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Pour sa seconde carte blanche, notre invité de la semaine, le photographe Michel Kirch, revient sur la pratique argentique de la photographie. À l’heure du tout numérique, la prise de vue, le développement et le tirage traditionnel ont toujours autant de choses à nous apprendre…

En photographie les métaphores sont légion. Voyons la chambre noire… Longtemps j’ai pratiqué cette photographie du silence et de la concentration, de la surprise et de la magie, et les signifiants étaient alors nombreux et flagrants : il fallait s’enfermer dans une chambre noire afin de « révéler », par la chimie, le contenu de l’autre chambre noire, celle de l’appareil photo, en même temps que se révélait peut-être, on n’en était jamais certain, l’idée, l’intention, que notre propre chambre noire, blottie dans l’inconscient et ses désirs, pouvait amener à la lumière.
Le lieu, la technique, l’attente, la révélation, l’arrêt du temps, les rituels obligés…
Un jour de développement de photos prises à Pompéi une sorte de vertige me saisit : n’étais je pas confronté une fois de plus à une chambre noire ? La cendre ayant recouvert la ville pendant 2000 ans, la protégeant de la lumière et de l’érosion, n’était-elle pas les murs de la chambre noire ? Il y a, comme en photographie, la délimitation d’un espace précis et cet arrêt du temps… Les corps en creux, comme sculptés par le procédé de la cire perdue, parlaient-ils d’autre chose que d’un négatif, lequel par l’intervention des archéologues à l’aide de plâtre ou de résine, allait redonner sa forme « positive » ? Et ces négatifs « positivés » de la cité mise au jour, emmagasinés à nouveau d’abord dans la chambre de mon appareil, puis mis à jour à nouveau dans la chambre noire à l’éclairage inactinique… une cascade de tiroirs secrets, sans parler d’un vertige, qui loin d’être négatif m’illumina de l’intérieur…
Une autre fois, ce furent les clichés de la grotte Chauvet qui me firent un effet semblable : autre chambre noire, espace clos protégé de l’obscurité et du temps qui passe, et qui révéla des splendeurs lorsque par le hasard d’une intrusion l’actualité y pénétra soudain, avec cependant moult précautions que le photographe consciencieux comprend bien. On suppose des rituels complexes, des initiés, ce sont encore des hypothèses, comme toute oeuvre d’art tout n’est pas explicable.
Ces grottes, ces chambres obscures, ces tombeaux de pharaons, ces ermitages isolés du monde, cet arrêt du temps, cette révélation in fine par l’accession voulue ou accidentelle à la lumière, sont-elles autre chose qu’un espace de germination, qu’une matrice fécondée qui attend son heure en dévoilant son miracle ?
Chaque photo ainsi élaborée est un enfantement, et le photographe se fait parfois démiurge.
Cette démarche de la chambre noire, à l’heure du digital, et sauf quelques excentriques passionnés, semble aujourd’hui dépassée. Cependant ces contraintes que sont la lenteur, la patience, l’élaboration manuelle, le retrait, le secret même, dans un monde où la transparence et le zapping sont rois, auront toujours quelque chose à nous apprendre… Puisque les rêves naissent encore dans l’obscurité du sommeil.

INFORMATIONS PRATIQUES
Retrouvez Michel Kirch, invité d’honneur du 116e Salon d’Automne
Du 10 au 13 octobre 2019
Champs Elysées
75008 Paris
Entrée libre
https://www.salon-automne.com/
https://www.michelkirch.com/

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