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Lorsque l’édition du cinquantenaire des Américains de Robert Frank est sortie chez Steidl (Pourquoi pas chez le « Maestro », Delpire ?… Question douloureuse. Comment l’amitié peut-elle avoir de ces accidents ?) les comparaisons et les commentaires sur le cadrage de certaines images, sur la technique d’impression (meilleure ? Plus chaude ? Quadri…), etc…ont été nombreuses. Ma propre comparaison avec l’édition de ma bibliothèque (Delpire, 1993… À propos, à qui ai-je prêté celle d’Aperture, 1969, que Yann m’avait offert ?) m’amène à une autre lecture. Un détail change tout, si dramatiquement même, que je ne comprends pas qu’il n’ait pas alimenté les débats. L’édition Delpire déroule des images qui nous envoient à la figure « cette folle sensation d’Amérique », ces « mystères intermédiaires » (Jack Kerouac), sans légendes ni commentaires. Regardez l’édition Steidl et vous ne pourrez pas échapper à la scansion purement documentaire des légendes sur la page de gauche. « Bar, Las Vegas, Nevada », « Rodeo, Detroit », etc… Who cares ?? Vous pouvez toujours aller en fin de volume, chez Delpire, si vous voulez savoir quelque chose sur la localisation de ces images explosives et douces. Poser des balises sur un poème ? Pourquoi ?

La différence n’est pas anecdotique. Elle change notre regard et la façon dont ces images nous touchent.
Je vois du reste que c’est un parti pris identique qu’avait eu Walker Evans dans son livre, révolutionnaire avant celui de Frank, « American Photographs » (The Museum of Modern Art, 1938). La même mise en page on ne peut plus simple (et on ne peut plus belle) : une image sur la page de droite et RIEN sur celle de gauche. Pas de légende pour distraire, résumer, appauvrir, l’impact que procure à la sensibilité et l’entendement une image brute de notre monde, offerte par un oeil supérieurement agile, intelligent, sensible.
Je vois que la nouvelle-nouvelle édition signée Delpire (2018) a repris cette très mauvaise idée des légendes. Qu’en aurait dit le Maestro ?

– Didier Brousse

A LIRE : 
Didier Brousse, Directeur de la galerie Camera Obscura est notre invité
Les Américains de Robert Frank réédité chez Delpire

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