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Sortie du Previously on Hans Lucas #16

Temps de lecture : 7 minutes et 38 secondes

« Previously on hans lucas » est une publication mensuelle, vous y trouverez un assemblage hétéroclite de photographies ou vidéos commentées par leur auteur. Cette édition de POHL a été parrainée par Amaury da Cunha.

Sidérations

Des images en alerte dans lesquelles le réel se fractionne en petites unités de perception qui ne se répondent pas dans leur objet, mais partagent sans doute un goût commun pour la sidération. Trauma, hébétude, le mot de sidération, dans toutes ses acceptions, signifie le choc d’une perturbation. Je n’en crois pas mes yeux, je n’ai plus les mots. La stupeur suspend brutalement la signification du monde. Ce monde va à sa perte, c’est un fait. Que l’image photographique nous le rappelle nous aide sans doute à vivre mieux parmi les ombres, les ruines et les fantômes.

Texte d’Amaury da Cunha

Sarah Bouillaud

« Le ciel. L’univers. Les étoiles. Les nuages. Il s’en passe des choses tout la haut. Des choses qu’on ne pourra jamais toucher, ni sentir. Il n’y a plus qu’à regarder. »

Elise Boularan

« Avec mon amie Tanja, la chanteuse du groupe Lomboy, nous avons pris l’habitude de nous réunir et nous photographier lorsque l’une de nous était dans le pays, la ville de l’autre. C’était il y a quelques années dans mon appartement à Paris, elle voulait participer à mon étude photographique. Cette image est donc issue de la série « Matière Noire ». Depuis que je la connais il y a quelque chose qui me fascine chez Tanja, que je n’ai trouvé chez personne d’autre. C’est une belle personne. »

Michel Slomka

Ile d’Evia, Grèce, 2015 « J’ai dormi plusieurs nuits près de cet olivier et de ses congénères, des arbres si vieux qu’il est désormais impossible de leur donner un âge. Celui-ci se trouvait près du chemin qui mène à la mer, où des chats vivent entre les filets des pêcheurs et attrapent des petits poissons dorés apportés par les vagues. La nuit où j’ai pris cette photo, des météores gros comme des pastèques se désagrégeaient au-dessus de ma tête avec un bruit et dans une lumière que je ne verrai plus jamais ailleurs. Une lumière que l’arbre paraissait boire. On aurait dit un dieu. »

Mouna Saboni

Favela de Vidigal, Rio de Janeiro, Brésil 2012 « La guerre »

Fabien Voileau

« En empruntant la Highway 1 longeant l’océan Pacifique, on parvient davantage à saisir la différence entre la région sud et nord de la Californie. Peut-être que Santa Cruz, où fût capturé ce moment, en est le point de basculement. Un doux parfum des sixties s’échappe de chaque coin de rue. »

Henri Vogt

« Cette photo, extraite de la série Down to the French Riviera, réalisée l’été dernier lorsque j’ai redécouvert la côte d’Azur, un endroit empreint de mes souvenirs d’enfance. Des instants capturés illustrant des récits de vacances passées. Ici, plus particulièrement, des flamants roses dans les marais en Camargue, un lieu où je n’étais pas venu depuis plus de dix ans. »

Elodie Guignard

« Cette photo est extraite de la série Les Magnifiques, réalisée à la communauté Emmaüs des Deux-Sèvres. Suite à ma proposition d’entrer dans la peau d’un personnage, le temps d’une photo, compagnons et compagnes se prêtent au jeu du portrait. Marie-Claude qui travaille à la friperie, décide de prendre la pose en robe de mariée, dans la cour du bric-à-brac. A la main, un petit bouquet de fleurs en plastique rouge. C’est un moment parfait, où tout se met en place comme par magie et le vent apporte la touche finale en faisant s’envoler à point nommé les cheveux de la mariée. »

Marguerite Bornhauser

« Cette photographie prise dans les rues de Berlin est extraite de la série Plastic Colors qui a fait l’objet de plusieurs ouvrages, le premier auto-édité suivi d’un autre publié par les éditions du Lic avec le soutien de la galerie Madé. Le livre se termine sur cette. Le livre se termine sur cette phrase: « L’apparence d’un décor, monde halluciné ». Plastic Colors tente de vous mener dans un monde où les décors, les faux-semblants et les simulacres se rejoignent… »

Amélie Chassary

« Entremêle là où le corps et la nature se rencontrent, se caressent et se fusionnent. »

Sarah Bouillaud

Odyssea

« C’est le grand départ, l’Odyssée, direction tout là-haut, préparons nos valises, prenons ce qu’il y a à prendre et laissons ce qu’il y a à laisser, cette fois-ci je crois bien qu’on va devenir des grands. Des adultes. Des pères et des mères. Ça ressemble à de la science fiction mais c’est bien la réalité.»

