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Sophie Zénon, Lauréate de la 10ème édition du Prix “Un Photographe pour Eurazeo”

Sophie Zénon
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La dernière édition du Prix Eurazeo a dévoilé le nom de sa lauréate, il s’agit de la photographe Sophie Zénon. Une photographe pour Eurazéo donc pour cette dixième année qui a été choisie pour sa série “Dans le miroir les rizières”. Travail qui sera présenté en février prochain à l’hôtel de l’Industrie à Paris.

“Cet ensemble de photographies constitue le deuxième volet d’un travail de « re-visitation » de mon histoire familiale, intimement liée à celle de l’immigration italienne en France pendant l’entre-deux guerres. Il puise sa source dans une mémoire enfouie, celle de mes origines italiennes à la fois maternelles et paternelles, et traite de l’exil, de l’identité, de la perte des lieux où l’on est né, où l’on a vécu. » Sophie Zénon.

​Etre d’ailleurs. Vivre ici.

Entre la terre des origines, l’Italie, et ma terre normande natale, comment se sentir d’ici plutôt que d’ailleurs ?

Motivés tant par les besoins en main d’œuvre que nécessitaient les reconstructions des deux après-guerres que par la peur du fascisme, mes parents et grands-parents ont longtemps navigué entre l’Italie du Nord, la Lorraine et la Normandie. Revislate, Stresa, Saint Louis en Alsace, Ornans, Epinal, Rouen… Les noms s’égrènent, de génération en génération, et dessinent une carte de l’exil, du déracinement, de la solitude.

Dans le miroir les rizières est le deuxième volet d’un travail de « re-visitation » de mon histoire familiale, intimement liée à celle de l’immigration italienne en France pendant l’entre-deux guerres. Il puise sa source dans une mémoire enfouie, celle de mes origines italiennes à la fois maternelles et paternelles, et traite de l’exil, de l’identité, de la perte des lieux où l’on est né, où l’on a vécu.

Quel sens cela a-t-il aujourd’hui, dans ce contexte mondial de migrations, de se dire de quelque part ?

Quelle histoire, quel imaginaire produire, transmettre quand tout vous manque ?

Au coeur des rizières du Piémont italien, je revisite, à l’ombre de ma grand-mère maternelle, la figure de la « mondina », ayant inspiré nombre d’artistes, cinéastes et musiciens.

La « mondina » était une ouvrière saisonnière dont le travail consistait à repiquer des jeunes plants de riz et à émonder les mauvaises herbes. Une tâche éprouvante, exécutée par des femmes venant de toute l’Italie. Ces conditions de travail ont été à l’origine d’importants mouvements sociaux et ont inspiré nombre de chants populaires comme “Bella Ciao “, d’oeuvres littéraires ou cinématographiques, tel le film réalisé par Giuseppe De Santis, “Riz amer” (“Riso amaro”, 1949), tourné avec l’actrice italienne Silvana Mangano.

Aujourd’hui, la figure de la « mondina » est présente et populaire en Italie ; elle connaît même un renouveau de par le symbole fort de résistance qu’elle véhicule.

Dans les espaces de la Tenuta della Colombara – une antique et vaste propriété rizicole datant du XVè siècle, aujourd’hui à la pointe de la technologie dans les techniques de transformation du riz – j’ai laissé libre cours à mon imaginaire. De mon ensemble d’images trouvées, transformées, produites, j’ai construit mon propre album, ma propre histoire. Comme une invitation à repenser une mémoire familiale.

Ces photographies ont été réalisées dans le cadre de la bourse « Résidence pour la Photographie » de la Fondation des Treilles.

https://www.sophiezenon.com/

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La Rédaction
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