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Carte blanche à Caroline Bénichou : Martin Bogren

Temps de lecture : 1 minute et 35 secondes

Pour sa troisième carte blanche, notre invitée de la semaine, Caroline Bénichou, responsable de la galerie VU’, nous parle du photographe suédois Martin Bogren qu’elle a rencontré à son arrivée à la galerie en 2013. Une collaboration étroite avec le photographe s’est installé depuis plus de 5 ans.

Il y a des collaborations importantes. Celle que je partage avec Martin Bogren est de cet ordre. Quand je suis arrivée à la Galerie VU’, qui le représentait déjà, nous avons exposé Tractor Boys. À ce moment, Martin se consacrait à Italia, une nouvelle série. C’est alors que notre travail en commun a véritablement commencé. Son écriture et son propos prenaient une nouvelle mesure, il s’affranchissait d’une certaine dimension documentaire de la photographie et surtout de ses influences (la photographie suédoise est un héritage lourd d’histoire et de références). Il parcourait les villes italiennes sans véritable but, il n’avait plus vraiment de sujet.
À mesure que ses images s’accumulaient, il devenait évident qu’il s’agissait pour lui de se perdre, de dessiner un chemin sans intention prédéfinie. Il traçait des déambulations spatiales, mentales et émotionnelles avec un récit intimiste, une affirmation sensible de visions subjectives. Il y avait là une forme de lâcher prise, une manière de se livrer, un geste bouleversant de s’en remettre au monde qui m’ont saisie.
À l’évidence, il donnait le sentiment de laisser libre cours à une approche plus personnelle où son écriture allait vers une forme de point d’acmé. Nous avons passé beaucoup de temps à affiner ses éditings, ajuster les choix, éliminer des photographies, ne pas se laisser duper par celles qui sont facilement séduisantes, trouver le bon rythme, chercher la bonne direction pour faire saillir la pleine mesure de la série, à discuter de son livre (qui est paru chez Max Ström), ou de l’importance de la qualité à donner au traitement des tirages. Il a, à ce moment, décidé de faire des tirages argentiques dont il a confié la réalisation à  François Leblond (excellent tireur installé à Berlin), des tirages très subtils, tout en nuance de gris, d’une grande sensualité.

Depuis près de cinq ans, nous passons beaucoup de temps à travailler sur ses autres projets, qu’il envisage toujours avec perfectionnisme et patience, à penser les expositions, les concours, les livres d’artistes (dont le très beau portfolio Hollow, tiré sur un papier froissé, pour lequel il m’a confié l’écriture du texte), à son prochain livre August Song, à paraître en novembre prochain aux éditions L’Artiere.

Il y a des collaborations importantes qui s’inscrivent dans la durée, avec une forme de compréhension d’un parcours, d’une évolution, d’une œuvre et surtout d’un auteur, avec une connivence et une confiance profonde et réciproque.

http://www.martinbogren.net/
https://galerievu.com
http://lesyeuxavides.com