Amélie Chassary

« Les précieuses » est une photographie qui symbolise la mise en sommeil et la protection d’une source de vie. En laissant sécher des agrumes durant plusieurs mois, j’ai observé la transformation des écorces. Les peaux se durcissent, changent d’aspect et de couleur. Elles se transforment en une carapace, rempart entre les graines et le monde extérieur.»

Lola Reboud

« Avec Samuel et Carole, nous avions fait des photos tout l’après-midi. Vers 16h, avant que la nuit ne tombe, nous avons pris la route de Biguglia pour rejoindre le village de Saint Florent, en Corse. Je me souviens de la brume qui a envahi le col pour entrer dans la région du Nebbio.  Samuel et son amoureuse voulaient faire des photos du côté de la Roya. Ils s’y baignent l’été. J’avais en tête une série faite en 2011 sur la plage de Tanger, Les Solitaires. Nous avons rejoué la scène : deux amoureux seuls, face à la mer. Là-bas, la barrière, la pudeur, c’était le voile. Ici, le paysage était différent. J’ai gardé dans mon cadre un bout de la citadelle, et placé une barrière végétale entre eux et moi. La lumière avait plus de clarté qu’à Tanger et le vent qui habite l’île était bien présent. J’aime ce que les nuages ont dessiné. Samuel m’a dit : « Sur ta photo, ce ciel, on dirait une peinture italienne ». La nuit est tombée, nous sommes rentrés. »

Emy Nassy

« Nous avons tous l’idée reçue d’une ville en marge d’un pays dans lequel la Culture, les cultures, les religions et les traditions se bousculent aux portes de l’Europe et de l’Asie. J’ai observé des quartiers changer, évoluer, se radicaliser, se démocratiser, disparaître tels que je les découvrais. J’ai rencontré des personnes qui d’un même souffle d’expression artistique ou simple défenseur de la liberté d’expression, font entendre un sentiment assuré de contestation, jusqu’au mouvement protestataire qui a eu lieu à travers la Turquie en mai 2013, Occupy Gezi, il y a tout juste 4 ans.

Cette photographie est l’une des premières que j’ai prise à Istanbul. J’y ai vu l’émergence nouvelle d’une ville par quartier, ici paradoxalement représentée par des plantes semblant sortir de terre comme les tours et les ponts d’un pays en mouvement perpétuel. »

Rebecca Topakian

« Pour ma série Infra-, j’avais l’habitude d’aller dans les soirées Casual Gabber à Paris, où je déambulais avec mon appareil infrarouge, comme un espion, à la chasse de l’abandon de soi. Les danseurs ne me voyaient jamais, ou feignaient de ne pas me voir. Ce soir là, j’étais fascinée par le visage angélique de ce jeune homme blond, éphèbe de la techno hardstyle. Il avait quelque chose d’incroyablement sensuel dans ses gestes et son visage. Alors que je le photographiais, il m’a remarquée et s’est joué de ma présence – c’était la première fois dans ce travail que je photographiais quelqu’un qui reconnaissait de manière ostentatoire ma présence. Depuis, je l’ai photographié dans plusieurs soirées – on ne s’est jamais parlé, mais chaque fois que je m’approche de lui, il danse pour moi. Il est devenu un leitmotiv de ma série.»

Charlotte Gonzalez

Ouroboros est le deuxième fruit d’une collaboration entre /Cave et Cha Gonzalez, qui réalise pour le producteur de techno une série de clips autour du monde de la nuit. « Dans ce club, je me sentais vraiment étrangère. La musique était obscure, l’ambiance étouffante. Je me suis mise au balcon, et j’ai filmé en plan séquence une foule que j’apercevais à peine, au rythme des flashs de lumière. C’est au moment du montage que j’ai découvert tout ce qui s’y passait.»

