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Les nominés du Prix HSBC pour la photographie 2019 révélés

Temps de lecture : 3 minutes et 12 secondes

Les 12 photographes nominés du Prix HSBC pour la photographie 2019, viennent d’être révélés. Cette sélection s’est faite sous l’égide de Stefano Stoll, directeur artistique du festival de l’image de Vevey, qui endosse le rôle de directeur artistique de cette nouvelle édition. Les noms des deux lauréats seront annoncés lors de la cérémonie du 19 février prochain qui se déroulera à Paris.

Liste des photographes nominés :
Nuno Andrade « Ginjal »
Simon de Reyer « Peregrination of a foreign ghost throught a chinese west door »
Marjolaine Gallet « I feel bad about inanimale objects all the time »
Jérôme Gence « Lifestreamers : « les Geishas de l’internet »
Manon Lanjouère : « Demande à la poussière »
Diana Markosian : « Santa Barbara »
Paul Rousteau : « Giverny, beyond photography »
George Selley : « A study of assassination »
Neus Solà : « Poupées »
Laura Stevens : « Him »
Nick Tarasov : « Sketches from home »
Dominique Teufen : « My travel through the world on my copy machine ».

« Il n’y a rien qui soit assez évident pour être réellement une évidence. Lorsque quelqu’un qualifie une chose d’évidence, il est presque certain qu’elle est tout sauf évidente, même pour lui.» Dans : Errol Morris, Believing Is Seeing (Observations on the Mysteries of Photography).

Au fil des siècles, la place qu’occupe l’image dans la société a évolué au rythme des grandes révolutions industrielles et technologiques. Avec l’arrivée des réseaux sociaux, elle est devenue omniprésente et omnipotente : elle a réussi là ou l’esperanto a échoué, en devenant le langage commun aux habitants des cinq continents, un mode de narration par stories, une expérience participative et collective, un partage communautaire instantané. Elle est devenue le média le plus évolutif, le plus percutant et le plus puissant, mais aussi probablement le plus difficile à gérer et à maîtriser. Le sens d’une image et de ce qu’elle raconte n’est plus le seul fait de l’intention artistique qui l’a engendrée, elle est aussi – plus que jamais – influence par le contexte de sa réception par le spectateur et le vecteur médiatique utilisé pour sa diffusion.

Les médias prétendent que les faits ne mentent pas. Le brillant ouvrage de l’Américain Errol Morris cité en préambule décrypte la relation ambiguë et à plus d’un titre problématique qu’entretient le photoreportage avec la réalité qu’il rapporte au lecteur. Par définition la réalité est opposée à la fiction ; les arts visuels ne font pas exception. La photographie a longtemps pris parti pour la première au détriment de la seconde. Écrire avec la lumière signifiait reproduire quasi mécaniquement le réel. La révolution numérique, l’émancipation du médium, la crise des médias ont favorisé le glissement de la photographie vers la fiction. Il s’agit encore de s’intéresser aux faits, mais aussi de les contextualiser, de les interpréter subjectivement, de les mettre en scène, de les raconter plus que de les documenter purement et simplement ; évoquer leur complexité tout en signifiant que le « point de vue créé l’objet », selon la fameuse formule du linguiste suisse Ferdinand de Saussure. L’étendue des possibilités photographiques s’est élargie côté prise de vue en même temps qu’évoluaient les modes et supports de diffusion. Écrire avec la lumière contrairement à ce que l’on prétend, reste plus que jamais un acte demandant un véritable savoir-faire. Si la technique est désormais à la portée de tout un chacun, elle demande d’être doublée d’une excellente connaissance des phénomènes de société les plus particuliers. L’imagination et la capacité de conceptualiser un propos complexe sont ainsi devenues des prérequis pour un photographe, tant la compétition est ardue, tant les propositions sont nombreuses pour un même sujet.

Depuis des décennies, les changements s’accélèrent et des pressions incessantes semblent pousser la photographie dans ses derniers retranchements, en la forçant à se réinventer sans cesse. Entre photographie et art contemporain, voire entre photographie et peinture, la porosité devient de plus en plus évidente, phénomène révélateur d’une époque privilégiant l’interdisciplinarité et le cross-media.

Le Prix HSBC ne déroge pas à ce contexte de mutations permanentes. La quantité de dossiers révèle à la fois la variété des approches, des techniques, des inspirations et des styles. Elle suggère aussi la difficulté contemporaine d’identifier et délimiter habilement son propos ainsi que le défi pour les photographes de trouver parmi tous les possibles le mode de narration le plus adapté et le plus percutant.

La concurrence est vive et stimule la créativité. Les genres existent encore ; le nu, la nature morte, le paysage, le documentaire, le docufiction se portent bien alors que l’appareil photo est aujourd’hui parfois remplacé par une photocopieuse ou un smartphone.

Les séries retenues dans cette sélection montrent que si les genres traditionnels ne sont pas morts, ils sont en train d’évoluer, de s’inspirer mutuellement et d’affiner leurs spécificités, dans une dynamique quasi darwinienne où il semble parfois qu’il soit question de leur survie. Elles reflètent cette émulation, cette diversité d’approches, ce foisonnement d’écritures photographiques remarquables, autant féminines que masculines, qui toutes laissent de la place à l’imaginaire du spectateur ; elles attestent que pour raconter la complexité de notre monde, plus que jamais « une image vaut mille mots ».

Texte de Stefano Stoll

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