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Chaque année, lors du festival Visa pour l’image, l’ANI organise des lectures de portfolio, et les iconographes choisissent une sélection de travaux coups de cœur. Aujourd’hui, nous partageons avec vous le reportage de Benjamin Géminel, photographe et réalisateur de documentaires français. Ce sujet a été réalisé au Congo sur les Kadogo, des enfants de la guerre qui rejoignent les groupes armés.

Congo Paradiso

La Grande Guerre Africaine, ou seconde guerre du Congo, est devenue la plus meurtrière depuis la seconde guerre mondiale.
On estime entre trois et six millions, le nombre de victimes depuis août 1998, pour le seul Congo. Ce conflit a fait plus de morts que la guerre de Bosnie, d’Irak et d’Afghanistan réunis. Si elle s’est officiellement terminée en juin 2003 avec l’accord de paix de Pretoria, elle se poursuit jusqu’à aujourd’hui dans les provinces du nord et du sud Kivu, à l’extrême est du pays.
La guerre dure depuis longtemps parce que tout le monde y gagne. Les grandes multinationales, les revendeurs de matières premières, les dictatures des pays voisins, mais aussi les simples citoyens qui peuvent enfin gagner un peu d’argent après les années de misère, sous Mobutu. L’économie s’est militarisée, la violence s’est commercialisée. Des soldats proposent leurs services à tous, pourvu qu’ils soient payés. La haine ethnique ressemble à s’y méprendre à la concurrence commerciale.
Enrôlés de force ou, volontaires, par désir de vengeance, ou pour manger, des milliers d’enfants se retrouvent dans les groupes armés. On les appelle les Kadogo. Les mêmes enfants dont s’était servi Kabila et ses alliés étrangers pour renverser Mobutu.
On leur a appris à se battre, à voler les minerais aux mains des groupes ennemis. Ils ne coûtent pas cher, avec un peu d’argent ou la promesse de pillages rentables, ils rejoignent les milices. Avec un peu de drogue, ils n’ont plus peur de rien. Chez les Maï Maï, de la bouillie et quelques gris-gris suffisent aux enfants pour monter en première ligne, sans armes à feu, mais simplement avec des lances, des machettes. Un peu de nourriture, quelques habits, et les filles se donnent aux soldats. Au plus fort de la guerre, on avançait le chiffre de 30 000 enfants vivant avec des groupes armés, un triste record mondial pour la République Démocratique du Congo.
Des opérations de démobilisation ont été mises en œuvre par l’ONU dès la signature de l’accord de paix de 2003. Elles ont permis de libérer et de réinsérer dix-huit mille enfants.

En ces mois de juillet 2013 et 2014, à Bukavu, au centre BVES, Ils sont quatre-vingt enfants soldats, fraîchement sortis des groupes armés. Ils sont nombreux à avoir tué, pillé, violé. Ils ont vu la mort, ils ont connu la faim, la drogue, l’alcool, la solitude, l’abandon, la prostitution. Ils ont entre 12 et 17 ans et ce ne sont plus vraiment des enfants. L’armée leur a tout donné. L’arme c’est leur père, l’arme c’est leur mère. Elle a forgé leur identité.

Né en 1976, Benjamin Géminel est photographe et réalisateur de documentaires. Autodidacte, il a grandi à Nanterre où il commence un travail photographique sur le quotidien des bars et des SDF. Il effectue en parallèle de nombreux reportages pour la presse locale de Seine-Saint-Denis et des Hauts-de-Seine puis publie régulièrement dans le journal L’Humanité.
Installé à Marseille, il privilégie les sujets de société, réalisant des projets photographiques pour des collectivités territoriales en France ou à l’étranger, au sein du collectif Itinérances notamment. Également photographe de personnalités politiques, il réalise un reportage sur la campagne présidentielle de François Hollande en 2012. Quel que soit son sujet, Benjamin Géminel photographie toujours au plus près des gens, choisissant d’appréhender tout travail de commande comme une recherche personnelle. 

https://benjamingeminel.photoshelter.com
http://www.ani-asso.fr

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