Gaël Turpo

« J’ai intégré cette photo à ma série « Secret ». L’idée était de réaliser des portraits de personnes proches ou non qui m’intriguaient. Contrairement aux autres photos, celle-ci est totalement spontanée et non préméditée. Je trouvais intéressant cette image d’une enfant qui joue au petit fantôme alors que mes autres portraits révélaient des gens qui eux aussi jouaient à être quelqu’un d’autre devant l’appareil. Cette petite fille est totalement consciente de ma présence. Il y avait surtout ce mélange de jeu et d’étrangeté que je cherchais à intégrer dans chacune de mes images. »

Julia Genet

« Cette photographie est extraite de la série muted Estonia  réalisée en 2016. Guidée par un besoin impétueux d’harmonie et d’isolement, je suis retournée en Estonie pour y ramener des sujets ordinaires, instants figés de douce poésie. Lumières des contrées du Nord, cieux nuageux, douceur des contrastes, teintées de rose ou de jaune doré; j’ai pensé ces images comme une palette de peintre. Une série que j’ai voulu apaisante, dans laquelle je prends le temps de m’arrêter sur les détails, les sensations, en opposition au rythme de vie des grandes cités européennes, pressées, compressées qui ne connaissent plus l’espace et le silence. »

Vassili Feodoroff

Sous tension

« Berriac, banlieue de Carcassonne, une communauté gitane vit sous 450 000 volts. J’y suis venu pour que les habitants me racontent les maux apportés par la proximité immédiate du transformateur électrique : cancer, insomnie, dépression, etc. En regardant le lampadaire je comprends l’absurdité de la situation : ce qui est supposé leur amener le confort moderne les tue à petit feu. Cette photo est tirée du documentaire interactif Espérance. »

Emy Nassy

« La lauréate du Prix Nobel de la Paix, figure de l’opposition et alors secrétaire générale de la Ligue nationale pour la démocratie, Aung San Suu Kyi, devait être libérée dans un premier temps en octobre 2010. Elle le sera officiellement le 13 novembre. L’extension refusée de mon visa ne me permettra donc pas d’y assister comme prévu. J’ai alors pris la décision de rester à Yangon pendant tout mon séjour, le troisième dans ce pays, afin de partager le quotidien de ceux qui composent chaque jour sous le joug d’une junte militaire. Cette photographie a été prise sur le quai du train circulaire, à la gare centrale. Le regard de cet enfant exprime tout autant l’inquiétude et la sérénité que partagent les birmans à cet instant. »

Pierre Faure

« Au milieu de la vie
au milieu de la mort
la neige sans répit ».
Taneda Santôka (1882-1940)

Julia Genet

« Bleue et noire. Couleur saturée et profil fort. J’ai tenté de témoigner visuellement de la force de vie de cette jeune femme, Johanna, de sa détermination et de son enthousiasme pour valoriser la culture africaine au sein de l’association Cinewax. Toute en énergie et en féminité, loin de la passivité généralement attribuée au genre féminin. Au delà de son portrait, j’y vois une allégorie de la femme d’aujourd’hui dans la vigueur de son allure. »

Emilie Arfeuil

« J’ai pris cette image au jardin botanique de Berlin, pendant que je travaillais sur ma nouvelle série « Les métamorphoses de Protée ». Pour ce projet, j’ai suivi des personnes qui jouent de leurs apparences et de leur identité : des punks, des trans par exemple. Quand j’ai vu cette feuille dans la serre tropicale, comme scarifiée, cela m’a semblé évident de l’intégrer au milieu des portraits, comme un rappel aux métamorphoses de la nature.»

Eleonora Strano

Cette publication a été passionnément concoctée par :
Amaury da Cunha
Philippe Dollo
Charlotte Guy
Lucie Pastureau
et Sophie Knittel

Amaury da Cunha est né à Paris en 1976. Diplômé de l’école nationale supérieure de la photographie en 2000. Il a écrit de nombreux textes critiques sur la photographie et sur la littérature, notamment dans Le Monde des livres. En 2009, il publie son premier livre d’images et des textes, Saccades, aux éditions Yellow Now. En novembre 2012, à l’occasion de sa première exposition personnelle à Paris dans le cadre du mois de la photo, les éditions Le Caillou Bleu publient Après tout. En 2015, sort son premier recueil de récits autour de la photographie (Fond de l’œil, éditions le Rouergue) ainsi qu’un troisième ouvrage monographique, Incidences, chez Filigranes. En mars 2017, les éditions le Rouergue publient un récit autobiographique, Histoire souterraine.

Relecture, correction : Philippe Dollo, Charlotte Gonzalez, Charlotte Guy & Sophie Knittel
Production : Sophie Knittel

POHL #16 est soutenu et diffusé par 9 lives et LensCulture.com
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