587 Views |  Like

Le Tout-monde de Julien Creuzet

Temps de lecture : 1 minute et 32 secondes

Ch.1 Ce que la mer charrie de nous, Fondation d’entreprise Ricard

Arbre de la mort, flèche empoisonnée, coquillages goudronnés, méduse plastifiée, baskets stratifiées, le paysage que nous propose Julien Creuzet est à l’image de nos vies, chaotique et fragmenté. Ouragan, cyclone, tsunami quel scénario imaginer face à ces indices parsemés ?
Aux rebuts de l’histoire, des formes jaillissent de ces agrégats où le son prend le pas sur le sens. Une voix déclame un poème et psalmodie le titre de l’exposition Toute la distance de la mer, pour que les filaments à huile des mancenilliers nous arrêtent les battements de coeur. – La pluie a rendu cela possible (…)
Mancenilliers est cet arbre des plages des Antilles très toxique malgré l’aspect inoffensif de ses pommes. Quand aux galères portugaises, sortes d’animaux marins aux allures de méduses multicolores, elles cachent de redoutables dangers. Venues des mers subtropicales elles s’échouent à présent le long de nos côtes, trace d’un flux et dérèglement climatique. La migration, la dérive, l’exil autant de champs sémantiques que l’artiste exploite au même titre que les clichés liés à l’histoire des Caraïbes.
Totems, rituels, incantations, l’on songe à la scène du film « Seul au monde » où Tom Hanks le Robinson perd son seul ami, Wilson le copain ballon.
Et peu à peu de cet équilibre instable surgit le récit.
Ces îlots en lévitation véhiculent une forte charge imaginaire où les notions d’ailleurs, d’exotisme côtoient un passé colonial sous-jacent. Julien Creuzet qui a grandit dans ces Antilles françaises revendique cette identité plurielle traduite par ces environnements protéiformes frappés de la fulgurance des mots.

Ch. 2 Du centre et de la périphérie, Bétonsalon

Tendre et corrosive, sa poésie douce amère contamine peu à peu le second espace d’exposition, à une dizaine de kilomètres que les visiteurs sont invités à parcourir (par bateau ?) en gage de leur aptitude à se laisser toucher par l’autre et ses possibles complémentarités. Deux récits qui ne font plus qu’un et migrent bientôt vers une troisième phase : La pluie a rendu cela possible depuis le morne en colère, la montagne est restée silencieuse. Des impacts de la guerre, des gouttes missile. Après tout cela, peut-être que le volcan protestera à son tour. – Toute la distance de la mer (…) 
 
Commissariat : Mélanie Bouteloup, directrice, Bétonsalon – Centre d’art et de recherche 

INFOS PRATIQUES :
Fondation d’entreprise Ricard
Du 23 janvier au 19 février 2018
12 rue Boissy d’Anglas
75008 Paris
https://www.fondation-entreprise-ricard.com/
Bétonsalon – Centre d’art et de recherche,
Du 24 janvier au 14 avril 2018
9 esplanade Pierre Vidal-Naquet
75013 Paris
https://www.betonsalon.net