de : l’objet, la chose attachée à lui dans l’ombre de (sa) conscience et la lumière où cette chose (doit) parvenir ». En comparaison, l’appropriation de Broothaers d’une réclame pour la Mer du Nord qu’il teinte d’une note de couleur absurde.
Figure 5 A partir des « Profondeurs de la terre » que Magritte conçoit en 1930, la banalité d’un paysage qu’il fragmente, Broothaers reprend ce processus avec « Charbon et pelle à charbon »autres emblèmes du patrimoine belge.
Les moules également omniprésentes chez Broothaers (Casserole rouge) dont le genre volontairement ambigu est souligné dans son recueil « Pense-bête » englué dans le plâtre, qui scelle son entrée dans l’art. Il déclare « l’idée enfin d’inventer quelque chose d’insincère me traversa l’esprit. Et je me mis aussitôt au travail.. »
Le rôle de passeur de Marcel Lecomte collaborateur du musée et complice de Magritte (exposition dédiée) est évoqué à travers le « Pupitre à musique »rehaussé de coquilles par Broothaers.
Figure 6 autour du « Baiser »de Magritte, Broothaers qui a ouvert son musée d’art moderne chez lui en 1968, relit le poème mallarméen, support de sa poésie visuelle à partir des vides et des pleins laissés par les plaques d’aluminium.
Figure 7 L’emblématique « Trahison des images » conservée au Lacma de Los Angeles est le point de départ de la vocation de Broothaers. Il en fait des moules à idées sur de grandes plaques de plastique. Joseph Kosuth quant à lui part d’une définition dans un dictionnaire, les Radiators et leur reproduction photographique pour enfermer le ready made dans une dimension philosophique et conceptuelle.
Figure 8 « Le sourire », deuxième version après celui de sa période « plein soleil »cette méditation sur la fuite du temps trouve un écho tout contemporain chez On Kawara dans ses « Date paintings », sorte de journal intime de l’œuvre.
Figure 9 autour du sublime portrait du collectionneur londonien Edward James proche des Surréalistes, que Magritte rencontre à Paris grâce à Dali. Présenté de dos devant une glace, un livre d’Edgar Allan Poe à ses côtés sur la cheminée, dans une mise en abyme cruelle de l’image prise dans son revers. « La reproduction interdite »inspire Jan Vercruysse avec « la Feinte »habile jeu d’emboitements qui reprend la fausse vérité des apparences de Magritte.
Figure 10 un suicide artistique avec la période vache ?
Pour se venger de Breton et parodier tous les -ismes parisiens (fauvisme, impressionnisme) Magritte se livre avec jubilation dans cette mise à mort de la peinture, redécouverte plus tard par les artistes se réclamant de la mouvance « Bad painting »dans les années 1980 (George Condo, Martin Kippenberger..)
Figure 11 « Les valeurs personnelles » sous l’influence de De Chirico découvert par Lecomte, Magritte associe des objets disproportionnés à la valeur que nous leur portons. Un verre devient monumental, un peigne plus grand que le lit, un crayon git au sol, selon les règles de la perspective, des objets factices qui deviennent fétiches. « Nous en faisons l’expérience quand nous égarons quelque chose, et que l’idée mentale de cet objet abolit toute autre présence, tant il se fait démesuré dans notre espace confiné » résume le peintre.
Philippe de Gobert en fera une variante, tandis que le Pop avec Claes Oldenburg ou Jasper Johns en sont les descendants directs.
Figure 12 avec « le bouquet tout fait » Magritte anticipe les nombreuses variations et emprunts à venir sur son œuvre avec cette copie du détail du Printemps de Boticelli au dos d’un homme au chapeau-boule.
Figure 13 La mort de Magritte est évoquée à travers le tombeau d’Albert Szukalski, tandis que plusieurs artistes contemporains s’emparent de « L’invention du feu »: Arman et son extincteur, Vija Celmins ou Leo Copers.
Clap de fin avec Ed Ruscha et de générique de film laissé en suspens.

Très différente de celle du Centre Pompidou l’année dernière, les français y découvriront de nouvelles pistes d’interprétation passionnantes.

L’aventure du regard se prolonge au Musée Magritte aux côtés d’artistes comme César, David Altmejd ou Sean Landers. Avec plus de 2.300 000 visiteurs en 8 ans, le musée qui regroupe la plus grandes collection d’œuvres du maître (dont sa période vache) sera exceptionnellement ouvert 7 jours sur 7 le temps de l’exposition hommage.

L’Atomium, la Tour Eiffel belge, dont c’est le 60ème anniversaire, se met également aux couleurs magrittiennes dans une exposition intellectuelle et ludique à partir de focus sur certains détails d’œuvres, des leitmotivs du peintre et citations : « un chapeau, un grelot, une pomme, un chevalet, un oiseau, une réverbère, un mur de briques, des souliers.. »déclare t-il en 1967.

Promenade surréaliste sur les traces de Magritte (pocket card proposée par Visit.brussels)

La maison-musée de Magritte
Il s’installe avec Georgette au 135 de la rue Esseghem à Jette en juillet 1930 et y travaille pendant 24 ans dans sa « salle à manger-atelier ». Une vie quotidienne dans toute sa banalité retranscrite dans ses tableaux. Petit bourgeois, casanier, bosseur infatigable, qui peint en habit du dimanche et mange à heures fixes. Le lieu restauré regorge d’éléments que l’on retrouve dans ses peintures comme un jeu de piste visuel. Le living par exemple a inspiré la fascinante « liberté poignardée » et la volière dans le jardin, tout comme l’atelier qu’il aménage sont de belles surprises !

Sa bande d’amis est importante pour lui. Il les reçoit à diner le samedi soir et les immortalise dans des saynètes étranges et drolatiques à l’aide de photos ou des films (caméra 8 mm qu’il achète en 1956 visible dans les vitrines).

La Fleur en papier doré
Un estaminet folklorique fondé par Gérard Geert, proche des surréalistes belges où Magritte se rend en chef de clan. Pierre Alechinsky, Jacques Brel et Hergé en font leur QG favori.

Greenwich
Temple art nouveau, la brasserie classée est célèbre pour ses joueurs d’échecs. Magritte y essayait aussi d’y vendre ses toiles avant de connaître la reconnaissance à l’âge de 60 ans !

Cimetière de Schaerbeek
Au cœur d’un jardin botanique il offre une vraie méditation autour de personnages illustres tels René Magritte et de son épouse Georgette Berge, le couple Scutenaire, le poète Marcel Mariën ou le peintre aquarelliste Henri Staquet.

A noter que la commune de Jette rend hommage à son célèbre habitant à travers une programmation particulière.

INFOS PRATIQUES :
Magritte, Broothaers & contemporary art
jusqu’au 18 février 2018
Activités en résonnance :
Cycles de conférences « Magritte et l’art contemporain », Magritte sur mesure..
2 nouveaux audioguides pour enfants et adolescents.
• Catalogue publié à l’occasion
En coédition avec Ludion, 272 pages, 39 €
Musées royaux des Beaux Arts de Belgique
http://fine-arts-museum.be
• Atomium meets Surrealism
http://atomium.be
 En profiter pour déjeuner au restaurant du dernier étage et profiter de sa terrasse magique !

Organiser votre séjour :
https://visit.brussels/fr
Découvrez le Grand Hôtel d’esprit Art nouveau avenue Louise au cœur du triangle d’or, de style patrimonial et contemporain :
https://www.steigenberger.com/fr
Thalys partenaire de votre voyage.

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