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Dans un remarquable ouvrage « La porte au coeur de l’intime » dont la couverture n’est autre que celle d’un tableau d’Hammershøi, l’auteur revient sur les variations nordiques autour de l’habitat, refuge et protection, écrin précieux d’une solitude intérieure.

Hammershøi découvert par le public parisien à l’occasion d’une exposition au musée d’Orsay en 1997, revient avec majesté dans un parcours exceptionnel et renouvelé, imaginé par le musée Jacquemart André, sous le patronage de l’Ambassade du Danemark en France. Un évènement tant ses apparitions sont attendues par le public, amateur de sa petite musique de l’intime. S’inscrivant dans une tradition de l’épure à rebours des courants dominants en Europe alors, de Rembrandt à Pieter de Hooch ou plus proche, Khnopff (redécouvert au Petit Palais récemment) à ses proches, son ami Carl Holsoe et son beau-frère Peter Ilsted, il s’en distingue néanmoins par une veine plus radicale. Ainsi ces femmes absorbées par leurs pensées dans des intérieurs austères où le gris et le blanc dominent, nous tournent le dos, prises dans un temps suspendu et voyage immobile. Silhouette familières et pourtant énigmatiques, recluses, vestales de l’attente et d’une possible résignation. « Intérieur avec une femme debout », « Intérieur avec une femme arrangeant des fleurs », « Hvile ou le Repos »(Orsay), « Intérieur avec une femme de dos », jusqu’à celle d’Ida, penchée à la fenêtre de l’appartement du maître. Infimes variations d’un même motif dans une monochromie qui étouffe et atténue les bruits du dehors. Si les portes sont nombreuses, les fenêtres se font plus rares, sauf pour laisser passer les traces de la lumière comme dans « Rayon de soleil dans le salon » ou « Intérieur avec un pot de fleurs, Bredgade, 25 ». Ce quotidien mental nimbé de mystère n’est pas la seule source de fascination pour Hammershøi et nous découvrons aussi ses paysages citadins aux tonalités froides et vidés de toute présence humaine. Les arbres sont squelettiques.

Son exploration des nus est aussi très avant-gardiste et sans concession aucune, annonçant un artiste comme Lucian Freud, comme avec ce monumental Nu féminin de 1910 (Davids Samling de Copenhague) se détachant d’un fond volontairement neutre. Dans ses portraits il insiste sur l’incommunicabiltié des êtres s’appuyant toujours sur une économie de couleurs. Son épouse Ida et ses belles-soeurs « Trois jeunes femmes réunies » ne manifestent aucun signe d’échanges. De même avec les « Cinq portraits » grande toile qui scandalise en 1902 où les artistes réunis semblent plus à une veille mortuaire qu’à une réunion amicale. Comme si une gravité sourde annonçait un mauvais présage.

Nous serons loin de pouvoir percer tous les mystères de ces huis clos qui invitent à la méditation pure. Une spiritualité de l’instant dont on ne se lasse pas. Une visite s’impose !

INFOS PRATIQUES :
Hammershøi; le maître de la peinture danoise
Jusqu’au 22 juillet 2019
Musée Jacquemart André
158 Boulevard Haussmann
75008 Paris
Catalogue en vente à la librairie-boutique
http://www.musee-jacquemart-andre.com

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