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Pour leur troisième carte blanche sous le thème de « Ensembles », nos deux invités de la semaine Mónica Santos et Mat Jacob, co-fondateurs de Zone I, nous présentent le collectif créatif « Le Terrier »qui va fêter ce 14 juillet, ses 14 ans d’existence. Le Terrier d’Hégésippe réunit aujourd’hui des journalistes, documentaristes, traducteurs, illustrateurs, photographes, vidéastes et une architecte d’intérieur dans un joli atelier du quartier de Belleville.

Pour quelle raison avoir décidé de nous réunir le 14 juillet 2005, il y a quatorze ans de cela ? Certainement pas un plan de bataille, pas même un plan qui méritait conciliabule, ni un plan tout court d’ailleurs. Nous étions une poignée de copains, tous journalistes pigistes, fraîchement sortis de nos écoles de journalisme, où l’on nous avait enseigné beaucoup de choses mais pas la solitude, encore moins l’art de vendre quelque chose à quelqu’un. Nous découvrions, avec un peu de naïveté et une bonne dose d’angoisse, que nos apprentissages ne nous avaient pas préparés à plonger dans le libéralisme de la vie de freelance qui consiste non seulement à être un bon journaliste, mais à affronter le marché de l’article de presse. Notre réflexe fut archaïque : se regrouper. Nous serions moins démunis, moins benêts, moins vulnérables. Et surtout moins seuls. Trouver un repère. Avoir la possibilité d’y retrouver des comparses chaque jour. Même si nous n’étions pas sûrs de réussir à gagner notre vie grâce à notre métier, nous étions certains de rire assez pour ne pas abandonner la partie trop vite.
Ainsi est né le Terrier, place de Clichy, puis à Belleville, dans l’est parisien, un lieu sans programme, destiné à nous réchauffer les uns aux autres. Certains sont partis, d’autres sont arrivés. Par cercle excentriques d’amitiés, le Terrier s’est retrouvé à seize, journalistes, documentaristes, traducteurs, illustrateurs, photographes, vidéastes, une éditrice et une architecte d’intérieur. Nous avons tout misé sur cette fréquentation de nos envies diverses, de nos idées parfois saugrenues, de nos différences et de nos écarts.

Bien au-delà des avantages objectivables de la mise en commun des moyens du travail – un bureau partagé, des contacts échangés, des chargeurs de portables à prêter, un dernier yaourt à se refiler – ces frottements quotidiens ont oeuvré discrètement mais plus sûrement que n’importe quel réseau, social ou professionnel, virtuel ou mondain. Des projets collectifs, nous n’en avons jamais menés. Mais du collectif sont nés des dizaines et des dizaines de projets, journalistiques, photographiques, éditoriaux, rémunérateurs ou non, artistiques même, amoureux aussi. Seuls ou à plusieurs, par accointance ou curiosité commune. Etre ensemble par choix a permis à beaucoup d’entre nous de suivre une piste, d’en explorer de nouvelles, de creuser quelque chose qui ne soit pas sa tombe mais sa liberté. Aujourd’hui encore, le Terrier reste sous le régime de l’association. A l’heure où les solidarités de tous ordres sont mises à rude épreuve, ce mot garde à nos yeux sa chaleur et sa richesse.

Texte de Cécile Cazenave, journaliste et fondatrice du Terrier

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