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Pour sa première carte blanche, notre invité de la semaine, le photographe Michel Kirch, revient sur son exploration photographique lors d’un long voyage sans limite de temps et de frontières. Il interroge ici la question de la photographie de voyage dans un monde qui est de plus en plus uniformisé…

J’ai découvert la photographie un peu par hasard… Après des études longues et ardues, ayant travaillé suffisamment pour me payer une jeep, un appareil photo (Canon AE1), et assez d’argent pour durer au moins une année, je suis parti sans limite de temps et d’espace. L’appareil photo alors, c’était pour mémoriser des paysages, des situations, dans le but d’écrire, à la façon de l’écrivain voyageur.
Un hiver entier dans le Haut Atlas, puis environ huit mois dans le Sahara marocain. Peu à peu je vivais deux vies en parallèle : l’une faite de rencontres, avec des paysages, des gens, avec des cultures plus charnelles, et puis un « autre » monde dans le viseur de l’appareil. Le cadrage, en éliminant le reste alentour, permettait de voir autre chose qu’une vision globale m’empêchait. Et dans une étape ultérieure non seulement je focalisais des éléments, mais découvrais que je pouvais m’y projeter, en faire « un monde personnel », en somme la lucarne d’un univers «intérieur».
C’est à ce moment que j’ai plongé dans la culture photographique, découvrant la géométrie magique de Cartier Bresson, la « Vallée de la Mort » de Jean-Lou Sieff, le «Skyline» de Fontana, l’humanisme de Willy Ronnis, l’intensité d’un William Klein, les gitans de Koudelka, les collines brûlées de Giacomelli, les noirs charbonneux de Ed van der Elsken…
Au retour du périple, j’eus l’audace de présenter mes images au directeur artistique de l’Espace Canon, qui me proposa aussitôt un solo show…
Le voyage est ainsi la possibilité de découvrir et de se découvrir. On entend mieux alors l’injonction du Dieu d’Abraham « lève toi et va ! « , le voyage d’Ulysse, ou celui circulaire de l’Alchimiste. Le mouvement provoque la rencontre avec le différent qui se révèle être vous, car vous avez alors changé dans la direction qui est la vôtre. Au fil du temps, la technique et le style s’affirment en même temps que soi : plus on regarde dans la lucarne et plus on découvre qui on est.
Depuis le monde s’est rétréci, globalisé, la rue s’est vidée, stérilisée, les modes de vie se sont uniformisés, la nature s’est dégradée, on ne vole plus l’âme de quelqu’un en le photographiant puisque chacun prend chacun, et que le selfie fait office de quête de soi. Se pose aujourd’hui la question du voyage puisque la mobilité conduit au même. Se pose la question de la photographie de voyage puisque le monde entier prend frénétiquement des photos, et que les différences s’estompent. On peut encore et toujours faire des découvertes, il existe toujours des « îlots » naturels, des spécificités surprenantes…
Mais en ce qui me concerne la réponse a été claire : je chercherais dorénavant l’aventure, les délices de l’inconnu, la conquête de l’autre, dans la lucarne de l’imaginaire. Plutôt que d’affirmer un style, fabriquer des mondes. Ils n’étaient plus dehors, je les cherchais ailleurs, et l’ailleurs était en moi.
Ainsi la photographie pouvait devenir matière première, comme l’huile pour un peintre ou la pierre pour un sculpteur. Une photographie « plasticienne » utilisant tous les moyens traditionnels et high tech réunis. Mais ce qui est fascinant, c’est que ce matériau spécifique, la photographie, possède un rapport au réel, que même transformé il continue à rayonner d’une présence fortement « carnée ».
Le voyage est ainsi devenu ce chemin escarpé entre réel et fiction.

INFORMATIONS PRATIQUES
Retrouvez Michel Kirch, invité d’honneur du 116e Salon d’Automne
Du 10 au 13 octobre 2019
Champs Elysées
75008 Paris
Entrée libre
https://www.salon-automne.com/
https://www.michelkirch.com/

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