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Partager Partager L'Invité·e Carte blanche à Stéphane Brasca : Le photographe Julien Chatelin La Rédaction30 septembre 2020 Pour sa deuxième carte blanche, notre invité de la semaine, le directeur de publication de De l’Air, Stéphane Brasca, a choisi de nous parler du photographe français Julien Chatelin. Ce dernier a participé à la création du magazine en l’an 2000, notamment aux côté de Grégoire Korganow. Notre invité tient ici à lui rendre hommage et présenter sa série “le Castor et la Cadillac” réalisée à Detroit. Je connais Julien Chatelin depuis plus de 25 ans. C’est Grégoire Korganow qui me l’avait présenté. C’est naturellement qu’il m’a rejoint, comme Grégoire, lorsque j’ai eu l’idée de créer de l’air. Julien Chatelin est selon moi l’un des plus brillants photographes de sa génération. Il est à l’aise dans toutes les couleurs, dans les noirs et les blancs, avec une chambre ou un 24/36, pour un portrait ou un paysage, dans un camp de réfugiés comme dans une boîte de nuit. Au delà du talent, c’est aussi l’un des photographes qui connait le mieux la planète, version géo et politique. Il a le flair pour détecter prématurément ce qui cloche dans notre monde, ce qui mute, ce qui se prépare en bien comme en mal. Il a souvent eu un temps d’avance. Très jeune, dans les années 90, il s’est intéressé aux mutations qui secouaient les nouvelles républiques caucasiennes après la chute de l’union soviétique. Il n’était pas nombreux à s’attaquer à des sujets si arides, si peu tape à l’œil à l’époque… Et pourtant les événements qui ébranlaient ces pays ou ces régions ont façonné notre monde d’aujourd’hui. Pour la presse française ou internationale, avec ou sans commande, il a publié de nombreuses histoires sur l’Asie centrale et au Moyen Orient, concentrant son attention sur le sort des nations sans Etat. Cette série informelle inclut des travaux sur le Caucase, mais aussi sur le Kosovo, le Sahara Occidental, le Kurdistan, le Xinjiang ou bien le Tibet. En mai 2001, de l’air publiait dans son 4ème numéro son travail sur la colonisation des Ouïgours par la Chine. Un crime inconnu, un peuple inconnu alors. Parmi les autres faits d’arme de Julien Chatelin, sa fresque sur la jeunesse en Israël débuté en 2004. Quatre ans de travail, initié à la suite d’une immersion pour de l’air dans la communauté loubavitch en France, ont abouti à une exposition à l’espace Miramar à Cannes et à un splendide livre publié par Images en Manœuvre en 2008. A la suite de cet épisode, Julien Chatelin s’engage davantage dans une quête de nouvelles approches formelles. Un choix autant personnel que professionnel qui s’inscrit dans une dimension volontairement artistique. Il produit en 2011 Egyptorama, un road story dans les zones semi-désertique égyptiennes, réalisé à la chambre argentique, qui obtiendra le prix Camera Clara en 2013. Egyptorama, constituera le premier opus d’une vaste exploration poétique sur le thème des mutations du territoire, qui se poursuivra à Detroit, en Chine, et en Sibérie. Chacune des séries de ce projet toujours en cours (intitulé Promised Lands) est composée de 30 à 50 images. J’ai souhaité m’arrêter sur la série « le Castor et la Cadillac » réalisée à Detroit (2012-2014) qui en raison de l’actualité américaine revêt un intérêt particulier. Cette cité, fleuron de l’industrie automobile, fut l’une des villes les plus riches et les plus attractives des Etats-Unis avant de décliner progressivement dans les années 70 et de subir un coup de grâce avec la crise des subprimes en 2008. Peu à peu, la ville suit un long processus de désertification et d’abandon. 40 hectares de terrains vagues surgissent au cœur de la ville. La cité se vide de ses habitants. Les laissés pour compte de l’exode, survivent au milieu de vestiges industriels et commerciaux, persistant à décorer leur environnement, voire même à espérer. La tension entre la nature et une ville qui se réinvente atteint ici son paroxysme. Julien Chatelin est représenté par la Galerie Project 2.0 à La Haye et par la A Galerie à Bruxelles. http://julienchatelin.com Marque-page3
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