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L’automobile, cet obscur objet de désir à la fondation Cartier

Temps de lecture : 3 minutes et 11 secondes

Gilles Mora au Pavillon Populaire de Montpellier avait ouvert la voie avec cette remarquable exposition « Notes sur l’asphalte,une Amérique mobile et précaire, 1950-1990 », (cf notre article) autant de prises de notes visuelles réalisées sur le vif par des chercheurs qui anticipaient les enjeux à venir de grands photographes tels Walker Evans, Stephen Shore, Robert Frank que l’on retrouve d’ailleurs à la Fondation Cartier.

Avec Autophoto, titre qui ne délivre pas à mon sens toute la profondeur du parcours l’idée du road trip telle que l’envisagent les commissaires Xavier Barral et Philippe Séclier décline la notion de l’architecture vernaculaire défendue par le théoricien avant-gardiste John Brinckerhoff Jackson ,auteur de »The Love of Everyday Places », encore inconnu du grand public.

A partir d’un rapprochement historique inédit entre l’invention du 1er moteur automobile breveté par Nicéphore Niepce et son frère également à l’origine de la première photographie, ces deux inventions vont aller de pair avec les évolutions technologiques et industrielles tout au long de la fin du XIXème et du XXème siècle. Des affinités autour de la sérialité (reproduction à l’infini), la vitesse (mobilité plus grande) et leur démocratisation (boîtier Kodak). L’automobile devient alors partie intégrante du paysage et de la mytholoqie américaine jusqu’à nos jours quand on songe à David Lynch pour qui la route devient une véritable marque de fabrique « Lost Highway » « Mulholland Drive ».Comme une invitation au voyage.

Si le cinéma et la littérature agissent en toile de fond, revenons à ces photographes emblématiques comme Jacques Henri Lartigue le dandy pour qui vitesse rime avec volupté et ce fameux cliché « Une Delage au grand prix de l’Automobile Club de France » de 1912 qu’il considère comme raté et qui va connaître un immense succès ou Robert Doisneau recruté par Renault Billancourt dans les années 30 qui se penche sur le sort des ouvriers et Robert Frank chez Ford dans les années 50. On est loin de la déshumanisation programmée chez Stéphane Couturier à l’usine Toyota de Valenciennes, « Melting Point » (2005).

La route se développe entrainant l’émergence de tout un vocabulaire plastique et écriture formelle autour des échangeurs, parkings, stations service, enseignes lumineuses,le pare brise et le rétroviseur devenant une extension de la caméra comme chez Lee Friedlander, John Divola, Daido Moriyama ou Ed Ruscha et son mythique « 44 Parking lots ».

Bientôt cette culture automobile devient un véritable phénomène sociologique auquel de nombreux artistes sont sensibles, comme cela est exploré au sous-sol de la fondation.
Cet habitacle prolonge ainsi la sphère domestique avec des usages devenus classiques (dormir, manger, faire l’amour,se marier avec Rosângela Rennó, Óscar Monzón, Kurt Caviezel) ou plus étonnants (fuir l’Allemagne de l’Est, archives de la Stasi décryptées par Arwed Messmer). Si Martin Parr (série des Britanniques au volant) avec le malien Seydou Keïta se penchent sur le statut social transmis par le choix d’une voiture, Jacqueline Hassink, elle dénonce les projections sexistes sur l’utilisation du corps féminin dans les salons automobiles du monde entier. Approche plus environnementale et politique avec la facture écologique soulignée par Edward Burtynsky (décharges de pneus apocalyptique) et Éric Aupol (beauté de certains déchets), Philippe Chancel se focalisant sur les délocalisations de General Motors.

Enfin, le projet « Turtle 1″réalisé par l’artiste Melle Smets et le sociologue Joost van Onna au Ghana dans la zone industrielle tentaculaire de Suame Magazine, est un concept car imaginé pour les besoins du marché africain.

« Regarder autrement le paysage qui nous entoure »selon les propos de Marie Perennes, commissaire adjointe de l’exposition et se laisser prendre par ces autoportraits qui magnifient l’automobile grâce à la touche d’un William Eggleston ou d’un Langdon Clay. Et comme le pensait Barthes si l’automobile est une métaphore, celle d’un monde qui change, les photographes s’en saisissent avec une certaine fascination. Non l’automobile n’est pas mort et vous le redécouvrirez à travers ces quelques 500 œuvres réunies.

Catalogue publié à l’occasion en coédition Fondation Cartier pour l’art contemporain, Paris / Éditions Xavier Barral, Paris, 464 p. 49 euros.

INFOS PRATIQUES :
Autophoto. De 1900 à nos jours
Dans le cadre du Mois de la Photo du Grand Paris
Scénographie : Constance Guisset
Jusqu’au 24 septembre 2017
Fondation Cartier
261 bd Raspail
75014 Paris

Teaser de l’expo qui fait vroum !

Programmation en résonnance : Soirées Nomades
• Lundi 22 mai à 20h
Erik & Harald Thys – Notre amie l’automobile [Conférence]
L’odyssée familiale de deux frères belges liés par la fascination du design automobile, avec la collaboration spéciale de l’artiste et designer Alain Bublex.

• Du jeudi 8 juin au dimanche 11 juin | HORS LES MURS
En quatrième vitesse [Festival cinéma au Christine 21]
Une programmation de films dont les voitures sont les héroïnes, pilotée par des personnalités, cinéastes et artistes au Christine 21 – 4, rue Christine 75006 Paris.

• Samedi 1er juillet de 15h à 20h
Clédat & Petitpierre – Mille bornes ! [Divertissement]
Sur une proposition des Soirées Nomades, les artistes se réapproprient le célèbre jeu de société et invitent le public à participer à un concours festif et décalé dans le jardin de la Fondation Cartier.

http://www.fondationcartier.com

UNE APPLICATION GEOLOCALISEE

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Pour vous guider dans la programmation du Mois de la Photo du Grand Paris, 9 lives met à disposition son application qui géolocalise les événements et les lieux du Mois de la Photo (entre autre), retrouvez les fiches des expositions, des galeries et des artistes !
Vous pouvez la télécharger dès à présent, elle est gratuite !
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