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Le photographe John Stewart est décédé ce matin, il avait 98 ans. Nous avons appris la triste nouvelle par sa galeriste Anne Clergue. La galerie arlésienne lui avait consacré une exposition en 2014 et 2015. Il aimait cette ville qui accueille depuis 46 ans le festival des Rencontres d’Arles et avait reçu la médaille de la ville, en tant que héros et résistant.

Biographie

En trois semaines, à St Paul de Vence, il avait fait clic-clac, comme il le dit, sur Picasso, Matisse et Braque. C’était son premier appareil photo. Suivait une autre rencontre fortuite, celle-la avec Henri Cartier-Bresson qui lui conseilla de confier ses films à son labo parisien. C’est ainsi qu’il trouva la voie qu’il cherchait. Né à Londres et élevé à Paris, il se remettait encore de six années de guerre dans l’armée britannique, dont trois ans et demi dans des camps de prisonniers japonais sur la Rivière Kwai.

À New York, où Stewart s’était installé, Alexei Brodovich, le célèbre directeur artistique de Harper’s Bazaar, qui avait formé Richard Avedon et Irving Penn, lui offrit un contrat. La revue Fortune en fit de même et au cours de son travail il fréquenta (et photographia) des personnalités aussi différentes que Andy Warhol et Muhammnad Ali. Plus tard, il travaillera pour Vogue, à la demande de Diana Vreeland, rédactrice en chef, et d’Alex Liberman, directeur artistique. Une deuxième aventure asiatique l’attendait quand on lui proposa le poste de conseiller technique pour le film Le Pont sur la Rivière Kwai tourné au Sri Lanka. C’était le début de nombreux voyages en Asie – une année entière au Ladakh, la remontée de la Rivière Kwai et l’entrée en Birmanie avec les « guerilleros », deux mois dans une province du Tibet interdite aux étrangers, et en 1996 l’établissement d’une organisation caritative (ONG) avec Michèle Claudel au Cambodge.

En 1976, de retour en France, il tourna le dos à la publicité et même au rédactionnel pour tenter une image personnelle. Dès le début il la trouva dans une discipline étrangère à la photographie – la nature morte en noir et blanc. Les expositions se succédèrent rapidement, la première à New York, la deuxième à la Bibliothèque Nationale de France à Paris. Au cours des dernières années son travail fut montré à Genève, Shanghai, Hong Kong, Paris et Londres.

Les tirages argentiques ont été réalisés par le photographe lui-même et les tirages au charbon par l’atelier Fresson. Le tirage au Charbon élaboré en 1890 par Michel Fresson, est encore pratiqué par sa famille. Au début, il utilisait comme pigment le pied de vigne calciné plutôt que des sels d’argent, base de toute la photographie jusqu’à l’arrivée du numérique. Sa pratique requiert un long travail (trois jours pour sortir un tirage 60×80 cm), et une étroite collaboration entre le photographe et le tireur pour arriver à un résultat d’une résonance et d’une richesse caractéristiques du “charbon”. Ces images ne sont pas sensibles aux rayons ultra-violets, donc stables en dépit de leur exposition au soleil. En revanche, dépendent du “coup de main” autant que des conditions météorologiques , il est impossible d’obtenir une constance absolue: chaque tirage est en vérité unique.

Pour les photographies où le blanc est prépondérant, (le “charbon” ne s’y prêtant pas aussi bien que le noir) le tirage argentique est fait par John Stewart lui-même dans son laboratoire de Provence. Mais les nouvelles photographies de cette série en particulier sont confiées à Frank Bordas, (descendant de Mourlot et ses célèbres lithographies pour Picasso, Matisse , Vuillard etc.) – le meilleur spécialiste à Paris du tirage numérique pigmentaire, à la fois insensible aux rayons UV et d’une substance infiniment plus riche que le numérique courant. Les sept Véroniques sont des éditions limitées.

http://www.anneclergue.fr/john-stewart
http://john-stewart-photography.net/flowers/index.html

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