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Partager Partager Il fut un temps, pas si lointain au regard de l’Histoire, où l’Europe se couvrait de bûchers destinés à brûler sorcières, mages et autres hérétiques. Ce n’est qu’en 1782 que la dernière femme accusée de sorcellerie a été exécutée en Europe (en Suisse). Et puis, la magie s’est cachée, les lumières ont promulgué l’âge de la science et de la Raison, les sorcières se sont tues… Mais, elles n’ont pas disparu ! Et certaines autrices les révèlent depuis peu. Parmi elles, Anne Voeffray vient de publier chez BSN Press, un ouvrage aussi surprenant que questionnant intitulé sobrement Sorcières. © Anne Voeffray Elles sont femmes, mères, filles. Il y a quelques hommes, mais très peu, parce que de tout temps les sociétés se sont acharnées sur les femmes plus que sur les hommes. Il y a un chien aussi. Présentés sous forme de fiches, à la manière de celles de police du début du XXème siècle, les personnages du livre d’Anne Voeffray auraient toutes et tous pu être accusés autrefois de sorcellerie. C’est pourquoi, en en-tête, se trouve le prénom et l’initiale du nom de la personne et surtout le motif accusatoire : ainsi Fabienne Jeanne T. « une hérétique, habitée par sa passion pour les sorcières » ou Virginie K. « féministe depuis l’enfance ». C’est aussi Isabelle L. « femme de feu et de sang », Dominique R. « anticonformiste, atypique, un peu trop impertinent ». Puis deux photographies, une de face, une de profil, parce que le profil révèle tout autant des personnes, une date au tampon. On est là face à de dangereux criminels, peut-être ! Plus loin interviennent des éléments plus formels : l’âge, le nombre d’enfants, la forme de l’oreille, du nez ou de l’œil et systématiquement ce langage légèrement abscons qui permettait de décrire ces deux derniers à l’époque de l’anthropométrie. Enfin, à la question du genre, du sexe, les réponses sont diverses : féminin, femme, masculin, non binaire. Il y a donc quelque chose de doucement subversif, gentiment moqueur et facétieux dans la mise en forme des fiches. Mais ce serait limiter le travail de Sorcières que de n’y voir que ça. Exposition au Musée Jenisch, Monique Jacot © Anne Voeffray Parce que cet ouvrage prolonge une réflexion plus vaste initiée par les féministes actuelles (notamment Mona Chollet) : qui serait accusé de sorcellerie si par malheur les temps obscurs de l’Inquisition revenaient ? Et pourquoi ? Force est de constater que les motivations à torturer, enfermer et brûler des humains ne manqueraient pas. Mais, fondamentalement, la principale serait avant tout la recherche de la Liberté. Parce que les sorcières sont des femmes libres, des gens qui réfléchissent, agissent par eux-mêmes, pour eux mais aussi pour les autres. Qu’elles soient féministes, autonomes, qu’elles ressentent les énergies, cueillent des plantes sauvages, qu’elles posent des questions dérangeantes, toutes ces femmes, ces quelques hommes sont avant tout conscients, libres et veulent faire bouger les choses. Et c’est peut-être ça qui fait de ces acteurs du XXIème siècle et du livre d’Anne Voeffray une ouverture vers l’avenir : la conscience que rien ne doit rester figé, bloqué. On peut changer de modèle sociétal, on peut mettre fin aux inégalités (et pas seulement celles qui frappent les femmes), on peut aller vers un monde où le respect du vivant ne serait pas que des mots, mais pour que tout ça advienne, il est nécessaire de mettre en avant celles, ceux qui possèdent en eux cette part de magie et de pouvoir. Anne Voeffray en fait sans nul doute partie et Sorcières est peut-être le grimoire des magiciennes de maintenant et de demain. Couverture Sorcières Site de Anne Voeffray Site de BSN Press Marque-page2
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